samedi 30 mai 2015

La mort de la mort. Lettre de mai 2015. Numéro 74.


Il n'y a pas de ligne d'arrivée dans le travail de la science. Nous sommes toujours en train de courir. Le travail urgent est de donner à espérer et à répondre à ces nombreuses prières, de chercher un jour où des mots comme "terminal "et "incurable" seront potentiellement à la retraite de notre vocabulaire. Déclaration du président Barack Obama le 9 mars 2009, à la Maison Blanche, lors de la signature du décret "Éliminer les obstacles à la responsabilité de la recherche scientifique impliquant des cellules souches humaines", signature qui actait la levée de l'interdiction de l'administration Bush pour de telles recherches.


Thème du mois: Principe de prudence, principe de précaution, principe de proaction en matière de santé

Cette lettre n'approche la problématique liée au principe de prudence, de précaution ou de proaction que dans le domaine de la santé et non pas pour ce qui concerne les questions relatives à l'environnement.

En cette année 2015, la durée moyenne d'une vie d'un citoyen du monde est d'environ 70 ans, celle d'un citoyen français, belge ou canadien d'environ 80 ans. Nous savons, même si cela n'est pas toujours avec certitude, que certains comportements, certaines activités, certaines consommations ont des effets sur la durée et sur la qualité de la vie.

Certains actes sont interdits, limités ou découragés par les spécialistes médicaux ou par les autorités publiques. C'est ce qui se rapproche le plus du principe de précaution au sens traditionnel du terme. Par exemple:

  • Ne pas absorber certaines substances: tabac, alcool, autres drogues, aliments et additifs cancérigènes ou toxiques, ...
  • Ne pas commettre certains actes dangereux; circulation automobile trop rapide, baignade dans des lieux non-sécurisés, sortie dans un lieu arboré en cas de tempête, ...
  • Ne pas utiliser certains objets: appareils électriques non sécurisés, objets produisant des rayonnements dangereux...
Mais il est d'autres comportements nombreux qui correspondent aussi au principe de précaution mais qui sont positifs. Ainsi:

  • Le port de la ceinture de sécurité et l'utilisation de nombreux équipements de protection des personnes: airbags dans les voitures, casques pour les motocyclistes, balises dans les voiliers de plaisance, alarmes-incendies,...
  • La vaccination contre certaines maladies, défense à la fois des individus mais aussi de la collectivité; cette défense a été globalement tellement efficace que beaucoup de citoyens s'inquiètent de rares effets secondaires sans plus percevoir les conséquences positives de l'éradication de maladies souvent mortelles
Il est même certaines mesures "positives" obligatoires dont l'objectif principal n'est pas la sauvegarde des personnes directement concernées mais bien la sauvegarde de la collectivité. Les "boîtes noires" (en fait rouges) des avions de ligne ne servent pas à la sécurité des passagers eux-mêmes, mais bien à déterminer la cause d'un éventuel accident ce qui peut ultérieurement aider à sauver la vie d'autres passagers  (outre les aspects de détermination des responsabilités).

Nous ne percevons généralement plus ces obligations comme intrusives. Cependant lorsqu'elles ont été édictées, elles n'allaient pas de soi. Chaque jour, elles sauvent des vies, tellement de vies, que les décès dus à d'autres causes que le vieillissement sont de plus en plus exceptionnels.

Pour vivre encore plus longtemps et en meilleure santé, nous appliquons aujourd'hui de plus en plus efficacement  le principe de prudence et de précaution, entendu dans le sens étroit de l'interdiction. Nous prohibons assez rapidement tout ce qui semble néfaste à la santé aux personnes faibles dont les personnes âgées. C'est encore insuffisant en ce qui concerne les pollutions atmosphériques dues aux particules fines. C'est par contre fort bien fait et fort efficace dans d'autres domaines, notamment pour l'alimentation.

Mais pour aller plus loin, pour faire gagner aux octogénaires, aux nonagénaires et aux centenaires d'ici et d'ailleurs beaucoup d'années de vie en bonne santé, le principe de précaution doit comprendre beaucoup plus d'actions positives, beaucoup plus de recherches dans le domaine des produits, des cellules-souches, des thérapies géniques pour pouvoir préserver de mieux en mieux du temps. Par exemple le fait que la directive REACH protège de nouveaux produits nocifs est extrêmement utile, mais pourquoi une directive n'obligerait-t-elle pas aussi à faire connaitre tout produit ayant un impact potentiellement positif pour la longévité?

Certains se diront qu'aller plus loin est artificiel. Ils ont raison, il est artificiel. Comme presque toute la médecine préventive et proactive de l'aspirine aux greffes en passant par les vaccinations, l'anesthésie et la naissance sans douleur. Ce n'est artificiel que depuis à peine deux siècles, pour la première fois de l'histoire de l'humanité, la majorité des enfants vivent jusqu'à l'âge adulte. Il est artificiel de remplir le corps d'un enfant, qui allait mourir naturellement, d'un sang étranger stocké dans un environnement artificiel, sang pris du corps d'une personne qui ne le connait même pas.  

Adieu mort des enfants, poux du pubis, ténias, peste, choléra et variole qui nous aviez fidèlement accompagné durant trois cent mille ans. Et un jour peut-être également adieu aux maladies d'Alzheimer et de Parkinson, aux maladies cardio-vasculaires et aux cancers que nous n'avions eu le temps de vraiment connaître que depuis quelques millénaires parce qu'avant presque personne ne mourrait des suites d'une vieillesse avancée.

Adieu, sauf pour ceux qui le souhaitent bien sûr. Le droit au bonheur et au bien-être ne doit pas devenir une obligation au bonheur et au bien-être.

La bonne nouvelle du mois : Livre "de cuisine" pour la longévité


Les mouvements en faveur de la longévité se multiplient, s'intensifient et se diversifient. Maria Konovalenko, une chercheuse enthousiaste et dynamique a lancé une campagne de financement participatif (crowdfunding) pour un "Longevity cookbook", un livre de cuisine pour la longévité qui abordera toutes les méthodes pour gagner en longévité depuis l'alimentation (bien sûr) jusqu'aux recherches scientifiques les plus en pointe.

La campagne a déjà le soutien de personnalités aussi diverses que le disc-jockey et producteur américain Steve Aoki et Brian Kennedy, président du Buck Institute for Research on Aging. Maintenant, c'est à vous de les imiter si vous le souhaitez!


Pour en savoir plus:

·    De manière générale, voir notamment:
heales.org, sens.org et longecity.org
·    Le principe de précaution notamment dans le domaine de la santé: en.wikipedia.org/wiki/Precautionary_principle
·    Le financement participatif du Longevity Cookbook: www.indiegogo.com/projects/longevity-cookbook#/story

vendredi 1 mai 2015

Plaidoyer progressiste et technoprogressiste du 1er mai 2015 Pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue pour tous


Depuis le 1er mai 2014, l'espérance de vie en bonne santé a augmenté de près d'un trimestre dans le monde. La durée moyenne de la vie des hommes et des femmes en France et en Belgique est de plus de 80 ans. Dans le monde, des millions de citoyens qui seraient morts au cours des douze derniers mois sans progrès de santé et croissance technologique coulent aujourd'hui des jours relativement paisibles.

Jusqu'à la première moitié du siècle passé au moins, le désir de progrès technique et le désir d'égalité sociale étaient liés. La gauche rêvait de lendemains qui chantent. Ces lendemains étaient faits de plus d'égalité, de plus de biens et d'un monde plus facile à vivre matériellement et technologiquement.

Aujourd'hui, malheureusement, les progressistes ne rêvent plus guère de progrès technique, sauf dans une certaine mesure pour les énergies renouvelables. C'est probablement dû au traumatisme de l'échec de l'Union soviétique qui se réclamait du communisme et du progrès technique. Par ailleurs, le développement des pollutions et le réchauffement climatique ont mené beaucoup de progressistes à vouloir "renverser la vapeur" là où il fallait plutôt la purifier et donc l'orienter autrement. Il y a enfin la peur que les progrès augmentent les inégalités.

Pourtant, contrairement à ce que beaucoup pensent, l'accélération du bien-être est plus grande dans les pays du Sud qu'au Nord. La mortalité infantile qui était une source majeure de décès poursuit sa diminution. La pauvreté multidimensionnelle décroît.

Dans ce cadre de progrès humains globaux sans équivalent dans l'histoire de l'humanité, le téléphone mobile est passé en moins d'une génération du statut de bien de luxe à celui d'outil utilisé par la majorité des citoyens du monde. Près de deux milliards de personnes dans le monde sont connectées de manière mobile. Bien avant la fin de cette décennie, la majorité des citoyens devrait avoir un accès mobile à internet. Une part énorme des connaissances collectives universelles sera accessible à une large majorité. Ceci pourra se faire presque sans coût et sans discrimination, surtout si les progressistes se mobilisent en faveur de progrès techniques pour tous.

Dans les développements à court et moyen terme, les (techno)progressistes pourraient exiger que chaque citoyen ait droit à un téléphone dit intelligent (avec des rayonnements faibles, mais avec des accès forts à des services collectifs). Ils pourraient proposer que Google et Wikipédia fonctionnent comme des services publics de plus en plus développés.

Ils devraient également réfléchir à l'impact de la robotisation et des imprimantes 3 D en termes d'accessibilité et de diffusion de biens. Des emplois fastidieux en moins, c'est, dans un monde technoprogressiste, une réduction généralisée du temps de travail possible et une incitation supplémentaire à octroyer un revenu inconditionnel à chaque citoyen.

Une gauche proactive devrait exiger des investissements publics importants pour permettre à tous de vivre mieux et plus longtemps. Aujourd'hui les différences entre espérances de vie au Sud et au Nord s'amenuisent. Mais si les résultats des recherches pour une meilleure santé et une vie plus longue ne sont pas publics, les progrès seront d'abord réservés aux plus aisés, seuls capables de s'offrir les soins et de vivre là où la pollution et les particules fines sont moindres.

En 2015, les investissements publics en faveur de la longévité sont limités alors que Google et d'autres sociétés placent des sommes importantes et engagent des chercheurs renommés dans ce domaine. Cela crée un risque de renforcement des inégalités.

Chaque centime de financement public utilisé avec succès pour des progrès médicaux contre les maladies liées au vieillissement peut bénéficier un jour à toute personne âgée. C'est l'investissement collectif le plus solidaire imaginable actuellement, un bénéfice potentiel pour des milliards d'êtres humains sans distinction de nationalité, d'origine, de capacité financière,...

Une gauche favorable aux progrès devrait donc exiger des avancées technologiques collectives beaucoup plus rapides dans les domaines de la recherche médicale.

Il est vrai que ces progressions gigantesques ne résolvent pas (encore?) tous les problèmes de bien-être. En effet, l'abondance est un instrument insuffisant pour permettre le bonheur de tous. De plus, au-delà d'un certain niveau de confort matériel, la perception du bien-être se fait surtout par comparaison avec le niveau matériel des autres, lequel progresse aussi. Il restera donc un jour à la gauche (et pas qu'à elle) à découvrir comment augmenter le bonheur dans une économie d'abondance où le lait et le miel couleront tellement à flot pour tous que cela ne suffira plus à nous satisfaire.

Pourquoi encore la gauche doit-elle être technoprogressiste? Pour développer l'égalité (radicale) du futur dans un monde où le travail tel que nous le connaissons sera de moins en moins nécessaire. Mais aussi parce que les progressions technologiques comprennent des risques immenses dans les développements contemporains (pollutions, effets de serre, risques pour la vie privée,...) et dans les développements à moyen terme. Ces risques à moyen terme, beaucoup moins souvent abordés, sont des risques existentiels liés à la maîtrise de plus en plus absolue de la structure du vivant, de la matière et surtout liés à une intelligence artificielle incontrôlée. Et le principe de précaution dans une société évoluant, ce n'est pas toujours arrêter les modifications technologiques, cela peut-être au contraire les accélérer pour sauver des vies et diminuer des risques.

Pour que le progrès technique ait le plus de chance d'être aussi un progrès tout court, pour que les lendemains extraordinaires soient aussi des lendemains qui chantent, un des éléments favorables est une gauche proactive, capable de faire primer paix, égalité, justice et souci du bien commun sur les intérêts financiers et matériels à court terme. Peu de politiques de gauche semblent l’avoir compris.

Il faut penser globalement pour agir localement. Il faut aussi penser à long terme pour agir à court terme. La question n'est plus de savoir si les progressions technologiques vont permettre une vie beaucoup plus longue en bonne santé, mais de réfléchir collectivement aux conséquences, de permettre à tous ceux qui le souhaitent de vivre plus longtemps et de maîtriser les risques. La science-fiction d'aujourd'hui, rêve ou cauchemar, voire plus probablement rêve et cauchemar, ne sera pas seulement la réalité de nos enfants, c'est aussi la nôtre.






Réactions: didier.coeurnelle@gmail.com



jeudi 30 avril 2015

La mort de la mort. Lettre d'avril 2015. Numéro 73.

Robin Li (dirigeant de Baidu, Chine): Comment souhaitez-vous que l'on se souvienne de vous dans cent ans: Comme le fondateur de Microsoft ou comme un philanthrope? Bill Gates: Et bien, dans cent ans, j'espère être encore vivant ! Forum de Bo'ao, 29 mars 2015 (traduction).

Bill Maris (dirigeant de Google Ventures): Si vous me demandez aujourd'hui si c'est possible d'atteindre l'âge de 500 ans, la réponse est oui. Journal Bloomberg, 9 mars 2015 (traduction).

Thème du mois: Homéostasies, équilibres et cycles de vie


Nous ne savons pas avec certitude comment s'est créé la première entité, la première vie. Nous ignorons si cet évènement fut unique ou s'il y eut plusieurs êtres originels. A ce jour, nous ne sommes pas parvenus à reproduire cette création et, pour autant que nous sachions, aucune vie n'apparait plus par "génération spontanée". En vérité, nous ne savons même pas si la vie est apparue ici ou si elle fut importée d'ailleurs (théorie de la panspermie). Une conception religieuse est aussi possible, mais c'est un débat qui ne sera pas abordé ici.

Ce qui est raisonnablement certain, c'est qu'au commencement de la vie, il y eut, notamment la membrane. Une première frontière, d'une fragilité infinie, qui se créa entre l'interne et l'externe. Sans elle, avant elle, il n'y avait pas véritablement d'entité. Même le code génétique pourrait lui être postérieur.

Entre 3.500 et 3.800 millions d'années plus tard, les frontières se sont épaissies. Les quelques microns de matière, les assemblages fragiles de molécules qui permettaient une aube de séparation ont été complétés. Aujourd'hui, les milliers de milliards de cellules qui nous composent ont généralement conservé leur membrane. Et les êtres multicellulaires que nous sommes ont créé leurs propres frontières nous séparant de l'espace extérieur, frontières bien plus épaisses et bien plus complexes. La peau d'une personne adulte représente près de deux mètres carrés.

La séparation entre l'intérieur et l'extérieur est indispensable à la vie telle que nous la connaissons. Chaque seconde de l'existence d'une entité, un équilibre doit être conservé, c'est l'homéostasie. Plus l'être vivant est complexe, plus l'homéostasie comportera d'éléments: acidité, type d'ions, ensemble des composants chimiques, des fluides, température, échanges énergétiques,...

L'être vivant cellulaire, même le plus simple, procède pour cela constamment à des échanges avec le milieu extérieur, échanges qui ont pour effet de maintenir l'harmonie interne. C'est une différence fondamentale entre le vivant et l'inanimé. Le vivant s'entretient, se répare. L'inanimé, s'abime. Pour ce qui concerne tout objet complexe non vivant, qu'il soit naturel ou construit, du fait de l'écoulement du temps, l'usure finira toujours, progressivement, par le détruire. Tout appareillage, même très simple, finira par se gripper car rien ne permet l'auto-entretien. Par contre, l'usure puis la mort d'un organisme n'est pas nécessairement due à un mécanisme interne. Ce qui permet l'homéostasie permet théoriquement un équilibre sans fin.

A tous les niveaux de la vie, l'homéostasie, c'est la confrontation entre des mécanismes de dégradation, de dégénération et des processus de reconstitution, de régénération. 

La stabilité ne sera fondamentalement rompue que dans deux cas: la reproduction et la mort. La reproduction est indispensable au développement et à la propagation de la vie telle que nous la connaissons. Par contre, la mort, particulièrement la mort de vieillissement, n'est pas à proprement parler indispensable. La mort peut n'exister que comme conséquence indirecte de la reproduction, parce qu'une population d'êtres vivants si elle grandit finit toujours par épuiser les ressources. Mais cette mort ne vient pas nécessairement du simple écoulement du temps.

Nous savons peu de choses de la majorité de l'histoire de la vie car les êtres qui peuplaient le monde étaient de toute petite taille et de structure fragile. Il semble cependant que durant la majorité de cette histoire, durant les premiers milliards d'années, les êtres simples qui occupaient la planète ne mouraient pas de vieillesse. Placé dans des circonstances favorables, l'homéostasie était sans limite de temps. La cellule vivait "tranquillement" jusqu'à sa division.

Nous pourrions imaginer des êtres vivants complexes pour lesquels l'homéostasie serait également sans limite de temps. La sélection naturelle ne permet pas cet équilibre pour des raisons qui ont été expliquées dans la 
lettre d'information de juillet 2011. Ces mécanismes sont très probablement universels chez les vertébrés. Mais il n'est pas correct de dire que la vie est nécessairement un cycle de vie et de mort marqué par un espace donné de temps. Ce que la nature a permis pendant des milliards d'années à l'échelon cellulaire et ce que la nature permet pour certains végétaux (en tout cas pour des milliers d'années) pourrait être un jour permis à l'échelon d'un être humain en dynamisant des processus d'équilibre. En d'autres mots, le fait que l'être humain est biologique et non inanimé favorise sa longévité.


La nouvelle du mois : thérapie génique expérimentée sur des embryons humains

Lors d'une expérience réalisée en Chine, des embryons humains ont été modifiés génétiquement. Les embryons ont ensuite été détruits. Les modifications génétiques réalisées sont cependant relativement imprécises. Malgré les progrès technologiques et médicaux, il n'est pas encore possible de réaliser une modification en un lieu précis du génome qui soit un succès à chaque tentative. 

Cette progression est une bonne nouvelle car elle est un pas dans la connaissance pour des modifications génétiques à portée thérapeutique sur des êtres humains. Mais des questions éthiques multiples se posent. De plus, ce qui est le plus souhaitable en ce début du XXIe siècle, ce n'est pas tant de transformer les femmes et les hommes du futur, nos descendants, que de permettre autant que possible et dans un avenir le plus raisonnable possible, d'allonger la durée de vie en bonne santé des citoyens déjà nés qui le souhaitent.

Pour en savoir plus:

·    De manière générale, voir notamment:
heales.org, sens.org et longecity.org
·    Interview de Bill Gates www.youtube.com/watch?v=NG0ZjUfOBUs (13 m 40)
·    Homéostasie humaine: en.wikipedia.org/wiki/Human_homeostasis
·    Thérapie génique sur des embryons humains: www.nature.com/news/chinese-scientists-genetically-modify-human-embryos-1.17378
·    Source de l'image: 

mercredi 1 avril 2015

La mort de la mort. Lettre de mars 2015. Numéro 72.

Aujourd'hui, la vie commence à 70 ans. Trente années ont été ajoutées à notre espérance de vie en une génération. (...) Les investissements dans la recherche, la science et l'innovation que nous faisons maintenant, définiront le type de soins et les possibilités que nous nous-mêmes et les générations futures peuvent se permettre.

C'est pourquoi l'Union européenne a investi plus de 526 millions d'euros dans les recherches de santé relatives au vieillissement.
Carlos Moedas, Commissaire européen en charge de la Recherche, de la Science et de l'Innovation. 9 Mars 2015.

Thème du mois: Longévité, fragilité et mythe de Tithon

Lorsqu'ils abordent la lutte contre les maladies liées au vieillissement, les scientifiques décriront des recherches permettant une longévité accrue, une vie plus longue en bonne santé ou des processus de  réjuvénation.

Intuitivement, un citoyen non impliqué dans le domaine médical parlera plutôt de vieillir plus longtemps ou affirmera qu'il ne tient pas spécialement à vouloir dépérir ou se dégrader plus longtemps.

Ces descriptions expriment bien la profonde croyance de nombreuses personnes que vivre plus longtemps comprend nécessairement un processus peu agréable, souvent envisagé comme à peine meilleur voire pire que le vieillissement dit "naturel".

La mention de la dissociation entre longévité et santé est illustrée dès la mythologie grecque. Eos, déesse de l'Aurore, demande à Zeus de donner à Tithon, prince troyen d'une grande beauté l'immortalité. Mais Zeus omet de lui donner l'éternelle jeunesse. Tithon se dégrade donc alors inexorablement.

D'où vient cette conception très souvent entendue et pourtant incorrecte?

Le premier déterminant actuel de la fragilité pour les femmes et les hommes est l'écoulement du temps donc l'âge. Rien ne permet encore de renverser le processus de dégénération, nous ne pouvons que le ralentir. Il peut être logique de s'imaginer qu'une vie plus longue correspondra à une dégradation plus avancée.

Etant donné que les processus de dégénération sont aujourd'hui inévitables, nous avons tendance à considérer qu'une personne qui apparemment vieillit peu, se dégrade quand même, mais de manière moins visible. De plus, souvent un aspect de croyance morale est présent. Il est "équitable" que ceux qui vivent plus longtemps souffrent aussi et il est "mal" de vouloir échapper à la mort. Ce serait faire de la démesure, de "l'hybris". Ceci est donc "puni par la nature", par une poursuite de la décrépitude.

Notre vocabulaire n'envisage pas une avancée en âge d'êtres vivants sans dégradation. Vieillir, dans le langage commun, c'est s'endommager. Lorsque nous disons que quelqu'un ou quelque chose prend de l'âge, à de très rares exceptions près, nous pensons à des mécanismes de détérioration. Seul le mot "immortalité" a partiellement le sens envisagé de longévité sans dégradation. Cependant, le terme vise aussi le concept d'indestructibilité et il a de nombreuses implications religieuses et philosophiques. Il s'éloigne donc des aspects médicaux.

L'herbe est toujours plus verte dans le champ du voisin. Elle tend aussi à toujours être plus verte dans nos souvenirs que dans notre réalité quotidienne. Ainsi, nous garderons de notre grand-mère aujourd'hui décédée un souvenir idéalisé. De plus, souvent nos parents et nos grands-parents tenaient à donner autant que possible d'eux-mêmes une image "fraiche et joyeuse".

Enfin, beaucoup estiment que des traitements médicaux nouveaux amènent à ce que des personnes âgées soient gardées en vie grâce à des méthodes trop techniques et artificielles qui sont responsables d'une moindre qualité de vie.

Mais vivre plus longtemps en bonne santé, c'est réellement gagner des années de vie de qualité.

Les études sur la durée de vie sont plus précises que celles sur la durée de vie en bonne santé. La presse relève souvent des évolutions à la baisse des indicateurs de vie en bonne santé, mais ne se fait que rarement l'écho des périodes de progression. Cependant, il apparait tout de même des statistiques que, globalement, la majorité des années de vie supplémentaires gagnées sont des années en bonne santé.

Pour certaines affections, l'état de santé va même s'améliorant par rapport à autrefois, sans que cela ait une grande influence sur la durée de vie. Dans ces cas, c'est donc plus de la qualité de vie qui est obtenue que de la quantité. Ainsi, il y a beaucoup moins de personnes se servant d'une canne ou atteintes de rhumatismes et de sciatique qu'auparavant, ce qui permet des années de mobilité accrue.

Les progrès technologiques, mais aussi sociaux, sanitaires et de gestion de la santé permettent des avancées considérables en matière de sécurité et de sentiment de sécurité. Les législations relatives à l'accompagnement des personnes âgées et les connaissances à ce sujet s'étendent. Le développement, complémentaire aux rapports humains, des applications mobiles et de la robotique est en train de permettre très rapidement un accompagnement automatisé de plus en plus performant et rassurant. Ces mécanismes de surveillance plus perfectionnés peuvent aussi être moins invasifs. Les personnes concernées (ou leurs familles) peuvent déterminer plus de paramètres (par exemple les périodes avec ou sans surveillance) et se sentir plus libres.

Pour aller plus loin

Il est cependant un domaine où, malgré des recherches non négligeables, la vie devient plus longue avec des gains de bien-être réduits, c'est celui des maladies neuro-dégénératives, particulièrement la maladie d'Alzheimer. Il faut faire remarquer que la majorité des victimes de ces maladies seront, presque jusqu'à leur mort, trop pauvres pour pouvoir recevoir une aide médicale, matérielle ou psychologique autre que familiale. Pour gagner des années de vie en meilleure santé partout dans le monde, des recherches fondamentales et appliquées plus intenses et plus nombreuses sont nécessaires. Il y va de la qualité de vie de millions de femmes et d'hommes âgés victimes de ces terribles affections.

Plus largement, la vieillesse, c'est, au sein de notre corps, un déséquilibre progressivement croissant entre mécanismes de réjuvénation et processus de dégénération. Les produits nouveaux, les thérapies géniques, les recherches en matière de mécanismes de réjuvénation, les nanotechnologies et d'autres champs médicaux que nous ne faisons encore qu'effleurer en 2015 nous permettent d'envisager de réduire ce déséquilibre, voire un jour de le renverser. Dans tous ces domaines, il s'agit beaucoup plus d'ajouter des années de vie en bonne santé que de prolonger une existence dégradée.


La nouvelle du mois : Google Ventures investit des centaines de millions de dollars en recherches pour la longévité


Bill Maris, dirigeant de Google Ventures a annoncé que sa société investirait 425 millions de dollars en 2015 pour financer des recherches de sociétés voulant ralentir ou renverser le vieillissement et donc augmenter l'espérance de vie.

Cette initiative s'ajoute aux autres projets de Google liés aux recherches en matière de longévité à savoir:
  • Google Calico, entreprise de recherche concernant le vieillissement qui a notamment engagé la célèbre chercheuse Cynthia Kenyon;
  • Google Genomics, plate-forme informatique de stockage, partage et traitement de séquençage ADN;
  • Baseline study, projet de séquençage de l'ADN de centaines de personnes pour déterminer ce qu'est le génome d'un être humain en bonne santé. 


Pour en savoir plus:

·    De manière générale, voir notamment:
heales.org, sens.org et longecity.org
·    Déclaration du commissaire européen Carlos Moedas (en anglais): ec.europa.eu/commission/2014-2019/moedas/announcements/life-begins-70_en
·    Lettre antérieure de mars 2014 sur un sujet proche; utopianchronicles.blogspot.be/2014_04_01_archive.html
·    Enquête du Lancet "Global Burden of disease": www.thelancet.com/themed/global-burden-of-disease
·    Autres projets de Google (en anglais): www.calicolabs.com, cloud.google.com/genomics/ et en.wikipedia.org/wiki/Baseline_Study
·    Source de l'image: 

vendredi 6 mars 2015

La mort de la mort. Lettre de février 2015. Numéro 71.



Maintenant, c'est certain. Un jour, ils découvriront comment garder les hommes vivant pour toujours, mais je serai déjà morte. Citation d'une duchesse de quatre-vingt ans assistant à la première ascension d'une montgolfière en 1783.


Thème du mois: La durée d'une vie et d'autres échelles de temps


Dans le torrent des siècles, notre vie n'est qu'un mince filet. Si les montagnes avaient une conscience, elles verraient la vie d'un être humain, comme nous voyons la vie des roses. Une existence qui ne dure que l'espace d'un matin. 

Par contre, si les souris étaient douées d'une intelligence proche de la nôtre, elles percevraient probablement la durée de leur existence au regard de celle des humains comme une injustice fondamentale.

Dans cette lettre, une vie humaine contemporaine sera comparée à d'autres échelles de temps. Pour ces comparaisons, une durée de quatre-vingt ans est choisie comme durée de vie humaine. C'est bien plus que la durée moyenne d'une existence de femme ou d'homme durant toute l'histoire de l'humanité mais quatre fois vingt années est l'espace de temps moyen actuel de vie des habitants de l'Union européenne.

La vie humaine comparée à des périodes de temps non liées à des êtres vivants

L'histoire de l'Univers débute il y a près de 14 milliards d'années, cela fait l'équivalent de 175 millions de vies humaines, un chiffre d'une ampleur inconcevable.

Il y a des millions d'années que des hominidés parcourent la planète, mais les femmes et les hommes semblables génétiquement à nous n'existent que depuis approximativement 200.000 ans. Cela représente approximativement 2.500 vies successives. Le dernier homme de Néandertal a probablement disparu, il y a une trentaine de milliers d'années, soit moins de 400 existences successives.

L'histoire des civilisations, depuis la maîtrise de l'écriture et les premières cités jusqu'au début du 21ème siècle, c'est "seulement" l'équivalent d'une centaine de vies.

Maintenant, livrons-nous à un exercice pouvant être qualifié de "mise en abyme". Si l'existence de notre planète durait une vie d'être humain, le premier dinosaure serait apparu après 76 ans, le premier hominidé aurait marché au début du dernier mois de la vie, la première lettre d'amour de l'histoire de l'humanité aurait été écrite au début de la dernière minute d'existence et la vie réelle d'une personne humaine représenterait une demi-seconde.

La vie humaine comparée à d'autres vies

Quatre-vingts ans, c'est cinquante fois moins d'années que le temps écoulé depuis qu'ont germé les graines qui ont donné naissance aux arbres encore vivants les plus âgés au monde.

Quatre-vingts ans, c'est deux ou trois fois moins de temps que la plus longue existence possible d'un mammifère, à savoir la baleine, mais c'est cinquante à cent fois plus que ce que vivront les plus malchanceux -de ce point de vue- des mammifères (des musaraignes).

Un peu moins d'un siècle, c'est dix mille fois la durée de vie des animaux multicellulaires ayant la vie la plus courte (certains vers appelés gastrotriches meurent "de vieillesse" après trois jours)

La vie humaine comparée à la longueur de l'ennui et à la rapidité de l'informatique

Une existence humaine, cela peut paraître long. Trente mille jours, sept cent mille heures, deux et demi milliards de secondes, cela peut être très long. Certains souhaitent l'immortalité mais ils ne savent déjà pas quoi faire un dimanche après-midi pluvieux, écrivait l'auteure britannique Suzan Ertz, auteure qui vécut quand même plus de 90 ans, sans guère s'ennuyer.

La vie n'est pas si courte car certaines dimensions deviennent immémoriales, comme si elles avaient toujours été là, bien avant que notre existence s'achève. Il y a quarante ans, le caractère € n'avait aucune signification et la monnaie d'un pays comme la France était un symbole sacré de l'indépendance nationale. Aujourd'hui, moins de vingt ans après l'instauration de l'euro, les citoyens qui utilisent cette monnaie le font généralement sans plus se poser de question de conversion (sauf pour les montants importants).

L'échelle de temps change aussi à la faveur de la transition vers l'informatique. Si nous étions appelés à utiliser un téléphone mobile ne permettant que de passer des appels, cela serait absurdement dépassé pour beaucoup d'entre nous. Si nous étions confronté demain à un système informatique datant d'il y a dix ans, nous oscillerions entre la nostalgie de passés oubliés et le désarroi.

L'échelle de temps change aussi et surtout de par la rapidité de la circulation de l'information que l'informatique rend possible c'est-à-dire in fine de par le passage de la vitesse humaine à la vitesse de la lumière. Quatre-vingts ans, c'est de l'ordre de cinq milliards de fois le temps nécessaire pour télécharger l'histoire d'une vie sous forme de livre accessible en ligne. Quatre-vingts années, c'est également de l'ordre de cinq milliards de fois le temps nécessaire pour que la lumière parcoure la distance que parcourut un chasseur du paléolithique ou même Léonard de Vinci tout au long de son existence.

Pour conclure

Le temps disponible est une condition nécessaire mais pas suffisante pour notre bonheur. Pour la grande majorité des citoyens, ajouter du temps de vie en bonne santé au temps vie déjà disponible est et sera presque certainement une bonne chose que ce soit pour passer de 2 à 2,5 milliards de secondes par vie comme nous l'avons fait par le passé ou pour nous diriger vers 3 milliards de secondes et au-delà comme nous pourrions le faire au cours de ce 21ème siècle.

Le temps se déroule à des rythmes assez différents selon nos perceptions. Nous connaissons ces films où un individu, juste avant sa mort ou avant un très grave accident, voit défiler sa vie à l'accéléré. Il semble que ce phénomène qui a été réellement ressenti par certains ait cependant été exagéré. Le temps réel se déroule également plus vite que le temps subjectif chez les personnes plus âgées, autrement dit pour les personnes plus âgées, "le temps passe plus vite".

Nous n'avons aujourd'hui pratiquement pas de contrôle dans ce domaine. Il est cependant imaginable qu'un jour, il soit possible, grâce à des progressions technologiques concernant le fonctionnement du cerveau, d'agir sur la perception du temps subjectif. Ceci ouvrirait des perspectives de longévité ressentie qui pourraient être presque sans limites.

Il est vrai que cette évolution vers une vie subjective beaucoup plus longue, que ce soit en termes subjectifs ou en termes objectifs, "ce n'est pas pour demain la veille"! En attendant ce jour incertain, les progrès de la médecine plus classique se poursuivent.



La bonne nouvelle du mois : progrès rapides pour les modifications génétiques à visée thérapeutique



Une des difficultés les plus importantes pour ce qui concerne les thérapies géniques, c'est de réaliser la modification génétique précise souhaitée. L'utilisation d'enzymes très spécifiques dans le cadre d'un procédé appelé CRISPR (acronyme anglais pour Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats), permet de modifier des gènes de manière beaucoup plus aisée qu'auparavant.

En environ deux ans, les chercheurs ont réalisé de nombreuses expériences utilisant ces enzymes. Le développement de thérapies géniques efficaces apparait facilité dans de plus nombreux cas qu'auparavant.


Pour en savoir plus:

·    De manière générale, voir notamment:
heales.org, sens.org et longecity.org
·    Citation: Louis Laplan, éditeur et journaliste. Excellence: Inspiration for achieving your personal best. Livre numérique.
·    Source de l'image: en.wikipedia.org/wiki/Death#mediaviewer/File:StillLifeWithASkull.jpg (Vanité, par Philippe de Champaigne)