mardi 28 août 2018

De l'influence d'un millième de la masse de notre corps sur le vieillissement. La mort de la mort. Août 2018. N° 113.

Chaque être humain est un univers en soi constitué de centaines de milliards de cellules mais aussi de bactéries. Chacune de ces entités est à son tour un ensemble de structures et de corpuscules que nous ne comprenons que partiellement.

L'ensemble des structures, organes, corpuscules,... assurant le fonctionnement de notre organisme sont d'une extraordinaire complexité.

Parmi les centaines d'organes que compte notre corps, certains de très petite taille sont indispensables à notre fonctionnement harmonieux. Cette lettre aborde le rôle lié à la longévité du thymus, de la thyroïde, de l'hypothalamus, de l'hypophyse et de l'hippocampe, cinq organes qui, ensemble, représentent environ un millième du poids d'une personne adulte ordinaire.

Pour lire le reste de la lettre mensuelle : https://heales.org/healesfr/2018/08/28/de-linfluence-de-deux-milliemes-de-la-masse-de-notre-corps-sur-le-vieillissement-la-mort-de-la-mort-aout-2018-n-113/

dimanche 29 juillet 2018

Longévités et libéralités. La mort de la mort. Juillet 2018. N° 112.

Si vous avez des moyens financiers considérables, vous pouvez vous offrir des soins médicaux plus aisément que les citoyens moins fortunés. Mais quoi qu'il arrive, vous ne dépasserez pas 122 ans pour une femme et 116 ans pour un homme.

Pour aller plus loin, il faudra des recherches complexes, lourdes coûteuses. Si les citoyens informés versent de l'argent pour favoriser ces recherches, cela sera positif.



Pour lire le reste de la lettre mensuelle : http://heales.org/healesfr/2018/07/29/longevites-et-liberalites-la-mort-de-la-mort-juillet-2018-n-112/

mercredi 27 juin 2018

La courbe de Gompertz et le vieillissement. La mort de la mort. Juin 2018. N° 111.


La "loi" de la mortalité humaine est appelée Modèle de Gompertz-Makeham.

Le doublement de mortalité se produit environ tous les 8 ans. Autrement dit, une personne de 70 ans a environ deux fois plus de risque de décéder durant sa soixante-et-onzième année qu'une personne de 62 ans n'a de probabilité de décéder durant sa soixante-troisième année.

jeudi 31 mai 2018

Les effets collatéraux d'une vie en bonne santé beaucoup plus longue. La mort de la mort. Mai 2018. N° 110.

Quels sont les effets collatéraux d'une vie en bonne santé beaucoup plus longue? Beaucoup de citoyens, notamment des citoyens progressistes, ont exprimé des craintes souvent peu rationnelles, mais les avantages potentiels d'une vie humaine de plus en plus longue sont très nombreux.

A partir de ce mois, la lettre mensuelle La mort de la mort ne sera plus diffusée que sur le site de Heales mais l'annonce de la publication sera faite sur ce blog.

La mort de la mort mai 2018, numéro 110 (version pdf)

jeudi 3 mai 2018

Premier mai technoprogressiste pour une Intelligence Artificielle Publique au service d'une vie en bonne santé beaucoup plus longue


Depuis le 1er mai 2017, l'espérance de vie en bonne santé a augmenté de près d'un trimestre dans le monde. La durée moyenne de la vie est de plus de 80 ans en Belgique et de plus de 70 ans dans le monde. Des millions de citoyen.ne.s qui seraient morts ces douze derniers mois sans progrès coulent aujourd'hui des jours relativement paisibles. La mortalité infantile qui était une source majeure de décès poursuit sa diminution. La pauvreté multidimensionnelle décroît.
Jusqu'à la première moitié du 20è siècle au moins, le désir de progrès technique et le désir d'égalité sociale étaient liés. La gauche et les mouvements réclamant plus de solidarité et d'égalité rêvaient de lendemains qui chantent. Ces lendemains étaient faits de plus d'égalité, de plus de biens et d'un monde plus facile à vivre matériellement et technologiquement.
Aujourd'hui, malheureusement, les progressistes ne rêvent plus guère de progrès technique, même pour les énergies renouvelables. Le développement des pollutions et le réchauffement climatique ont mené beaucoup de progressistes à vouloir "renverser la vapeur" là où il fallait plutôt la purifier et donc l'orienter autrement. Il y a aussi la peur que les progrès n'augmentent les inégalités. Pourtant, contrairement à ce que beaucoup pensent, l'accélération du bien-être est plus grande dans les pays du Sud qu'au Nord. Le téléphone mobile est passé en moins d'une génération du statut de bien de luxe à celui d'outil utilisé par la majorité des citoyen.ne.s du monde. De même pour l'accès à internet. Une part énorme des connaissances collectives universelles est de plus en plus accessible.

Les (techno)progressistes pourraient exiger que chaque citoyen dans le monde ait un droit inconditionnel à un téléphone dit intelligent. Ils pourraient ne pas se contenter de s'opposer aux dérives des multinationales du numérique, mais exiger que Google et Facebook fonctionnent comme des services publics collectifs de plus en plus développés.

Ces derniers mois, tout le monde parle de l'intelligence artificielle, d'utilisation de données et beaucoup ont peur, pas toujours à tort, mais souvent sans faire de proposition. Il est temps d'exiger:
= La mise à disposition pour et par tous des données avec anonymisation
= L'utilisation en priorité absolue de l'intelligence artificielle pour les progrès de santé, d'environnement durables, de solidarité et d'éthique Un projet de longévité de type Manhattan ou Apollo, mais mondial et avec une gouvernance collective est envisageable. Il viserait à permettre à des volontaires (très) âgé.e.s et fragiles de tester des thérapies de réjuvénation qui seront à terme utiles à tous.
Si les résultats des recherches nouvelles ne sont pas publics, les progrès seront probablement d'abord réservés aux plus aisés. Chaque centime de financement public utilisé avec succès pour des progrès médicaux contre les maladies liées au vieillissement peut bénéficier un jour à toute personne âgée. C'est un bénéfice potentiel pour des milliards d'êtres humains sans distinction de nationalité, d'origine, de capacité financière,... Que ceux et celles que lutter contre la sénescence n'intéressent pas n'empêchent pas les pauvres vieux qui le souhaitent d'en bénéficier.
Il est vrai que ces progressions gigantesques ne résolvent pas (encore?) tous les problèmes de bien-être. L'abondance ne suffit pas au bonheur de tous. De plus, au-delà d'un certain niveau de confort matériel, la perception du bien-être se fait surtout par comparaison avec le niveau matériel des autres, lequel progresse aussi. Il restera donc un jour à la gauche (et pas qu'à elle) à découvrir comment augmenter le bonheur dans une économie d'abondance.
Le technoprogressisme, c'est développer l'égalité (radicale) du futur dans un monde où le travail tel que nous le connaissons sera de moins en moins nécessaire. C'est aussi savoir que les progressions technologiques comprennent des risques immenses aujourd'hui (pollutions, effets de serre, risques pour la vie privée,...) mais aussi à plus long terme. Ces risques à moyen terme sont liés à la maîtrise de plus en plus absolue de la structure du vivant, de la matière et à une intelligence artificielle incontrôlée. Le principe de précaution dans une société évoluant, ce n'est pas toujours arrêter les modifications technologiques, cela peut être, au contraire, les accélérer pour sauver des vies et diminuer des risques.
Pour que le progrès technique ait le plus de chances d'être aussi un progrès tout court, pour que les lendemains extraordinaires soient aussi des lendemains qui chantent, un des éléments favorables est une gauche proactive, capable de faire primer paix, égalité, justice et souci du bien commun sur les intérêts financiers et matériels à court terme.
Penser globalement pour agir localement. Penser à long terme pour agir à court terme. La question n'est plus de savoir si les progressions technologiques vont permettre une vie beaucoup plus longue en bonne santé et comprennent des risques, mais de réfléchir collectivement aux conséquences de ces évolution. La science-fiction d'aujourd'hui, rêve ou cauchemar, voire plus probablement rêve et cauchemar, ne sera pas seulement la réalité de nos enfants, c'est aussi la nôtre.


Pour en savoir plus:


Réactions: didier.coeurnelle@gmail.com

lundi 30 avril 2018

Au-delà de 115 ans, votre ticket ne sera-t-il jamais plus valable ? La mort de la mort. Avril 2018. N° 109.


Pour les hommes de science, la mort n'est pas un destin inévitable, mais simplement un problème technique (...). Nos meilleurs esprits ne perdent pas leur temps à essayer de donner un sens à la mort (...). Nous sommes maintenant au point où nous pouvons être francs à ce sujet. Le projet de la révolution scientifique est de donner la vie éternelle à l'humanité. Même si tuer la mort semble un objectif lointain, nous avons déjà réalisé des choses inconcevables il y a quelques siècles (...). Quelques érudits sérieux suggèrent que d'ici 2050, certains humains deviendront a-mortels (...). En l'absence de traumatismes graves, leur vie pourrait être prolongée indéfiniment. Sapiens: A Brief History of Humankind, page 298. 2014. Yubal Noah Harari (traduction).


Thème du mois. Le mystère des supercentenaires s’épaissit


Description de la situation
La durée de vie moyenne continue à s’allonger même dans les pays où les hommes, et les femmes vivent plus de 80 ans. Il y a plus d'octogénaires, de nonagénaires et de centenaires que jamais dans l'histoire de l'humanité, tant en chiffres absolus qu'en pourcentage.
Par contre, la durée de vie maximale n'augmente pas. La personne qui a vécu le plus longtemps dans l’histoire de l’humanité est Jeanne Calment. Elle est décédée à l’âge de 122 ans en 1997. Au cours de ce mois d'avril, la doyenne de l'humanité, qui avait 117 ans, est décédée. Étant donné que la femme la plus âgée vivante aujourd’hui n’a « que » 116 ans, cela signifie qu’il faudra encore au moins 7 ans pour que la durée de vie humaine maximale jamais atteinte soit dépassée.
Plus généralement, le nombre de supercentenaires, c'est-à-dire les personnes atteignant 110 ans et plus, reste extrêmement faible et la durée moyenne de survie de ces personnes exceptionnelles est très courte, moins d'un an. La probabilité pour un centenaire d'atteindre 110 ans semble même moindre aujourd'hui qu'à la fin du 20è siècle.
Le fait que la durée moyenne de vie augmente mais que la durée maximale stagne a pour conséquence que nous avons de plus en plus une "rectangularisation" des courbes de décès qui se concentrent sur une tranche d'âge assez étroite. Pour les femmes en France, l'âge de la fin de vie se déroulera, dans la majorité des cas, entre 85 et 100 ans. Pour les hommes, ce sera trois ou quatre ans plus tôt, après 80 ans jusqu'aux environs de 95 ans. Il est remarquable de constater que cette concentration de l'âge des décès est mondiale. C'est dans les pays pauvres ou la durée de vie moyenne est courte que la croissance de la durée de vie est la plus rapide (notamment dans les pays de l'Afrique subsaharienne) et c'est dans les pays les plus riches où la vie est plus longue que la croissance est la plus lente avec des signes de stagnation. De ce point de vue, le monde n'a jamais été aussi égalitaire.
En mars 2013. Une première lettre sur ce thème, intitulée Le mystère des supercentenaires était parue. Cinq années plus tard, une polémique scientifique et médiatique s'est développée suite à la publication en 2016 d'un article de Nature relatif à une limite constatée de la durée de vie autour de 115 ans. Cet article vise à établir qu'il y a une durée extrême de vie aux alentours de cet âge. L'idée à été contestée par certains longévitistes et appréciée par certains bioconservateurs. Dans les deux cas, les commentateurs omettent généralement de citer une phrase, courte mais importante, de l'article qui précise que cette limite semble absolue en l'absence de progrès médicaux.
Comment se fait-il que tous les progrès de la médecine de ce siècle et de la fin du siècle passé, toutes les accélérations technologiques, échouent à allonger la durée de vie de nos concitoyens les plus âgés ? Nous analysons le patrimoine génétique de millions de personnes et comprenons de plus en plus la complexité de l'humain, nous guérissons plus souvent du cancer, la mortalité due aux maladies cardiovasculaires décroît ... mais être supercentenaire aujourd'hui est un évènement aussi exceptionnel qu'être centenaire dans la Grèce antique où les premiers empires chinois. Pourquoi ?
Explications envisagées non liées à l'état de santé proprement dit
Jusqu'à un certain âge, beaucoup de gens cherchent à être perçus comme jeunes. Mais pour les personnes les plus âgées, c'est souvent le contraire, elles cherchent à se faire passer pour plus âgées.
Les affirmations concernant de très longues vies de 130 ans et plus sont quasiment certainement fausses. En effet, comme la mortalité à 110 ans est d'au moins 50 % chaque année, il y a statistiquement moins d'une chance sur un million pour une personne de 110 ans d'atteindre 130 ans. Or, il n'y a que quelques centaines de personnes de 110 ans et plus dans le monde.
Il est presque certain que la plupart des prétendus supercentenaires du passé aient été des personnes moins âgées qui se sont "vieillies" pour apparaître plus sages ou pour bénéficier d'avantages matériels (échapper à la conscription, recevoir une pension, ...). Il est d'ailleurs à noter que les affirmations extrêmes concernent souvent des hommes. Or, plus de 80 % des centenaires sont des femmes et l'homme le plus âgé au monde actuellement n'a que 112 ans.
La longévité extrême était donc exagérée autrefois mais ceci n'explique pas les stagnations constatées par le Gerontology Research Group (GRG). Depuis une trentaine d'années, ce groupe recense les supercentenaires en vérifiant les preuves des dates de naissance. Les revendications "fantaisistes" sont donc écartées. Logiquement, toutes choses étant égales par ailleurs, il devrait y avoir une croissance plus que proportionnelle du nombre constaté de supercentenaires étant donné que l'administration d'il y a 110 ans (attestant des supercentenaires vivants aujourd'hui) était généralement meilleure que celle d'il y a 130 ans (attestant des supercentenaires qui vivaient il y a 20 ans). Ce n'est pas le cas, même si l'âge moyen de décès des supercentenaires "vérifiés" croît lentement.
Certains ont évoqué "l'accident" statistique". Jeanne Calment serait un phénomène isolé et les supercentenaires ne sont pas suffisamment nombreux pour pouvoir tirer des conclusions. Cette explication devient de moins en moins défendable au fur et à mesure que le nombre de centenaires grandit alors que celui des supercentenaires stagne. Ainsi en France il y avait 8.063 centenaires en 2000 et 16.255 en 2018. Le nombre de supercentenaires vérifiés par le CRG est lui passé de 8 en 2000 à seulement 3 en 2014 (le nombre réel de supercentenaires est probablement plus élevé).
Explications liées aux conditions de santé
Ce qui ne te tue pas te renforce est une maxime entendue parfois en psychologie et dans le domaine de la santé. Si cette idée est correcte, il est envisageable que les personnes devenant supercentenaires au cours des dernières décennies aient été moins soumises à des épisodes difficiles les renforçant et donc soient moins résistantes à l'extrême vieillesse.
À l'inverse, il est envisageable que les personnes décédées au siècle passé aient été favorisées pour tout ou partie de leur vie par rapport aux supercentenaires nés plus tard. Ceci pourrait avoir un impact positif pour leur durée de vie.
Dans les deux cas, il faut d'abord établir quelles circonstances chronologiquement spécifiques sont à considérer sachant qu'il ne doit pas s'agir d'un évènement géographiquement limité puisque le phénomène "d'assèchement" se produit du Japon à la France en passant par les USA et la Russie.
En ce qui concerne l'hypothèse du renforcement par des circonstances difficiles, il semble établi que des conditions de vie très dures avant la vieillesse diminuent l'espérance de vie plutôt que de l'augmenter.
En ce qui concerne l'hypothèse de circonstances qui se seraient dégradées par rapport au passé, elle apparaît improbable car globalement le 20ème siècle à été bien plus caractérisé par des progressions que par des régressions. Mais il est un domaine où l'évolution comprend d'importants aspects négatifs, c'est celui de la pollution, particulièrement la pollution atmosphérique, notamment les particules fines.
La pollution n'est pas apparue récemment, très loin de là. Mais beaucoup de sources de pollution, dont les particules fines et les radiations nucléaires, sont plus récentes et présentes partout dans le monde à des doses variables.
Si ces pollutions sont nuisibles à la santé de manière cumulative au cours d'une vie, cela pourrait expliquer le phénomène étudié.
Ce raisonnement très inquiétant a au moins deux faiblesses :
  • Il n'explique pas en quoi la pollution aurait des conséquences fortement négatives pour les supercentenaires mais pas pour les centenaires.
  • Il ne semble pas confirmé par l'examen de l'origine des populations de supercentenaires. Le Japon et la France par exemple qui comptent de nombreux supercentenaires ne sont pas particulièrement dépourvus de pollution atmosphérique.
Une maladie inconnue ?
Il reste l'hypothèse d'une affection touchant surtout les personnes très âgées. À l'appui de ce concept, il faut noter que beaucoup de centenaires et supercentenaires décèdent d'une affection peu connue, l'amylose sénile de la transthyrétine, maladie qui se caractérise par l'accumulation d’un certain type de protéine (la transthyrétine) dans le coeur.
Ici aussi, il reste à expliquer :
  • Pourquoi cette maladie aurait-elle plus de conséquences létales aujourd'hui qu'hier.
  • Pourquoi cette maladie aurait des conséquences négatives plus importantes pour ceux atteignant les âges les plus élevés mais moins fortes pour les "simples" centenaires.
La solution du mystère appartient aux chercheurs
La conclusion temporaire de cette lettre est que la communauté scientifique ignore à ce jour pourquoi le nombre et l'âge maximal des supercentenaires stagne voire diminue.
Imaginons que les bâtiments de nos villes se dégradent de moins en moins vite durant un siècle puis se mettent à s'abîmer plus rapidement, cela aurait probablement un plus grand impact sur l'opinion publique que la situation décrite dans cette lettre.
Il est vrai qu'un bâtiment de 100, 120 ou 150 ans bien entretenu peut-être comme neuf.
Ce dont nous pouvons être quasiment certains, c'est qu'il faudra des progrès médicaux considérables et "de rupture" pour franchir le "plafond de verre" des 115 ans. Des "ravalements de façade", une médecine classique ne suffiront pas. La "rectangularisation de la courbe des décès" - qui a été citée en début d'article - a pour conséquence que ces progrès seront utiles à de plus en plus de citoyens.


La bonne nouvelle du mois : de plus en plus de mises en commun de données publiques de santé à des fins de recherche





Le 16 avril 2018, la Commission européenne a annoncé que 13 pays européens ont signé une déclaration pour permettre l'accès transfrontalier à leurs informations génomiques. Ceci est une étape très importante pour le partage des données génomiques utile à la recherche médicale.
En France, suite à un large débat relatif à l'utilisation de l'intelligence artificielle, le Président Macron, présentant au Collège de France le rapport intitulé Donner un sens à l'intelligence artificielle : pour une stratégie nationale et européenne a annoncé la création d'un hub des données de santé en déclarant notamment Nous avons un véritable avantage, c'est que nous possédons un système de santé très centralisé avec des bases de données d'une richesse exceptionnelle. Elles sont parmi les plus importantes au monde et mettent à notre portée des découvertes scientifiques majeures.
La prise de conscience par les autorités publiques dans l'Union européenne de l'utilité pour la recherche médicale de la mise en commun des données des citoyens (en préservant l'anonymat) est un pas considérable pour la recherche médicale contre la sénescence.


Pour en savoir plus :

lundi 26 mars 2018

L'intelligence artificielle pour la longévité. La mort de la mort. Mars 2018. N° 108.

La première personne qui atteindra l'âge de 200 ans est déjà née. Le futur est énorme. Il n'a jamais été plus existentiellement transformatif (traduction). Stephen Fry, écrivain, humoriste, acteur et réalisateur britannique, mars 2018.



Thème du mois. En quoi l'intelligence artificielle (faible ou forte) pourrait-elle aider contre le vieillissement ?




Il existe bien des définitions de ce qu'est l'intelligence artificielle. Dans le présent texte, nous examinerons toutes les applications informatiques capables d'effectuer des opérations autrefois accessibles uniquement à des humains. Le terme intelligence artificielle "forte" ou "générale" (mais pas nécessairement consciente) est utilisé pour désigner un système informatique à la capacité globale approchant ou dépassant la capacité humaine.

Il existe actuellement d'innombrables applications informatiques avec une intelligence spécifique dépassant l'humain dans des domaines de plus en plus nombreux et larges, mais aucune forme d'intelligence artificielle générale.

Réduire les risques de sénescence peut aussi contribuer à réduire d'autres risques pour l'humanité.

Il en va de l'intelligence artificielle comme de bien d'autres avancées technologiques. Elle peut être facteur de progrès ou facteur de destructions humaines.

Mais, concernant l'intelligence artificielle, il y a plus grave, comme c’est le cas pour quelques autres avancées technologiques telle l'énergie nucléaire. Dans le pire des cas, ce n'est pas seulement la vie de femmes et d'hommes qui est en jeu, c'est le sort de l'humanité dans sa totalité. Des scientifiques et personnalités majeures dont Elon Musk, Bill Gates et Stephen Hawking se sont interrogés à ce sujet. Ils ont été inspirés notamment par Nick Bostrom, un philosophe, suédois vivant à Oxford et auteur du livre Superintelligence, chemins, dangers et stratégies.

Nick Bostrom n'est pas que pessimiste, ou plus précisément extrêmement prudent, vis-à-vis des progrès technologiques. Il est aussi l’un de ceux qui estiment que nous pourrons un jour vaincre les maladies liées au vieillissement grâce aux progrès scientifiques. Il avait exprimé cette idée, de manière imagée, dès 2005, dans sa Fable du Dragon-Tyran.

Vivre plus longtemps et échapper aux risques dits "existentiels" (qui pourraient mettre fin à l'histoire de l'humanité) forment en fait deux préoccupations fondamentales complémentaires.

Dans la présente lettre, nous considérons qu'utiliser l'intelligence artificielle prioritairement pour tout ce qui rend l'humain plus résistant aux maladies et aux agressions est une opération potentiellement positive pour cet objectif-là et également pour diminuer les risques de destruction.

En effet, parmi les caractéristiques majeures de l'intelligence artificielle, il y a le fait que cette intelligence n'est pas nécessairement :
= combinée à un sens moral considérant la vie humaine comme une valeur fondamentale;
= dotée de "bon sens", c'est-à-dire d'une réflexion dont serait spontanément capables la plupart des êtres humains normalement informés. Un exemple concret : il relève "du bon sens" que s'occuper des plantes pour qu'elles ne meurent pas de soif ne signifie pas détruire les plantes, même si ainsi elles ne mourront pas de soif. Or, ce bon sens n’est pas nécessairement évident pour une machine "super-intelligente".

Une utilisation de l'intelligence artificielle centrée sur la santé devrait diminuer la probabilité de l’apparition de conséquences catastrophiques puisque l'objectif final sera l'amélioration sur la longue durée du bien-être humain. Ceci obligera notamment à théoriser de manière détaillée tout ce qui est bon pour la santé, la résilience et l'intégrité des êtres humains et pourrait aussi nous "déshabituer", nous décourager de recherches potentiellement nuisibles.

L'intelligence artificielle pour accélérer les recherches de produits (biologiques ou non) et pour automatiser des expérimentations

Le coût du séquençage est en diminution considérable, mais reste encore relativement élevé pour ce qui concerne des espèces non encore "déchiffrées". C'est une des raisons pour lesquelles bien des espèces vivantes à la longévité très courte ou très longue n'ont pas encore été séquencées.

La durée maximale de vie parmi les millions d'espèces vivantes varie de quelques jours à plusieurs siècles et même plusieurs millénaires pour certaines plantes. À l'intérieur d'une espèce donnée, la durée maximale de vie varie également de manière importante. Il reste encore bien des recherches à effectuer pour comprendre les gènes concernés par la sénescence, leurs interactions et ensuite explorer les raisons biologiques de ces différences et les thérapies géniques envisageables.

Par ailleurs, de très nombreuses substances et combinaisons de substances utilisées dans le domaine médical pourraient avoir un impact favorable à la longévité. L'outil informatique permet de détecter ce qui est le plus prometteur en se basant notamment sur l'analyse de la littérature scientifique et sur des projections "automatisées" de ces analyses. Cela pourrait être un champ d'exploration couvert par IBM Watson, qui actuellement travaille surtout pour le diagnostic médical. C'est aussi un des champs d'investigation couverts par la société Insilico Medicine.

Au niveau des laboratoires eux-mêmes, de très nombreuses recherches de longévité se font avec des animaux (drosophiles, mouches,...). Les applications informatiques et également robotiques permettent d'envisager d'accélérer le traitement et de diminuer les coûts tant pour le soin des animaux que pour la mesure de tous les paramètres. Par exemple, pour des souris, il devrait être possible d'entretenir les animaux et de mesurer exactement certaines modifications du métabolisme sans intervention humaine (et également avec moins de risques d'erreur et de subjectivité).

Enfin, dans un avenir plus lointain, il est envisageable d'introduire dans le corps humain des outils de taille nanotechnologique comportant une application logicielle (ou reliés à un réseau).

L'intelligence artificielle pour simuler les recherches sur l'animal

Les cellules, les neurones, les organes et les interactions entre eux peuvent être de plus en plus simulés de manière informatique. Ceci est utile du point de vue du coût, de la rapidité et également du bien-être animal. Actuellement, l'invertébré le plus étudié du monde animal, le nématode C. Elegans est également l'animal pour lequel les simulations informatiques sont les plus développées, notamment pour ce qui concerne les 302 neurones de son (minuscule) système nerveux.

L'intelligence artificielle pour simuler les recherches sur l'humain

Il en va de l'humain comme du reste du vivant pour l'intérêt de la simulation, mais avec une complexité et un intérêt plus grands.

Il n'y a pas de projet de simulation globale d'un être humain, mais bien des études portant sur certains organes. Dans le domaine neurologique, les travaux actuels les plus importants de simulation sont ceux réalisés par le Human Brain Project européen (et le projet similaire américain). Il s'agit de comprendre le mécanisme du cerveau dont, entre autres, la maladie d'Alzheimer. En l'état actuel, les chercheurs sont encore très éloignés d'une représentation neurone par neurone et synapse par synapse du cerveau. L'organe le plus complexe de l'univers connu n'est pas encore à la portée des informaticiens les plus avancés.

Et ce à quoi nous n'avons pas encore songé

Les progrès de la médecine, de la science, de l'intelligence artificielle ne s'arrêteront pas à ce que nous imaginons aujourd'hui, rêves ou cauchemars. Nous irons au-delà.

La bonne nouvelle du mois : Trois jours de conférence internationale pour "défaire" le vieillissement


Les 15, 16 et 17 mars, des centaines de chercheurs, mais aussi des activistes, des journalistes et des investisseurs venus du monde entier se sont rencontrés à Berlin pour la conférence Undoing Aging. Ils ont collectivement exploré les mécanismes de vieillissement de l'être humain et les pistes pour le ralentir voire le renverser.

À la fin de la conférence, il a été annoncé que l'événement serait dorénavant annuel. Il reste à espérer que cette conférence ne soit plus nécessaire que pendant quelques années!  


Pour en savoir plus: