samedi 1 mars 2014

La mort de la mort. Lettre de février 2014. Numéro 59.

Il faut rester vigilant, mais il ne faut pas être inquiet. Je me mets à la place d'Homo Erectus, moi. Je connais bien ces gens-là. Quand Homo erectus a maitrisé le feu, toute la société a dit: Oh là là, oh là là. Il faut des comités éthiques pour surveiller ça. Et ce n'était pas faux. C'est pareil aujourd'hui. Yves Coppens, paléontologue français, à propos des améliorations possibles de l'être humain.

Thème du mois: Placebos, nocebos et luttes contre le vieillissement

L'effet placebo en médecine, c'est une amélioration de l'état d'une personne qui pense recevoir un traitement médical, alors que cette personne ne reçoit aucun produit ou traitement spécifique.

Le plus souvent l'effet placebo est produit suite à l'ingestion d'un produit que le patient pense être un médicament mais qui est en fait un produit sans effet médical (une pilule de glucose, par exemple). Mais il peut faire suite à bien d'autres traitements. Par exemple, si un patient pense qu'un appareil dans sa chambre diffuse des sons apaisants durant son sommeil, il pourra avoir un sommeil plus réparateur.

L'effet nocebo est le même phénomène mais dans un sens défavorable. C'est une détérioration de l'état d'une personne qui pense subir un traitement qui lui est défavorable, alors que cette personne ne reçoit aucun produit ou traitement spécifique. Tout comme l'effet placebo, l'effet nocebo se produira souvent suite à l'ingestion de substances inactives, mais perçues comme nocives. Cet effet peut aussi se produire, par exemple, lorsqu’une personne est convaincue de la présence nouvelle d'ondes nocives, même en l'absence de nouvelles sources de radiations.

Le mot placebo en latin signifie "je plairai" et le mot "nocebo" signifie "je nuirai". Il est fondamental de savoir que ces effets ne sont pas des effets fictifs. Dans le langage courant, beaucoup parleront "d'effet placebo" pour s'opposer à des mesures avec le sous-entendu que cet effet n'est pas véritable. En réalité, l'effet placebo et l'effet nocebo ont des conséquences tangibles et mesurables mais ces effets ont une autre origine que ce que pense le patient. Selon la majorité de la communauté scientifique, les effets placebo sont la cause principale de l'efficacité des traitements homéopathiques.

Le corps humain fonctionne selon des mécanismes d'interactions innombrables, conscients, partiellement conscients et inconscients. La perception consciente d'un changement (avaler une pilule par exemple) déclenche des processus physiologiques. Ces processus vont ensuite mener à une perception globale différente, laquelle va à son tour influencer notre corps et ainsi de suite. Les modifications induites les plus fortes sont des modifications de perception sensorielle (moins de douleur ressentie) mais tous les mécanismes du corps peuvent être modifiés pour une durée de temps importante, ce qui peut finalement influencer notamment sur la durée de vie.

L'effet placebo est une des raisons pour lesquelles, depuis des siècles et même des millénaires, ceux qui consomment des produits censés améliorer et prolonger la vie, se sentent mieux, même si, le plus souvent, leur durée de vie totale ne sera pas plus longue. 

L'effet placebo, abondamment étudié, et l'effet nocebo restent quand même parmi les mécanismes les plus fascinants et mystérieux qui gouvernent notre physiologie. Comment le corps peut-il changer de manière importante suite à une "croyance"? Nous ne le comprenons pas encore entièrement mais c'est en tout cas la preuve que des mécanismes venus du système nerveux influent sur notre physiologie, de manière importante, sans que nous en soyons conscients.

Enfin, la compréhension de l'effet placebo amène des questions éthiques. Sachant que l'état de santé d'un patient s'améliorera s'il croit qu'il prend un produit efficace, n'est-il pas souhaitable de faire croire au patient qu'il reçoit un produit supposé efficace? Pour complexifier encore un peu, il faut noter qu'un effet peut parfois être mesuré, même lorsque le patient sait qu'il prend un placebo!

Placebo, nocebo et recherche

Les effets placebo et nocebo lorsqu'ils sont mesurés rigoureusement démontrent l'importance fondamentale de la perception dans les mécanismes de santé, tant pour les conséquences positives que négatives.

L'effet placebo observé chez l'homme ne se transpose pas en tant que tel pour les animaux puisqu'un animal ne sait pas ce qu'est un médicament. Il existe néanmoins des phénomènes très proches. Ainsi, un animal qui reçoit une pilule sans principe actif percevra que l'on s'occupe de lui, ce qui pourra améliorer son état de santé par rapport à un animal laissé sans soin. Autrement dit, dans ce cas, l'effet naîtra du contact humain différent occasionné selon que celui qui donne un produit pense qu'il aide l'animal ou non.

Pour la recherche en général et pour la recherche médicale en particulier, la prise en compte de ces mécanismes a obligé les chercheurs à mettre sur pied des protocoles de recherche stricts par lesquels les personnes (ou les animaux) expérimentant des produits et méthodes nouvelles sont divisés en deux groupes: le groupe recevant un produit présumé actif et un groupe recevant un produit inactif. De plus, pour éviter toute influence inconsciente de la part des expérimentateurs, il est nécessaire que même ceux qui donnent les produits ignorent s'ils donnent un produit actif ou inactif. C'est ce que l'on appelle les études en double aveugle.

Pour tester l'efficacité d'un produit, il faut donc au moins:
  • Deux groupes similaires de personnes (ou d'animaux) 
  • Deux produits de présentation similaire: un actif et un placebo
  • Des personnes qui "anonymiseront" les produits 
  • D’autres personnes qui donneront les produits

Ces opérations sont complexes. Il faut notamment veiller à avoir des groupes de taille suffisante et de composition très proches. Il faut aussi que le véritable produit et le produit inactif se ressemblent vraiment. Par exemple, il a été démontré qu'une pilule placebo pouvait avoir un effet différent selon sa couleur! Le goût de la capsule peut également avoir un impact.

L'inconvénient de ce type d'études est qu'il nécessite plus de sujets d'expérience. Il est cependant possible de limiter le surcoût en effectuant des opérations de tests portant sur plusieurs produits simultanément (par exemple en testant quatre médicaments nouveaux et un placebo).

L'avantage de la compréhension du phénomène est qu'il exige des scientifiques une attitude plus rigoureuse et donne des résultats beaucoup plus probants qu'auparavant. Cependant, même une étude en double aveugle devra être vérifiée par une autre étude, faite par une autre équipe, notamment pour écarter le risque de fraude ou d'erreur.

Aujourd'hui, de par le monde, des produits et traitements sont testés sur des animaux, dans le but de mesurer la longévité. Ces études portent le plus souvent sur des souris. De trop nombreuses opérations sont malheureusement encore effectuées sans la garantie du double aveugle ou parfois avec un placebo qui n'est pas suffisamment ressemblant au produit actif. Les progrès de la connaissance et des recherches dans ces domaines permettent d'envisager des tests de plus en plus fiables et donc de plus en plus fructueux. En ce qui concerne les traitements expérimentaux sur des personnes, un des avantages éthiques des tests groupés de plusieurs produits et d'un placebo est qu'un patient qui sait qu'il reçoit probablement un médicament, a des fortes chances de se sentir mieux de toute façon de par l'effet placebo. 


Bonne nouvelle du mois: Un ancien premier-ministre belge s'enthousiasme pour une vie beaucoup plus longue en bonne santé.

Mark Eyskens, ancien premier-ministre social-chrétien néerlandophone a lu le livre "La mort de la mort" du docteur Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et dirigeant de la société DNAvision. Selon le journal L'avenir, il a déclaré "On dirait de la science-fiction, et pourtant le transhumanisme est en train d’émerger".

Marc Eyskens rejoint le groupe encore petit, mais en croissance, des responsables politiques et sociaux qui comprennent l'importance des recherches et des réflexions pour les progrès de la longévité, en faveur d'une vie en bonne santé beaucoup plus longue. 

Pour en savoir plus 

samedi 1 février 2014

La mort de la mort. Lettre de janvier 2014. Numéro 58.




Toute personne a le droit (...) de participer aux progrès scientifiques et aux bienfaits qui en découlent. Article 27 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.





Thème du mois: Réjuvénations


Le souhait de rajeunir est parfois cité comme un des plus vieux souhaits de l'humanité, mais c'est faux. Quand nos lointains ancêtres faisaient leurs premiers rêves  au coin des premiers feux, ils pouvaient imaginer une vie sans limitation, sans prédateurs, sans parasites, sans maladies avec du miel coulant dans les rivières et la douce chaleur du printemps toute l'année. Mais le vieillissement rendant incapable de se déplacer et finissant par provoquer la mort, ils ne l'avaient jamais connu. Les hommes et les femmes mouraient bien avant ce stade.

Le souhait de rajeunir n'a pu naître qu'avec les premières civilisations lorsque certains, parmi les plus chanceux, ont pu être protégés par la collectivité et avoir la chance de vieillir.

Le souhait d'une vie beaucoup plus longue sans vieillissement et le souhait de rajeunissement se confondent souvent dans l'imaginaire collectif, mais ce sont des phénomènes dissociables. Stopper le vieillissement, ce serait stopper la dégénération due à l'âge. Rajeunir, ce serait un mécanisme biologique qui transforme un être vivant ayant les caractéristiques physiologiques d'un être âgé en un être vivant ayant les caractéristiques physiologiques d'un être plus jeune. 

Le rajeunissement et les êtres vivants: approche descriptive

Ainsi qu'il a été décrit dans une précédente lettre, la plupart des êtres vivants vieillissent, c'est-à-dire subissent un phénomène de dégradation physiologique, du fait du simple écoulement du temps. Cependant,  certaines espèces végétales et animales soit ne vieillissent pas, soit vieillissent extrêmement lentement. Il en va ainsi de certains arbres, de certains mollusques et peut-être même de certains poissons et reptiles, voire de certains oiseaux.

Par contre, dans le règne du vivant, le phénomène de la réjuvénation, du rajeunissement, est quasiment absent. Pour les êtres vivants à reproduction sexuée, il n'existe qu'un seul mécanisme de réjuvénation, celui que nous connaissons tous, c'est la reproduction, la création d'une génération suivante. De manière imagée, la reproduction est parfois définie comme la méthode utilisée par l'ADN pour remplacer une enveloppe usée par une nouvelle. A chaque reproduction, deux organismes rassemblent leurs ADN, issus de cellules dites germinales, dans une cellule nouvelle qui se développe ensuite.

En dehors de la reproduction, il n'y a donc, en règle générale, pas de réjuvénation dans la nature.

Une espèce animale, largement médiatisée semble faire exception à la règle. Il s'agit de la méduse Turritopsis dohrnii (auparavant souvent appelée Turritopsis nutricula). C'est un animal de moins de 5 millimètres à l'âge adulte qui a un cycle de vie qui peut former une boucle. Le cycle normal d'une méduse de ce type est la naissance d'une larve à partir d'un œuf, la transformation de la larve en "polype", c'est-à-dire en un groupe de cellules fixé au sol marin, ensuite la transformation en adulte, à savoir la méduse "classique" que nous connaissons, et enfin la sénescence puis la mort. Dans certaines circonstances, la méduse Turritopsis adulte peut se retransformer en polype qui pourra ensuite devenir à nouveau adulte. Il semble qu‘en l'absence de cause de mortalité, telle la prédation ou les maladies, ce cycle est sans limite.

Il faut cependant remarquer que:

- le cycle n'est observé que depuis quelques années, par un nombre très réduit de scientifiques;
- le cycle ne se produit que dans des circonstances fort spécifiques, non observées dans la nature et difficiles à établir en laboratoire;
- et, bien sûr, une méduse et un être humain sont des animaux extrêmement différents.

Des cas intermédiaires sont ceux de la régénération permanente. Ainsi il semble que l'hydre se régénère constamment: les parties régénérées se déplacent progressivement vers les extrémités du corps et les cellules âgées de ces extrémités disparaissent.

De manière similaire, les arbres se régénèrent une fois par an: la partie vivante, sous l'écorce mais en périphérie du tronc, donne naissance à une nouvelle couche, plus jeune, tandis que l'ancienne partie se meurt. C'est ainsi qu'il est possible de mesurer l'âge d'un arbre abattu en comptant les anneaux de croissance du tronc.

Certains coquillages qui vivent plusieurs centaines d'années pourraient avoir un fonctionnement similaire. Nous-mêmes, humains, nous régénérons en permanence, mais de plus en plus lentement avec l'âge. Des chercheurs explorent diverses pistes pour aider le corps âgé de mammifères à se renouveler plus rapidement, notamment en introduisant des cellules souches jeunes et leurs facteurs associés, ou encore en débarrassant le corps de cellules "sénescentes" qui font obstacle à la régénération permanente de tissus.

Le rajeunissement et les êtres humains: approche descriptive

Actuellement, pour les êtres humains, aucun phénomène de rajeunissement de long terme n'a jamais été établi. Cela ne signifie pas que l'état de santé d'une femme ou d'un homme âgé ne peut pas s'améliorer, moyennant des interventions adéquates, par l'ingestion de produits, des exercices, des traitements spécifiques,... Mais cela signifie qu'à ce jour, malgré toutes les annonces parfois irréalistes de certains scientifiques et malgré les promesses, souvent démesurées de fournisseurs de produits esthétiques, toutes les transformations possibles ne font, dans le meilleur des cas, que rétablir le fonctionnement physiologique idéal et retarder de quelques mois ou de quelques années, la poursuite des processus physiologiques.

Sur le court terme, des traitements et des modifications du mode de vie peuvent déclencher une amélioration de l'état de santé, y inclus les signes relatifs à la sénescence (tonicité de la peau, capacité respiratoire, agilité, capacités intellectuelles,...). Il s'agira en fait d'un passage d'une situation dégradée à un état se rapprochant de l'état idéal, compte tenu de l'âge et non d'un rajeunissement, malgré les apparences. Il convient d'ailleurs d'être prudent, lorsque les capacités physiologiques deviennent nettement plus importantes que la moyenne à l'âge concerné, car il est possible que les activités provoquent au contraire une accélération de la sénescence. En effet, des activités physiques trop intenses peuvent provoquer des dommages à l'image d'une chandelle "brûlant par les deux bouts". 

Il faut de plus tenir compte des remarquables conséquences des effets placebo. Pour des raisons qui restent en fait largement inconnues, une personne pensant recevoir un meilleur traitement, bénéficiera souvent d'une réelle amélioration de son état physiologique, même en l'absence de tout élément extérieur nouveau autre que psychologique.

Malgré tous les traitements expérimentés depuis des milliers d'années, malgré tous les progrès de la médecine, toutes les découvertes extraordinaires relatives au vieillissement de ces dernières décennies, malgré le fait que les mortalités suite aux cancers et aux maladies cardio-vasculaires sont en diminution rapide, en cette année 2014, la durée extrême de vie des êtres humains reste limitée à 122 ans, à peine 20 ans de plus que la durée extrême de vie des premières civilisations et pas une année de plus qu'il y a 20 ans. Et le rajeunissement reste plus encore un rêve inaccessible.

Quelques perspectives relatives à la réjuvénation
Même si l'intitulé de certaines recherches porte le mot "réjuvénation" ou citent ce contexte, l'objectif poursuivi par les chercheurs contemporains est surtout d'interrompre les processus de dégénérescence et non de les inverser. Pour mesurer l'efficacité de la lutte contre le vieillissement, de nombreuses mesures sont effectuées (tonicité, capacité respiratoire, rapidité des réflexes, rythme cardiaque au repos et après un exercice,...). Lorsque des marqueurs biologiques indiquent des taux correspondant généralement à un âge moins élevé, le terme réjuvénation sera employé, mais il ne s'agit en fait que d'un meilleur état de santé qu'auparavant pour un âge déterminé. 
C'est principalement dans l'art et la littérature religieuse ou de science-fiction qu'il est question d'un rajeunissement au sens courant du terme. Et c'est malheureusement également souvent le cas dans des publicités trompeuses pour des produits pharmaceutiques ou cosmétiques.
Dans un corps humain, tout au long de la vie, les processus de régénération et les processus de dégénération s'affrontent, avec la victoire finale des processus entraînant des détériorations. Nous pouvons imaginer que les processus soient un jour réellement inversés, mais c'est peu probable avant que les processus de vieillissement puissent être interrompus. Par ailleurs, prolonger ce processus au-delà du retour au stade de jeune adulte n'aurait, évidemment, guère de sens.
Que la possibilité de rajeunissement soit plus lointaine que la limitation ou l'arrêt du vieillissement est en un certain sens rassurant. Une société où les citoyens pourraient choisir leur âge biologique serait très différente de la nôtre. Par contre, une société dans laquelle les citoyens pourraient vivre beaucoup plus longtemps avec un vieillissement négligeable serait peu différente. Le nombre de personnes âgées croîtrait plus rapidement qu'aujourd'hui mais ces personnes auraient de moins en moins besoin de soins pour des pathologies lourdes.



Bonne nouvelle du mois: Une analyse fouillée de la longévité dans un hebdomadaire français de référence

Le journal "Le Nouvel Observateur" du 2 janvier 2014 consacre sa couverture et plus de 20 pages à un dossier "Vivre mieux et plus longtemps. Les incroyables découvertes de la science." Les lecteurs ont pu prendre connaissance des dernières avancées en matière de longévité et dans des domaines proches, en France, aux Etats-Unis, en Chine et ailleurs. Le neurobiologiste Hervé Chneiweiss, qui est notamment à la tête du Comité éthique de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) y explique notamment les enjeux dans ces domaines en France et ailleurs. Il déclare également qu'il milite pour que le service public permette au plus grand nombre de bénéficier des percées médicales.


Pour en savoir plus 

samedi 4 janvier 2014

25.000 logements publics bruxellois en 3.600 jours (lettre bimestrielle, numéros 25, 26, 27 et 28). Mai à décembre 2013.

En septembre 2013, le gouvernement bruxellois a adopté un ambitieux plan relatif au logement intitulé "Alliance Habitat" annonçant notamment 651 millions d'euros pour construire 6.720 logements. Ce plan est détaillé sur le site du Secrétaire d'Etat Christos Doulkeridis. Il est à noter qu'il ne concerne pas uniquement des logements à vocation sociale, mais également d'autres logements pour "renforcer la mixité sociale". Ce nouveau plan n'aura des conséquences qu'à long terme. Curieusement il ne mentionne pas l'objectif de 2009 de 15 % de logements de qualité à gestion publique et à finalité sociale dont il est question dans la présente lettre.

Les accords  gouvernementaux régionaux bruxellois du 12 juillet 2009 prévoyaient une augmentation radicale du nombre de logements publics par "une norme à atteindre dans les 10 années à venir de 15% de logements de qualité à gestion publique et à finalité sociale".

Cette lettre en principe bimestrielle a pour objectif d'être un aiguillon pour favoriser une réalisation optimale de l'objectif d'extension du nombre de logements publics, particulièrement les logements sociaux. Actuellement, environ 40.000 ménages sont sur les listes d'attente des sociétés de logement social bruxellois. 

Le rythme de publication de cette lettre s'est ralenti et malheureusement il en va de même du rythme de création de nouveaux logements. Le temps passe. Les saisons passent. Les hommes et les femmes trépassent. La construction de logements sociaux est-elle plus que jamais dans l'impasse?


Logements publics à finalité sociale
Estimation de l’état des créations de logements connu au 31 décembre 2013

 10.800
Nombre total de logements publics qui, logiquement, auraient dû être créés durant le temps écoulé depuis l'accord gouvernemental (estimation sur la base de la mise à disposition de 200 logements par mois)
3.100
Nombre total des nouveaux logements publics à finalité sociale réellement créés (estimation). A décomposer comme suit:
1.150
Logements construits depuis le début de la législature dans le cadre du plan dit des 5000 logements
0
Logements créés à partir de bureaux transformés
0
Logements créés à partir de logements et autres immeubles abandonnés
1.050
Logements créés par d'autres moyens (acquisitions, locations, contrats de quartier, fonds du logement…) (chiffre approximatif)
1.200
Logements privés mis à la disposition par les agences immobilières sociales (A.I.S.) (chiffre approximatif)
- 300
Logements publics supprimés (destruction, transformation-rénovation de petits logements en logements plus grands, mais moins nombreux,…) (chiffre approximatif)
53
Nombre de mois écoulés depuis les accords politiques (54 mois depuis le début de la législature)
66
Nombre de mois restants pour achever la mise à disposition des logements

Durant les 8 derniers mois, seuls 68 logements nouveaux ont été inaugurés dans le cadre du plan logement et 100 autres logements ont été inaugurés dans un autre cadre régional. Malgré la bonne volonté et l'énergie de beaucoup, les résultats sont donc extrêmement maigres. 

En ce qui concerne les logements en chantier, leur nombre est également de plus en plus faible. Il n'y a plus qu'une demi-douzaine de chantiers en cours. De plus, ces chantiers sont de petite taille. Ils représentent ensemble moins de 300 logements. En 2013, il semble qu'un seul chantier de construction nouvelle a été entamé (44 logements à Uccle en décembre).

Par ailleurs, un objectif important est la rénovation de constructions abandonnées et la transformation de bureaux inutilisés en logement.

Pour ce qui concerne la conversion de bureaux en logements, un processus de primes suite à un appel à projets pour la conversion de bureaux obsolètes ou inoccupés en logements est en cours. C'est un enjeu non négligeable dans une cité qui compte au moins 1,3 millions de mètres carrés de bureaux inoccupés. Actuellement, le nombre de bureaux convertis en logements à vocation sociale dans ce cadre est malheureusement toujours égal à zéro de même que le nombre de conversions en chantier.

Le calcul du nombre réel de logements à créer varie énormément selon les estimations (voir lettre de novembre 2010). La présente lettre se base sur un nombre de 25.000 logements. Dans ce nombre, il a été tenu compte des logements mis à disposition par les agences immobilières sociales même s'il ne s'agit pas au sens strict de logements à gestion publique. Par contre, il n'a pas été tenu compte des prêts octroyés par le Fonds du logement car ils concernent des immeubles à gestion totalement privée.

Dans le tableau, seuls les logements effectivement mis à disposition sont comptabilisés. Ils sont pris en compte dès qu'ils sont réalisés même s'ils ne sont pas occupés. Les chantiers, projets en cours de marché public,... ne sont pas repris. 

Si les logements avaient été créés comme prévus, cela aurait eu un coût. En l'absence de réalisation, actuellement, on peut considérer que les autorités régionales ou locales bruxelloises ont économisé environ 850 millions d'euros (sur la base d'un coût de 110.000 € par logement) aux dépens des personnes qui auraient occupé les logements. 

Informations complémentaires

Si vous communiquez des informations pertinentes, elles seront diffusées dans la prochaine lettre.
Didier Coeurnelle, en tant que citoyen bruxellois.
http://www.didiercoeurnelle.org

Source de l'image. Logements sociaux à Scampia, banlieue déshéritée de Naples.

lundi 30 décembre 2013

La mort de la mort. Lettre de décembre 2013. Numéro 57.

Senectus ipsa est morbus. La vieillesse elle-même est une maladie. Publius Terentius Afer, auteur latin dans une comédie intitulée "Phormion". Deuxième siècle avant Jésus-Christ. 


Thème du mois: Longévité et expérimentation animale

L'immense majorité des espèces animales subissent la sénescence. Ceci signifie que, même placés dans un environnement parfaitement adapté, les dommages physiologiques qui se produisent du simple fait de l'écoulement du temps s'accumulent et finissent par provoquer le décès, même en l'absence de prédateur, de parasites ou de maladies infectieuses.

Pour la plupart des espèces animales y inclus l'homme, non seulement l'écoulement du temps provoque le décès, mais l'évolution des dégradations est exponentielle plutôt que linéaire.  Donc, le pourcentage de mortalité durant une période de temps déterminée croit avec l'âge.

Pour l'être humain, il est généralement admis que la mortalité suite au vieillissement double à partir de l'âge adulte environ tous les huit ans (modèle dit de Gompertz). Pour les autres espèces, le rythme de croissance de la mortalité diffère. Les durées de vie en captivité, moyennes et extrêmes sont en effet très différentes d'une espèce animale à l'autre. En général, plus une espèce est petite, plus elle a des prédateurs dans le cadre naturel, plus sa vie en captivité (donc même en l’absence de prédateurs) sera courte. Par ailleurs, à l'intérieur d'une même espèce, les durées de vie moyennes et maximales des individus varient selon les groupes. Par exemple, les races de chiens et de souris de petite taille vivent généralement plus longtemps.

Le vieillissement étant un processus lent, l'expérimentation est difficile. Plus la durée de vie d'un animal est longue, plus l'expérimentation est complexe et coûteuse. Par contre, étant donné que nous, êtres humains avons la chance de pouvoir vivre près d'un siècle, plus la durée de vie des animaux d'expérimentation est longue, plus la comparaison avec la situation humaine sera pertinente. Pour ces raisons, les expérimentateurs et les observateurs se sont intéressés tant à des animaux à durée de vie courte qu'à des animaux à durée de vie longue.

Il faut savoir que certains chercheurs estiment que la croissance de la mortalité avec l'âge (l'aspect exponentiel) n'est pas une règle absolue. Certaines espèces de poissons, notamment les sébastes, certaines espèces de reptiles, notamment des tortues et même certaines espèces d'oiseaux pourraient avoir un taux de mortalité qui ne croît plus au-delà d'un certain âge. Il en va de même pour d'assez nombreux invertébrés (homards, oursins, anémones de mer, quahogs,...). Certains parlent même de "sénescence négative", d'une mortalité annuelle décroissant pour les individus âgés. En ce qui concerne les vertébrés, actuellement, il n'y a pas d'expérimentation animale pour vérifier ces hypothèses. Puisque ces animaux vivent très longtemps, si des tests peuvent être réalisés pour des animaux en captivité, les résultats se feront probablement attendre pendant des décennies.

Par ailleurs, l'expérimentation animale pose des questions éthiques. Les tests sur des animaux de laboratoire, parmi lesquels les rats et les souris, font l'objet d'intenses et passionnés débats publics. Il est à remarquer que l'élimination de leurs lointains cousins qui se trouvent dans les caves, greniers et égouts souvent à quelques mètres des laboratoires ne fait l'objet de presque aucune interrogation alors même que la mise à mort se fait généralement par l'usage d'anticoagulants (mort aux rats) provoquant un décès lent et douloureux. Ceci étant écrit, en ce qui concerne les expérimentations relatives à la longévité, l'objectif étant de permettre une vie plus longue en bonne santé, le strict respect des règles légales et des principes de respect des animaux élevés est une garantie éthique, mais aussi une garantie d'efficacité. Il faut donc y être extrêmement attentif.

Parmi les mammifères, les animaux les plus testés pour la longévité, comme d'ailleurs pour toutes les expérimentations dans le domaine de la santé, sont les rats et les souris. Ceux-ci ont une espérance de vie de moins de trois années. Les autres animaux souvent sujets d'expérimentation, notamment les cobayes et les lapins ne sont presque jamais sujets d'expériences relatives à la longévité. Il en va de même pour les porcs. Ce qui est regrettable. En effet, les cochons présentent une très grande ressemblance physiologique avec les êtres humains, mais avec une durée de vie maximale nettement plus courte (environ 25 ans maximum).

Pour ce qui concerne les primates, tant pour des raisons éthiques qu'économiques et techniques, les expérimentations sont actuellement rares. Ce sont principalement des singes rhésus qui ont été sujets d'expérimentation pour ce qui concerne l'impact de l'alimentation sur la longévité.

Un autre mammifère qui est parfois étudié est le rat-taupe nu car ce rongeur bénéficie d'une longévité exceptionnellement grande.

Les tests ne s'arrêtent pas aux mammifères. Ils concernent également des animaux de plus petite taille, principalement deux espèces célèbres dans les laboratoires: les drosophiles et le ver nématode Caenorhabditis elegans. Ces espèces ont une espérance de vie courte et elles ont bien sûr beaucoup moins en commun avec l'être humain qu'une souris, même si plus de 50 % du patrimoine génétique de la drosophile est commun avec celui de l'être humain.

Quels sont les tests qui sont effectués?

Deux catégories d'expérimentations peuvent être distinguées: 

L'observation dans des circonstances "naturelles" modifiées

L'objectif de ces tests est de comprendre les mécanismes du vieillissement dans des situations qui ne supposent pas une modification des animaux eux-mêmes. Il s'agira de savoir quels sont les facteurs qui influencent l'animal de manière positive ou négative. Parmi les nombreux facteurs d'influence qui ont déjà été testés figurent:

- l'apport calorique,
- la luminosité,
- la température,
- le sommeil,
- le taux d'activité,
- le niveau de bien-être,
- l'activité sexuelle,
- l'apport en oxygène.

Les tests de nouvelles substances et les thérapies géniques

Il s'agit de trouver des nouvelles substances chimiques ou pharmaceutiques ou des modifications génétiques qui permettent aux animaux une durée de vie plus longue et en bonne santé. Parmi les innombrables tests qui ont déjà été effectués, il y a ceux qui concernent

- des produits fluidifiant le sang,
- des médicaments couramment utilisés chez l'homme,
- des additifs alimentaires,
- des produits toxiques à forte dose, mais qui pourraient avoir un effet positif à faible dose (hormèse),
- des hormones et des vitamines,
- des thérapies géniques supposant une modification de l'animal à la naissance
- des thérapies géniques supposant une modification thérapeutique sur des animaux adultes,
- l'introduction de cellules-souches.

Pour toutes les expérimentations, idéalement, le travail des chercheurs devrait comparer plusieurs groupes d'animaux vivant dans des conditions similaires, avec la garantie d'absence de toute influence possible de l'expérimentateur de manière consciente ou inconsciente (études randomisées en double aveugle). Malheureusement, beaucoup d'études, même parmi celles largement médiatisées, ne respectent pas encore ce principe.

Une des raisons principales de la lenteur des expérimentations est la lenteur du processus de vieillissement. Une méthode relativement simple pour détecter plus rapidement des effets serait de débuter les tests sur des animaux déjà âgées, par exemple sur des souris de 18 mois (âge du début de la "vieillesse" pour cet animal) et non pas sur des jeunes adultes de 6 mois.

Nous ne savons pas si la première personne qui atteindra l'âge de deux cents ans est déjà née et, par définition, nous ne le saurons pas avec certitude avant la fin de ce siècle. En effet, le citoyen du monde le plus âgé aujourd'hui a 116 ans, il ne pourrait atteindre 200 ans qu'en 2098. Par contre, nous avons une chance de connaître la première souris vivant deux fois plus longtemps qu'une souris ordinaire dans moins d'une décennie.


Bonne nouvelle du mois: financement collectif pour prolonger la vie en bonne santé de souris ukrainiennes


Des chercheurs ukrainiens, alliés à des partenaires notamment français, britanniques et belges ont lancé un "crowdfunding" pour effectuer des expérimentations sur des souris âgées (20 mois). L'objectif était de récolter un financement de 15.000 dollars. Il a été largement et rapidement dépassé et ce sont plus de 22.000 dollars qui permettent déjà des tests dans le domaine de longévité. Par-delà ce montant encore de petite taille, nombre d'autres projets sont en développement dans de nombreux lieux de recherche.
  

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