vendredi 31 octobre 2008

Vive la crise boursière, financière mais redistributrice

A la fin du mois d'octobre 2008, la valeur du patrimoine financier mondial côté en bourse a, très approximativement, diminué d'une petite moitié par rapport aux résultats les plus élevés atteints il y a moins d'un an. Le journal Le Monde estimait la perte de valeur mondiale au 25 octobre à environ 25.000 milliards de dollars ce qui ferait, toujours très approximativement, la moitié du produit intérieur brut mondial annuel.

A ce jour cependant, les usines n'ont pas brûlé, les bureaux des banques n'ont pas été détruits et le patrimoine immobilier aux Etats-Unis ou ailleurs n'a pas disparu. Ce qui a changé, ce n'est pas la valeur intrinsèque du patrimoine mondial mais la valeur d'échange de ce patrimoine par rapport à d'autres biens ou services. Autrement dit, aujourd'hui, avec 100 actions d'une firme moyenne, vous ne pouvez plus acheter que la moitié de ce que vous pouviez acheter lorsque la Bourse était au plus haut. Et par contre, avec un salaire de 2.000 €, vous pouvez maintenant acheter deux fois plus d'actions.

Pour le dire d'une manière encore plus imagée, c'est un peu, comme si tout était resté pareil, que les montants des billets provenant du travail ou des autres sources de revenus marchands "ordinaires" étaient toujours les mêmes, mais que les montants des billets des revenus provenant du patrimoine financiers devaient maintenant être divisés par deux. C'est aussi, comme si un billet d'un salaire permettait maintenant d'acheter non plus une mais deux actions.

Ceci correspond donc -et c'est une bonne nouvelle- à un enrichissement des personnes ayant principalement des revenus du travail et des revenus sociaux et à un appauvrissement des personnes ayant principalement des revenus financiers.

Etant donné que vivre (principalement) de son argent est tabou et que perdre beaucoup d'argent en bourse est non seulement tabou mais honteux, douloureux et ridicule, vous entendrez peu de gens aisés vous parler de leurs revenus perdus.

Il n'empêche, la répartition des patrimoines et des revenus a beaucoup changé et c'est une bonne nouvelle.

C'est une bonne nouvelle parce que:

- C'est redistributif vers les moins riches.
- C'est une correction (partielle) de l'évolution de ces 20 dernières années durant lesquelles les revenus du patrimoins augmentaient beaucoup plus rapidement que les revenus du travail. Les citoyens seront moins incités à investir leur temps, leur argent et leur énergie dans des mécanismes complexes et à court terme.
- La valeur boursière des sociétés qui s'était éloignée de la valeur réelle s'en rapproche à nouveau.

C'est aussi une bonne nouvelle parce que les citoyens perçoivent plus l'intérêt d'établissements financiers et boursiers contrôlés par les Etats, les dangers d'une économie sans contrôle et l'intérêt qu'il y aurait à disposer d'une institution financière internationale disposant d'un réel pouvoir de contrôle.

Il reste maintenant à gérer les effets induits, sachant cependant que les évolutions dans ce domaine comptent probablement encore plus "d'effets papillon", d'aspects irrationnels et de mécanismes non maîtrisés que ce qu'en disent les spécialistes. Le risque des effets boule de neige abondamment décrits dans la presse (faillites en cascade, diminutions de la consommation, instabilités,...) est bien présent. Mais il ne serait inéluctable. que si l''économie était une science exacte et comprises par les acteurs financiers.

Il n'en reste pas moins que si des efforts importants sont faits pour que la machine économique continue à tourner en (re)lançant la consommation des ménages les plus démunis et en se centrant dans les domaines les plus durables (économies d'énergie, transports en commun,...), ce sera un effet positif supplémentaire de la crise.


--------------------------------------------------
Pour en savoir plus sur cet aspect de la crise, voir notamment:

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/25/25-000-milliards-de-dollards-evanouis_1110953_1101386.html


http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/18/les-imbeciles-sont-tot-ou-tard-separes-de-leur-argent-par-john-kenneth-galbraith_1108472_3232.html

A noter qu'il y a une toute autre grille de lecture. C'est de dire que la crise financière a été voulue ou au moins organisée par quelques-uns. C'est une sorte de thèse de grand complôt. Cette thèse est plaisante notamment parce que l'être humain veut voir une logique partout. Ainsi, lorsqu'une bulle financière éclate, nous souhaitons a posteriori rendre le moment de l'éclatement prévisible. Si le moment et la taille de l'éclatement avaient été prévisibles, alors, la majorité des citoyens aisés auraient pu s'en prémunir. Mais ce n'est pas le cas et rien que les mots "bulle éclatée" sont trompeurs car ils induisent l'idée d'un phénomène mécanique et prévisible. En fait, la valeur boursière des biens est surestimée depuis bien des années mais personne ne savait précisément à quel moment cela allait "exploser", pas plus les riches que les pauvres. Et personne ne savait -ni personne ne sait- jusqu'où la valeur se "dégonflera". Pour comprendre l'aspect irrationnel de cette crise, un retour quelques siècles en arrière et une petite lecture de la page http://fr.wikipedia.org/wiki/Tulipomanie peut être utile.

Source de l'image http://www.flickr.com/photos/petrick/2291498814/

lundi 29 septembre 2008

Mercredi 1er et jeudi 2 octobre. Actions pour plus d'égalité durant une vie (beaucoup) plus longue et en meilleure santé.


Durant ces deux derniers siècles, notre connaissance du monde a radicalement progressé, notre niveau de bien-être matériel a augmenté dans des proportions qui auraient été inimaginables aux plus grands scientifiques et philosophes du siècle des lumières. Une des seules choses qui n'a quasiment pas changé, c'est que nous mourons de vieillesse, un peu plus tôt pour les hommes que pour les femmes, de la dégradation progressive de notre corps, généralement après moins d'un siècle. Notre vie s'achève aujourd'hui vers 80 ans, les philosophes grecs de l'antiquité ou de la renaissance, qui avaient eu la chance d'échapper aux maladies et aux accidents décédaient vers le même âge.

L'homme est le seul animal qui sait qu'il va inéluctablement mourir. Et cette réalité est tellement insoutenable que nous préférons ne pas y penser plutôt que de lutter pour prolonger la vie. Et les convictions religieuses ne font qu'atténuer la peur de la mort sans l'annuler.

Cependant, de plus en plus de scientifiques s'accordent à penser que nous pourrons bientôt faire des progrès importants dans la lutte contre le vieillissement. Aubrey de Grey s'est spécialisé dans le domaine. Il propose un plan d'attaque, des stratégies pour lutter biologiquement contre les effets néfastes du vieillissement.

Il sera à Gand et à Bruxelles les 1er et 2 octobre 2008 où il exposera ses idées et répondra à vos questions.

A la pointe des connaissances scientifiques sur le vieillissement, Aubrey de Grey affirme: "des personnes en vie aujourd'hui pourraient vivre jusqu'à plus de mille ans". L'ensemble de son travail a pour objectif l'allongement de la vie sans les souffrances liées, jusqu'à présent, à l'avancée dans l'âge. Sa venue en Belgique est l'occasion idéale d'en savoir plus sur les possibilités que la science peut nous offrir en matière de santé et de longévité.

Aujourd'hui, la majorité des décès sur la planète surviennent suite au vieillissement. Attention, j'insiste, contrairement à ce que beaucoup pourraient penser intuitivement, ce n'est pas la majorité des décès ici dans les pays riches du Nord, mais la majorité des décès sur l'ensemble de la planète. Environ les 2/3 de tous les décès. C'est pourquoi je pense que c'est notre droit, de chercher à ce qu'un jour la vieillesse ne soit plus un irréparable outrage, mais un inacceptable ravage.

Enfin, d'un point de vue sociétal, il me semble utile de rappeler que le vieillissement (et les autres causes de mortalité) renforce les inégalités économiques. En effet, il tue d'abord les plus pauvres avant de tuer les plus riches. En Inde, le vieillissement tue en moyenne vers 65 ans, en Chine vers 72 ans et en Belgique vers 79 ans. Et à l'intérieur d'un pays donné, l'espérance de vie varie très fortement, d'une voire de deux décennies, selon l'origine sociale. Ceci se traduit d'ailleurs dans les différences régionales. Par exemple, l'espérance de vie d'un homme du Hainaut est de 73,71 ans, celle d'un habitant du Brabant flamand est de 78,29 ans.

Lutter pour une vie plus longue et en bonne santé, c'est donc notamment lutter pour plus d'égalité sociale.

Didier Coeurnelle
Organisateur des conférences de monsieur de Grey en Belgique

-------------------------------------------------------------------------------
PROGRAMME des mercredi 1er et jeudi 2 octobre 2008
-------------------------------------------------------------------------------

* CONFERENCE: Prospects for defeating aging altogether Mercredi 1er octobre 2008 de 11h30 à 13h au Département de recherche moléculaire de l'Université de Gand Jozef Schell seminar room, Fiers-Schell-Van Montagu building UGent - VIB Technologiepark 927, B-9052 Gand (Zwijnaarde)

Entrée libre.


* CONFERENCE ET DINER: Stratégies pour un vieillissement négligeable: A quand la dernière journée internationale des personnes âgées?
Mercredi 1er octobre 2008 de 20h à 22h30 (avec traduction simultanée)Musée des Sciences naturelles, Rue Vautier 29, B-1000 Bruxelles

Entrée libre mais prière de réserver par mail (didier.coeurnelle@gmail.com). Pour le repas: participation aux frais 15 €.

* DEJEUNER DE PRESSE. Jeudi 2 octobre 2008 de 12h à 14h (avec traduction simultanée) A la mort subite (café), rue Montagne-aux-Herbes Potagères 7, B-1000 Bruxelles

Entrée libre pour les journalistes.

-------------------------------------------------------------------------------
Pour en savoir plus:
-------------------------------------------------------------------------------

A propos de la lutte contre le vieillissement:

http://www.mfoundation.org/files/sens/index-fr.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Aubrey_de_Grey
http://immortalite.org

A propos des statistiques relatives à l'espérance de vie

http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_life_expectancy
http://www.statbel.fgov.be/press/pr120_fr.pdf

Photo

Baobabs au Mali, ces arbres peuvent vivre 2.000 ans.

dimanche 28 septembre 2008

3.500 logements sociaux bruxellois en 1.750 jours: lettre bimestrielle (numéro 21). Septembre 2008. A la recherche des logements perdus.


Les accords gouvernementaux régionaux bruxellois de l'été 2004 prévoyaient la création de 3.500 logements sociaux durant cette législature (et 1500 logements moyens). Il s'agissait là de la mesure sociale la plus ambitieuse du gouvernement "Olivier" bruxellois.

Il s'agissait aussi d'une mesure que des dizaines de milliers de personnes attendaient (et attendent toujours) avec impatience dans une ville où il peut faire bon vivre lorsque le logement n'est pas un problème mais où ledit logement engouffre la majorité du budget des plus démunis. Dans cette ville, des milliers de logements neufs devraient stabiliser des loyers qui grimpent.

Plus de 4 ans après les accords, les 3 premiers logements sont occupés. Vous avez bien lu: pas 3.000, pas 300, pas 30, 3! Et qu'en pense la personnalité politique "responsable", Madame Dupuis? Elle déclare (dans la Libre Belgique du 25 septembre): "Nous avons planté les graines, reste maintenant à attendre qu'elles prennent fleurs"? Vous en connaissez beaucoup des représentants politiques, des femmes d'affaires, des sportifs, des citoyens qui, arrivés à 0,06 % de leur objectif alors que les 4/5èmes du temps imparti sont écoulés font des communiqués de presse de type "petite fleur deviendra grande"?

Au rythme actuel de construction, il faudra des siècles pour achever le plan qui était prévu pour se réaliser en 5 ans. Cela doit être ce que certains appellent le développement durable.

-------------------------------------------------------------------------------------

Etat d'avancement de la construction des 5.000 logements (connu au 28 septembre 2008):

- 3 : Nombre de logements réellement construits et occupés (0,06 % de l'objectif de départ)
- 371 : Nombre de logements en construction (7,42 % de l'objectif de départ)


- 4.250 : Nombre approximatif de logements qui devraient être actuellement construits (au prorata) (*)
- 14.000 : Nombre approximatif de personnes qui seraient actuellement logées dans des logements sociaux et moyens si les accords gouvernementaux bruxellois de 2004 étaient appliqués (au prorata)(*)


- Temps écoulé : 50 mois depuis les accords politiques (51 mois depuis le début de la législature)
- Temps restant pour achever la mise à disposition des logements : 9 mois (7 mois avant le début de la campagne électorale)

(*) Pour les logements sociaux uniquement (sans logements moyens), il s'agit de 2.975 logements et 9.000 personnes.

-------------------------------------------------------------------------------------

Remarques complémentaires :

- Un site
http://www.planlogement.be a été réalisé par le Secrétariat d'Etat bruxellois au Logement et à l'Urbanisme. Vous n'y trouverez (bien sûr) pas les chiffres récapitulatifs produits dans la présente lettre.

- Le 2 septembre 2009, la Secrétaire d'Etat, Madame Dupuis, a annoncé (sans rire) que la Région va acheter 500 logements sur le marché immobilier privé et que ce dispositif unique en matière de logement permettra d'atteindre l'objectif des 5.000 nouveaux logements (dépêche de l'agence Belga).

- Par "logement social" ci-dessus, il faut entendre "nouveau logement social en région bruxelloise tel que prévu dans les accords bruxellois" (
http://portail.irisnet.be/cmsmedia/fr/2004_acgouv.pdf?uri=43742a96072f96dd010732949354014a). 1.500 logements pour les revenus moyens sont également prévus.

-------------------------------------------------------------------------------------

Si vous communiquez des informations pertinentes, elles seront diffusées dans la prochaine lettre.

Didier Coeurnelle, conseiller communal à Molenbeek-Saint-Jean


-------------------------------------------------------------------------------------

Photo: des logements à Brasilia, ville construite ab nihilo en moins de 4 ans.

dimanche 31 août 2008

L'eau, la terre, l'espace et Google devraient être à tout le monde

Sans Google, la vie serait plus difficile. En l'espace de quelques années, le monde virtuel s'est structuré par lui. Il offre à des centaines de millions de personnes l'annuaire universel, la carte routière universelle, la boîte aux lettres universelle, le coffre-fort universel et bien d'autres possibilités encore que la science-fiction avait à peine envisagé il y a moins de 30 ans. Et il est fort possible que Google devienne bientôt le communicateur universel par la conjonction des outils de traduction et d'une mobilophonie combinant de manière exponentielle diminution des prix, tendance à l'ubiquité et miniaturisation.

Sans Google, internet ne serait cependant pas un chaos. D'autres prendraient la place offrant des services similaires. Peut-être que, par exemple, Wikipédia, l'encyclopédie universelle, se serait étendue dans les territoires laissés libres.

Mais aujourd'hui, au niveau virtuel, tout est dans Google et Google est dans tout. Et si Google était un être doté de raison et de mémoire, il en saurait déjà parfois plus sur vous que ce que vous en savez vous-même.

L'univers internet qui se crée sous nos yeux depuis les années 90 a de multiples aspects paradisiaques pour tout progressiste politique. Du dazibao
à la démocratie directe, de la construction de l'utopie à la déconstruction des secrets, bien des rêves les plus fous de nos parents politiques sont devenus réalisables.

Malheureusement, ces rêves se sont peu concrétisés, en particulier sur la gauche de l'échiquier politique. Les hommes et les femmes à la fibre collective des décennies précédentes faisaient des projets souvent spectaculaires dans l'austérité et la répression. Mais ils ont eu des réalisations limitées dans l'abondance. Il n'est pas exagéré d'écrire qu'à quelques exceptions près, telles les collaborations pour Wikipédia et Open Office, les enfants politiques de 68 ont très peu contribué à réaliser internet. Et même dans les secteurs précités, le travail a été teinté d'inquiétudes, particulièrement en Europe.

Dans ce domaine comme dans d'autres d'évolution récente, les citoyens qui se définissent souvent comme progressistes ont paradoxalement marqué leur perception politique de ces deux dernières décennies par:
  • de la méfiance;
  • un souhait d'égalité louable mais qui se concrétise souvent par le gel des innovations;
  • une vision de l'avenir conçu uniquement comme une projection paroxystique du présent.
Il existe d'autres moyens d'être progressistes. Et notamment, en ce qui concerne Google, plutôt que d'observer les dangers réels actuels, nous pourrions revendiquer que cette société soit étatisée et devienne le premier service public universel de la planète géré par une collectivité sur le modèle technique et idéologique des logiciels libres et sur le modèle idéaliste de la propriété collective des biens nécessaires à tous.

Google, après avoir été un instrument fondamental d'un environnement multiculturel qui concerne déjà près d'un quart des habitants de la planète, pourrait être promu comme un outil appartenant à tous. Google pourrait être une première expérience démocratique mondiale.

Mais tout cela a plus de chances de se réaliser si les courants de gauche perçoivent et imaginent non plus principalement les risques mais aussi les possibilités ouvertes par la transparence et la communication accrues. Par exemple la gauche devrait comprendre que Google du point de vue de la vie privée crée progressivement non plus seulement du "Big brother is watching you" mais aussi une société du '"Small brothers are watching you". Petit à petit, tout le monde peut ou en tout cas sait observer tout le monde. Cette transparence pour tous présente des risques mais aussi des avantages.

Bref, il est temps que la gauche s'ouvre à nouveau au progrès technique et à ses conséquences de manière prospective et suffisamment positive. Le communisme, ce n'était pas le socialisme plus l'électricité, mais le progressisme politique des prochaines décennies, cela pourrait être notamment l'internationalisme plus Google transformé en bien collectif.

-----------------------------------------------------
Pour en savoir plus:

Sauf erreur, rien n'est disponible actuellement à ce sujet!

La page http://fr.wikipedia.org/wiki/Critique_de_Google et le site http://www.google-watch.org peuvent fournir quelques éléments de réflexion.

Source de la photo: http://www.flickr.com/photos/gaetanlee/118885175

vendredi 15 août 2008

Donnez, donnez, il en restera toujours quelque chose (au moins pour votre bonheur)

Nous vivons une société d'abondance dans laquelle la souffrance vient notamment de ce que nous absorbons trop.

Cette réflexion est à prendre littéralement parce que, en Europe occidentale et en Amérique du Nord, la première source aisément évitable d'aggravation de notre état de santé est l'excès de nourriture. Le lait et le miel des temps bibliques nous sont accessibles à volonté et quasiment plus personne ne perçoit une orange ou un hamburger comme un produit de luxe. Et souvent notre corps ne s'habitue pas à l'opulence.

Mais ceci est aussi à prendre au sens imagé car notre esprit aussi a parfois des difficultés à s'adapter à la profusion. Il semble bien que la société de consommation ne suffise plus à augmenter notre bonheur voire qu'elle soit parfois néfaste pour le bonheur. En effet, depuis la fin des années 70, bon an, mal an, et malgré toutes les crises, nous disposons de plus en plus de biens de consommation mais le niveau de bonheur mesuré n'augmente plus guère.

Une des raisons en est, probablement, qu'au-delà d'une certaine limite, qui peut être fixée très approximativement aux alentours de 1.500 à 2.000 € par mois et par adulte, la grande majorité de nos besoins et désirs nécessaires au bien être matériel peuvent être satisfaits. Avec cette somme, chaque famille (sauf cas spécifiques par exemple d'accident de santé ou d'endettement) peut s'acheter sa petite voiture, sa petite maison, passer des vacances, manger, se vêtir,...

Bien sûr, encore plus d'argent permet encore plus de dépenses. Cela rend possible l'achat d'une plus grosse voiture, de plus lointaines vacances et une certaine ascension dans l'échelle sociale visible. Mais l'augmentation de bien-être que cela produit est courte. Après quelque temps, le niveau de bonheur "retombe" à un niveau guère plus élevé que celui d'avant la consommation nouvelle.

Et, par ailleurs, l'augmentation rapide du choix des produits consommables disponibles sur le marché et la visibilité de ces choix notamment grâce aux progrès techniques crée des sentiments de frustration croissants. Par exemple, avant l'existence d'internet, vous étiez rarement frustré par un achat d'occasion d'un magnifique objet dont vous rêviez manqué à quelques heures près. En effet, avant, vous ne saviez pas que cet objet existait.

Heureusement, il reste une solution pour augmenter notre bonheur: donner notre argent à une cause que nous estimons utile. Evidemment, tous ceux qui donnent ne nagent - malheureusement - pas dans un bonheur infini car les causes du bien-être psychologique sont multiples. Mais il n'en reste pas moins que, d'après une étude comparative parue dans le célèbre périodique scientifique Science, lorsque des citoyens donnent de l'argent pour un but socialement utile, leur niveau de bien-être augmente plus que lorsqu'ils consacrent la même somme à eux-mêmes. Et surtout, l'augmentation de bonheur est plus durable.

Si vous gagnez plus de 2.000 € par mois, vous savez donc ce qu'il vous reste à faire pour augmenter votre bonheur. Il s'agira d'une véritable opération Win-Win. Et si votre intervention est financière, n'oubliez pas qu'aider augmente surtout le niveau de bien-être de ceux à qui vous donnez s'ils gagnent moins de 1.500 € par mois. Un jour, dans un avenir peut-être pas si lointain, presque tout le monde aura atteint la société d'abondance et la question du bonheur se posera différemment même chez ceux qui sont actuellement les plus pauvres.

D'ici là, donnez, donnez, il vous en restera toujours quelque chose!

-----------------------------------------------------
Pour en savoir plus:

lundi 21 juillet 2008

Pour une scission solidaire de l'arrondissement de Bruxelles - Hal - Vilvorde.

Ce texte choquera certains citoyens au sud de la frontière linguistique: "vérité en deça des Pyrénées, mensonge au-delà".

A l'occasion de la fête dite nationale de notre petit Etat fédéral qu'est la Belgique, il est utile de rappeler aux citoyens belges francophones que la solution de cette crise qui n'en finit pas est simple: il suffit de scinder l'arrondissement de Bruxelles - Hal - Vilvorde. La demande des représentants de la majorité des citoyens de notre pays est claire depuis plusieurs années.

Depuis des mois, des années voire des décennies, les partis et la majorité des citoyens francophones de Belgique expriment le souhait affiché de ne pas se focaliser sur des questions linguistiques et de s'intéresser aux "vrais problèmes". A moins de considérer que la volonté des représentants francophones n'est pas de s'intéresser aux vrais problèmes mais d'exaspérer les flamands et leurs représentants, la scission ne devrait donc pas poser de problème.

Si la scission pose néanmoins un problème, cela indique au moins une tendance à:
  • un refus de la décision de la majorité motivée par sa composition ethnique;
  • une volonté de ne plus bénéficier de l'Etat belge qu'en ce qui concerne les avantages non seulement économiques mais aussi les avantages politiques;
  • une forme de mauvaise foi ou d'aveuglement de la part des représentants francophones. Ils réaffirment à chaque fois que les représentants flamands souhaitent la scission de la Belgique alors que la demande principale majoritaire néerlandophone est la scission d'un arrondissement électoral.
Idéalement, la scission de l'arrondissement, qui est dans la logique de la structure institutionnelle belge, devrait s'accompagner d'autres décisions. La meilleure serait la création d'une circonscription fédérale désignant par exemple 15 ou 20 élus au Sénat et couvrant l'ensemble de la Belgique. Cela permettrait aux paysans flamands de Wallonie qui n'ont jamais eu la possibilité de voter pour un néerlandophone de commencer à le faire. Cela permettrait aussi aux francophones de Gand, Anvers, Overijse et Linkebeek de continuer ou recommencer à le faire.

Une fois la scission décidée, les questions de solidarité et les questions économiques et sociales - y compris les questions liées à des réorganisations institutionnelles de compétence- pourraient enfin être abordées plus sereinement. Il s'agit notamment des questions de solidarité Nord-Sud pour lesquelles de nombreux flamands souhaitent de manière compréhensible mais peu solidaire continuer à bénéficier d'un niveau de vie supérieur à celui du reste de la Belgique. Bien sûr, les solutions dans ce domaine ne seront pas simples. Mais atteindre un accord est quand même beaucoup plus simple que pour la question administrative qui fait le débat principal.

A noter en passant que pour d’autres questions de solidarité, ce sont les citoyens belges francophones aussi bien que néerlandophones qui souhaitent de manière compréhensible mais peu solidaire continuer à bénéficier d'un niveau de vie très largement supérieur à celui du reste du monde.

Des mesures d'apaisement communautaire pourraient aussi être envisagées tenant compte notamment des progrès techniques. Ainsi, tout document administratif officiel envoyé aux administrés dans la langue d'une région, pourrait être complété par une traduction mise à disposition sur un site internet (avec possibilité d'envoi papier pour les personnes sans accès internet). Evidemment cela ne plairait ni à certains francophones rabiques de la périphérie qui devraient renoncer à leurs sacro-saints documents papier en français ni à certains néerlandophones rabiques soucieux d'uniformité linguistique.

Il va sans dire que les représentants politiques et les citoyens néerlandophones ne sont ni meilleurs ni pires que les francophones. Les tentations d'écraser la minorité notamment sous forme de revanche sont et seront présentes avec d'autant plus d'intensité que le refus de scinder persistera. A défaut de sens de la solidarité suffisant de la part des représentants des francophones de Belgique, l'intelligence de le comprendre serait déjà une avancée.

-----------------------------
Pour plus d'informations à propos de:

- La proposition de loi du 12 juillet 2007 modifiant les lois électorales, en vue de scinder la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde: http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/52/0037/52K0037001.pdf (en néerlandais et en français)

- La problématique de la scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde: voir les pages http://nl.wikipedia.org/wiki/Brussel-Halle-Vilvoorde (en néerlandais) et http://fr.wikipedia.org/wiki/Arrondissement_judiciaire_de_Bruxelles (en français)

- La proposition d'une circonscription fédérale du groupe Pavia (en néerlandais et en français): http://www.paviagroup.be

- Source de l'image: http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/31/Belgique_r%C3%A9gionale.png

dimanche 20 juillet 2008

3.500 logements sociaux bruxellois en 1.750 jours: lettre bimestrielle (numéro 20). Juillet 2008. Chronique d'un échec annoncé.

Les accords gouvernementaux régionaux bruxellois de l'été 2004 prévoyaient la création de 3.500 logements sociaux durant cette législature (et 1500 logements moyens). Il s'agissait là de la mesure sociale la plus ambitieuse du gouvernement "Olivier" bruxellois.

Il s'agissait aussi d'une mesure que des dizaines de milliers de personnes attendaient (et attendent toujours) avec impatience dans une ville où il peut faire bon vivre lorsque le logement n'est pas un problème mais où ledit logement engouffre la majorité du budget des plus démunis. Dans cette ville, des milliers de logements neufs devraient stabiliser des loyers qui grimpent.

Ces logements inexistants, ce sont les villages Potemkine de la secrétaire d'Etat "compétente" et du gouvernement bruxellois. Peu importe qu'ils n'existent pas pourvu que cela ne se sache pas trop.

Au rythme actuel de construction, il faudra des siècles pour achever le plan qui était prévu pour se réaliser en 5 ans.

-------------------------------------------------------------------------------------

Etat d'avancement de la construction des 5.000 logements (connu au 20 juillet 2008):

- 0 : Nombre de logements réellement construits (0 % de l'objectif de départ)
- 346 : Nombre de logements en construction (7 % de l'objectif de départ)


- 4.100 : Nombre approximatif de logements qui devraient être actuellement construits (au prorata) (*)
- 12.500 : Nombre approximatif de personnes qui seraient actuellement logées dans des logements sociaux et moyens si les accords gouvernementaux bruxellois de 2004 étaient appliqués (au prorata)(*)


- Temps écoulé : 48 mois depuis les accords politiques (49 mois depuis le début de la législature) - Temps restant pour achever la mise à disposition des logements : 11 mois (9 mois avant le début de la campagne électorale)

(*) Pour les logements sociaux uniquement (sans logements moyens), il s'agit de 2.800 logements et 8.000 personnes.

-------------------------------------------------------------------------------------
Remarques complémentaires :

- Alors que madame Dupuis annonçait le 12 septembre 2007, "j'espère inaugurer un nouveau chantier chaque mois" (http://www.planlogement.be/fr_BE/news/new/id/12.html), un seul chantier de 32 logements a été entamé depuis décembre 2007.

- Un site http://www.planlogement.be a été réalisé par le Secrétariat d'Etat bruxellois au Logement et à l'Urbanisme. Vous n'y trouverez (bien sûr) pas les chiffres récapitulatifs produits dans la présente lettre.

- Par "logement social" ci-dessus, il faut entendre "nouveau logement social en région bruxelloise tel que prévu dans les accords bruxellois" (http://portail.irisnet.be/cmsmedia/fr/2004_acgouv.pdf?uri=43742a96072f96dd010732949354014a). 1.500 logements pour les revenus moyens sont également prévus.

-------------------------------------------------------------------------------------
Si vous communiquez des informations pertinentes, elles seront diffusées dans la prochaine lettre.

Didier Coeurnelle, conseiller communal à Molenbeek-Saint-Jean