vendredi 12 avril 2013

25.000 logements publics bruxellois en 3.600 jours (lettre bimestrielle, numéros 20, 21 et 22). Novembre - décembre 2012. // Janvier - février 2013 // Mars - avril 2013


Les accords  gouvernementaux régionaux bruxellois du 12 juillet 2009 prévoient une augmentation radicale du nombre de logements publics par "une norme à atteindre dans les 10 années à venir de 15% de logements de qualité à gestion publique et à finalité sociale".

Cette lettre en principe bimestrielle a pour objectif d'être un aiguillon pour favoriser une réalisation optimale de ces objectifs car, actuellement, environ 40.000 ménages sont sur les listes d'attente des sociétés de logement social bruxellois. Le rythme de publication de cette lettre s'est ralenti et malheureusement il en va de même du rythme de création de nouveaux logements. 

Logements publics à finalité sociale
Estimation de l’état des créations de logements connu au 10 avril 2013
 9.200
Nombre total de logements publics qui, logiquement, auraient dû être créés durant le temps écoulé (estimation sur la base de la mise à disposition de 200 logements par mois)
2.750
Nombre total des nouveaux logements publics à finalité sociale réellement créés (estimation). A décomposer comme suit:
1.082
Logements construits depuis le début de la législature dans le cadre du plan dit des 5000 logements
0
Logements créés à partir de bureaux transformés
0
Logements créés à partir de logements et autres immeubles abandonnés
800
Logements créés par d'autres moyens (acquisitions, locations, contrats de quartier…) (chiffre approximatif)
1.100
Logements privés mis à la disposition par les A.I.S. (chiffre approximatif)
- 250
Logements publics supprimés (destruction, transformation-rénovation de petits logements en logements plus grands, mais moins nombreux,…) (chiffre approximatif)
45
Nombre de mois écoulés depuis les accords politiques (46 mois depuis le début de la législature)
74
Nombre de mois restants pour achever la mise à disposition des logements

Durant les 6 derniers mois, seuls 75 logements ont été inaugurés dans le cadre du plan logement. Malgré la bonne volonté et l'énergie de beaucoup, les résultats sont extrêmement maigres.

En ce qui concerne les logements en chantier, leur nombre est également de plus en plus faible. D'après le site de la SLRB, dans le cadre du plan logement, il y a seulement sept chantiers en cours. De plus, ces sept chantiers sont de petits chantiers. Ils représentent ensemble à peine 350 logements. Durant les mois de novembre 2012 à mars 2013, il semble de plus qu'aucun chantier de construction nouvelle n'ait été entamé.

Par ailleurs, un objectif important est la rénovation de constructions abandonnées et la transformation de bureaux inutilisés en logement.

Pour ce qui concerne la conversion de bureaux en logements, un processus de primes suite à un appel à projets pour la conversion de bureaux obsolètes ou inoccupés en logements est en cours. C'est un enjeu non négligeable dans une cité qui compte au moins 1,4 millions de mètres carrés de bureaux inoccupés. Actuellement, le nombre de bureaux convertis en logements à vocation sociale est toujours égal à zéro de même que le nombre de conversions en chantier.

Le calcul du nombre réel de logements à créer varie énormément selon les estimations (voir lettre de novembre 2010). La présente lettre se base sur un nombre de 25.000 logements. Dans ce nombre, il a été tenu compte des logements mis à disposition par les agences immobilières sociales (A.I.S.) même s'il ne s'agit pas au sens strict de logements à gestion publique. Par contre, il n'a pas été tenu compte des prêts octroyés par le Fonds du logement car ils concernent des immeubles à gestion totalement privée.

Dans le tableau, seuls les logements effectivement mis à disposition sont comptabilisés. Ils sont pris en compte dès qu'ils sont réalisés même s'ils ne sont pas occupés. Les chantiers, projets en cours de marché public,... ne sont pas repris. 

Si les logements avaient été créés comme prévus, cela aurait eu un coût. A défaut, actuellement, on peut considérer que les autorités régionales ou locales bruxelloises ont économisé plus de 700 millions d'euros (sur la base d'un coût de 110.000 € par logement)... aux dépens des personnes qui auraient occupé les logements. 

Informations complémentaires

Si vous communiquez des informations pertinentes, elles seront diffusées dans la prochaine lettre.
Didier Coeurnelle, citoyen bruxellois.
http://www.didiercoeurnelle.org

Source de l'image. Logements de la Zebrastraat à Gand.

vendredi 5 avril 2013

La mort de la mort. Numéro 48. Mars 2013.


Les dépenses en recherche et développement contre la calvitie sont plus de 100 fois importantes que celles utilisées pour guérir du vieillissement. Nous pourrions un jour nous retrouver avec une durée de vie augmentée comme effet collatéral non souhaité d'une pilule destinée à faire pousser abondamment nos cheveux (traduction). Aubrey de Grey, biogérontologiste (à propos des dépenses spécifiquement destinées à lutter contre le vieillissement, pas à propos de toutes les recherches médicales liées au vieillissement).

Thème du mois: Le mystère des supercentenaires.

Un centenaire est une personne âgée de 100 ans au moins. Le nombre des citoyens qui a atteint cet âge est en croissance rapide. Les statistiques précises manquent dans de nombreux pays mais ils sont en tout cas plusieurs centaines de milliers de par le monde. Ils sont par exemple environ 20.000 en France, environ 1.000 en Belgique et près de 50.000 au Japon.

Un supercentenaire est une personne âgée de 110 ans au moins. Le nombre des citoyens qui a atteint cet âge est très réduit. Actuellement, sur l'ensemble de la planète, il n'y a que quelques centaines de personnes qui prétendent avoir cet âge et moins de 100 pour lesquelles cet âge est établi avec certitude. Il est important de savoir que toutes les affirmations quant à des âges beaucoup plus élevés (130, 140, 150 ans et plus) sont – presque – certainement fausses.

Autrement dit, alors que devenir centenaire est maintenant un événement devenu relativement banal, que les maisons de retraite et les municipalités n'organisent plus guère de fêtes lorsque leurs résidents atteignent cet âge, par contre, atteindre l'âge de 110 ans reste exceptionnel. 

La probabilité d'atteindre cet âge est négligeable, même pour les individus qui ont au départ le plus d'atouts. Même dans les pays les plus riches, pour les femmes ayant une bonne hygiène de vie, bénéficiant depuis des décennies d'un environnement médical adapté, d'une famille attentive et d'un bon équilibre psychologique, la chance d'atteindre cet âge reste dérisoire.

Et pour ces quelques miraculés, l'avenir n'est pas rose. L'espérance de vie à 110 ans est d'à peine une année.

Pour illustrer encore cette chute spectaculaire de la santé après 110 ans, il faut savoir qu'il n'y a plus, en mars 2013, que 13 personnes vivantes dans le monde dont il est certain qu'elles étaient déjà nées avant l'an 1900. La personne la plus âgée au monde actuellement n'a "que" 115 ans. Il s'agit de monsieur Jiroemon Kimura, il est japonais comme de nombreux supercentenaires. Jamais une personne de sexe masculin n'a vécu aussi longtemps mais plusieurs femmes ont vécu bien plus longtemps dont Jeanne Calment, décédée en 1997 à l'âge de 122 ans.

Il serait presque tentant de citer la Genèse (6-3) comme précurseur scientifique: Dieu dit "Que mon esprit ne soit pas indéfiniment responsable de l'homme, puisqu'il est chair; sa vie ne sera que de 120 ans"! Mais en fait, au temps de la rédaction de la Bible, il semble certain que personne n'avait encore atteint cet âge.

Pourquoi utiliser le terme "mystère" dans cette lettre à propos des supercentenaires alors que la mort de maladies liées au vieillissement est une évolution naturelle des êtres humains qui échappent aux autres causes de décès? 
  • Parce que pour les personnes âgées de 60 ans et plus, l'espérance de vie continue à croître nettement. Ainsi, l'espérance de vie à 60 ans en France en l'an 2000 était de 20,4 ans supplémentaires pour les hommes et de 25,6 ans pour les femmes. En 2012, elle est passée à 22,6 ans (+2,2 années) pour les hommes et à 27,2 ans (+ 1,6 année) pour les femmes.
  • Parce que l'encadrement dans les maisons de retraite et la connaissance des problèmes spécifiques concernant les personnes les plus âgées s'améliorent (personnel mieux formé et plus nombreux). 
  • Parce que les traitements médicaux concernant notamment les centenaires et les supercentenaires deviennent plus performants.
Plusieurs éléments d'explication techniques déjà abordés dans une lettre précédente (la mort de la mort, décembre 2011) peuvent être apportés pour tenter d'expliquer la stagnation du nombre des supercentenaires:
  • L'accident statistique. Etant donné le très petit nombre de supercentenaires, les fluctuations de ce nombre pourraient ne pas être significatives. 
  • Un meilleur contrôle des informations relatives à la date de la naissance aurait pour conséquence que de moins en moins de personnes exagérant leur âge sont reprises dans les statistiques.
Ces explications sont toutefois peu satisfaisantes. Les supercentenaires sont maintenant suivis depuis suffisamment longtemps pour avoir une base statistique assez fiable. Au fur et à mesure que les états civils s'améliorent, il devrait y avoir plus et non pas moins de cas validés. Enfin, il y a 110 ans, le nombre de naissances augmentait déjà assez rapidement. Même à mortalité constante par application d'une simple règle de trois, le nombre de "survivants" atteignant 110 ans en 2012 (et donc nés en 1902) devrait être supérieur aux nombre de "survivants" ayant atteint l'âge de 110 ans en l'an 2000 et donc nés en 1890).

Les hypothèses d'erreurs de mesure étant écartées, il faut passer aux aspects de santé proprement dits.

L'arrêt total des cas de survie après 120 ans semble faire suite à un ensemble de phénomènes de dégradations et d'accumulations. La frontière de la durée de la vie humaine à ces âges pourrait notamment être imposée par l'amylose, maladie liée aux agrégats de molécules dans les tissus, et encore peu étudiée. Il semble que cette maladie atteint (presque?) tous les supercentenaires.

Mais il reste à expliquer pourquoi cette maladie aurait un impact plus important aujourd'hui qu'hier.

La modification des habitudes alimentaires pourrait être envisagée comme explication. Cependant l'alimentation trop riche ne se produit pas partout en même temps. De  plus, l'obésité est un phénomène relativement récent. Les supercentenaires d'aujourd'hui étaient déjà des pensionnés à la fin des années 60 aux habitudes alimentaires déjà déterminées.

L'explication la plus raisonnable concerne – malheureusement – des développements liés aux progrès technologiques, à savoir une aggravation de certaines formes de pollution ayant des effets nocifs uniquement sur le très long terme. Beaucoup de substances à la toxicité reconnue sont de moins en moins présentes dans l'environnement ces dernières années (mercure, particules radioactives, amiante,...) mais il y a peut-être un "tueur silencieux" que nous n'avons pas encore détecté. Il pourrait s'agir de matières à la toxicité peu connue qui se combineraient progressivement dans le corps pour former des "cocktails" toxiques. Etant donné que l'évolution est globale, les particules fines dont la concentration et la nocivité sont croissantes ces dernières décennies paraissent la cause la plus envisageable. 

Que ce soit une substance toxique ou non, la ou les raisons de la stagnation pour les supercentenaires sont inconnues à ce jour et ne font même pas l'objet de véritables recherches. Pourtant, au fur et à mesure que nous gagnons des mois et des années d'espérance de vie, chez les septuagénaires, les octogénaires puis les nonagénaires, comprendre ce qui se passe chez les plus âgés devient plus important pour progresser encore. 

Malgré les efforts des écologistes et d'autres responsables, certains produits potentiellement toxiques dont les particules fines continuent à se répandre et sont déjà dans les organismes de tous les citoyens du monde. Combiner une bonne hygiène de vie et des conditions socio-économiques correctes ne suffirait pas pour vivre au-delà de 110 ans, que la cause de l'arrêt de la vie humaine à cet âge soit naturelle ou industrielle. Nous pouvons même envisager que, si des progrès médicaux n'interviennent pas, la dégradation de l'environnement pèse de plus en plus sur les citoyens les plus âgés. Seuls des progrès de la médecine pourraient permettre d'aller au-delà particulièrement pour les adultes d'aujourd'hui qui ont déjà les polluants dans leur corps. C'est un des enjeux majeurs de ces prochaines années et décennies en termes économiques mais surtout en termes de bien-être et de santé publique. 

La bonne nouvelle du mois: Colloque d'Ecolo (verts belges) à propos d'une vie plus longue en bonne santé


Le 29 mars à Bruxelles, Ecolo (verts francophones belges) et Etopia (centre d'animation et de recherche d'Ecolo) ont organisé un colloque intitulé "Vivre beaucoup plus longtemps en bonne santé. Pourquoi, pour quand, pour qui ? Quels risques et quels avantages ?". Ce colloque a notamment donné la parole à Muriel Gerkens, parlementaire fédérale belge spécialisée dans le domaine de la santé et à Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et auteur du livre "La mort de la mort. Comment la technomédecine va bouleverser l’humanité." C'est une des premières fois qu'un parti politique francophone s'intéresse à ce type de question.
  

Pour en savoir plus :

samedi 16 mars 2013

La mort de la mort. Numéro 47. Février 2013.


Citation du mois: Do not die (Ne pas mourir). C'est la réponse de Bill Gates lors d'une interview le 13 février 2013, en réponse à la question : Anything left on your bucket list? (Vous reste-t-il des souhaits non réalisés?)

Thème du mois: Longévité et déclin de la violence.

L’être humain n'est pas -et de loin- la seule espèce qui pratique la violence allant jusque la suppression d'individus de son espèce. C'est une pratique courante pour de nombreux mammifères. Les deux espèces les plus proches de l'homme sont le chimpanzé et le bonobo. La première espèce pratique ce que l'on pourrait appeler l’ancêtre du génocide : lorsque deux groupes inégaux d'individus s'affrontent dans la forêt équatoriale, un groupe peut éliminer totalement l'autre.

Dans ce domaine comme dans d'autres, ceux qui pensent se souvenir du bon vieux temps ont tort. Depuis le commencement de l'histoire de l'humanité, les humains ont usé de violence les uns envers les autres. Il y a même une forte probabilité, mais pas une certitude, que cela ait été un facteur important de la disparition d'une espèce d'hominidé qui était supérieure à nous, notamment par la taille de son cerveau, l'homme de Néandertal. Les hommes ont été violents de tout temps. Le terme "homme" peut d'ailleurs être utilisé dans ce contexte non pour l'ensemble de l'espèce humaine mais principalement pour les individus mâles. La violence aboutissant à des lésions et à la mort des adversaires est et reste en effet beaucoup plus courante chez les hommes que chez les femmes (environ 90 % des meurtres). 

La mise à mort des adversaires, des concurrents ou simplement des individus différents était beaucoup plus fréquente, au moins en temps de paix, par le passé qu'aujourd'hui. Dans certains groupes humains de petite taille, les morts suite à des affrontements pouvaient concerner 50 % des individus mâles.

Aujourd'hui, les morts violentes, particulièrement dans les pays riches, sont devenues beaucoup moins fréquentes. La femme ou l'homme ne peut plus être tué volontairement sous aucun prétexte. En temps de paix, la mise à mort n'est plus admise entre individus ni par l'État sauf dans les cas de légitime défense, Souvent, nous ne percevons pas cette évolution positive parce que, en même temps que la violence diminue, elle est plus médiatisée et nous parait de plus en plus inacceptable. Il est donc utile de se remémorer que des expressions comme "Ce lieu est un coupe-gorge" étaient à comprendre littéralement il y a quelques siècles alors que les meurtres pour faciliter le vol sont aujourd'hui très rares.

Cette évolution positive a des causes culturelles et sociales variées. Elle s'explique notamment parce que l'évolution culturelle fait de la vie humaine un bien de plus en plus précieux, parce qu'éliminer un adversaire n'est plus utile à notre survie et parce que, dans nos sociétés de plus en plus interdépendantes et mixtes, l'autre est de moins en moins étranger.

Une autre des raisons de cette évolution est l'âge moyen des citoyens, hommes et femmes. La courbe de criminalité et d'usage de la violence varie en effet selon l'âge. Pour les actes de délinquance violents, les périodes de la vie les plus dangereuses se situent aux alentours de la fin de l'adolescence et au tout début de l'âge adulte. Après, très rapidement, la violence décroît. Cette décroissance ne se produit pas parce que les gens plus âgés deviennent incapables d'être violents, mais parce que l'apprentissage de la vie sociale assure un respect plus grand des règles. Une société à la moyenne d'âge plus élevée est donc une société moins violente.

Par ailleurs, plus les causes de décès prématurés sont nombreuses, moins la vie humaine est précieuse. Moins une personne vit longtemps, moins nous avons du temps et des raisons matérielles et psychologiques de nous respecter, de nous attacher et de nous protéger les uns les autres. Ainsi, il y a quelques générations encore, une part importante des enfants mouraient en bas âge et l'infanticide faisait l'objet d'une moindre condamnation morale que les meurtres "ordinaires". Lorsque les décès en bas âge étaient courants, les mères, et plus encore les pères, s'attachaient nettement moins aux nourrissons et jeunes enfants.

Nous pouvons supposer que, si demain, la mort par vieillissement devient un phénomène rare et lointain, la progression en matière de respect de la vie humaine sera spectaculaire, particulièrement si les relations entre individus sont marqués par le respect de l'autonomie de chacun. Aujourd'hui, tuer, c'est simplement avancer un décès inévitable à terme de maximum environ un siècle. Demain, cela pourra devenir commettre un acte irréparable et mettre fin à une durée de vie indéterminée.

Une vie en bonne santé beaucoup plus longue peut donc être une garantie d'effet de pacification pour trois raisons différentes, mais qui se rejoignent:

  • Parce que la délinquance violente est moins le fait des hommes murs que des hommes jeunes;
  • Parce que la vie humaine devient beaucoup plus longue et donc beaucoup plus précieuse;
  • Parce que lorsque la vie humaine est beaucoup plus longue, nous avons beaucoup plus de temps pour nous apprécier, nous respecter.

Les lignes qui précèdent décrivent des aspects positifs des évolutions sociales, culturelles et technologiques. Mais un autre aspect important doit malheureusement également être souligné. En même temps que la vie humaine devient plus précieuse, jamais dans l'histoire de l'humanité, il n'a été aussi facile de se détruire les uns les autres. Les progressions technologiques permettent de protéger toujours plus les individus, mais les développements potentiels d'utilisations destructrices des connaissances et des technologies sont également gigantesques. Tout ce qui permet aux femmes et plus encore aux hommes d'être plus enclins au respect des autres, d'être passivement et activement non-violents  et tout ce qui fait des hommes et des femmes des êtres plus "solides", plus "résilients" pourrait se révéler fondamental pour l'avenir de l'humanité.


La bonne nouvelle du mois: création d'une fondation pour la lutte contre le vieillissement


Un groupe de milliardaires a créé une fondation qui octroie une récompense appelée Breakthrough Prize in Life Sciences (Prix des avancées capitales dans les sciences de la vie). Onze scientifiques ont reçu chacun trois millions de dollars pour leurs découvertes permettant notamment d'allonger la durée de la vie humaine. Ce prix est financé par divers mécènes dont le cofondateur de Google, Sergey Brin, et  le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg.

Il s'agit du prix le plus important jamais créé dans ce domaine. À la différence de nombreuses recherches financées par des sociétés pharmaceutiques ou médicales, les lauréats n'ont pas d'obligation liée à l'obtention de la somme d'argent. Les lauréats sont cependant encouragés à donner des conférences. Mais celles-ci seront accessibles à tous sur le site internet de la fondation et pourront donc contribuer à l'élargissement et à la diffusion des connaissances en matière de longévité.
  

Pour en savoir plus :

·         De manière générale: http://heales.org, http://longecity.org, http://sens.org et http://immortalite.org
·         Le thème de la violence et de la longévité est abordé dans le livre "Et si on arrêtait de vieillir. Réalité, enjeux et perspectives d'une vie en bonne santé beaucoup plus longue".
·         Source de l'image: Le massacre des innocents - Giotto - Scrovegni

samedi 26 janvier 2013

La mort de la mort. Numéro 46. Janvier 2013.


Mon objectif n'est pas de peupler la France de centenaires en maisons de retraite mais que nos contemporains puissent continuer à vivre debout, autonomes, qu'ils puissent continuer à créer, entreprendre et aimer, bien au-delà de cent ans. Christophe de Jaeger, auteur de ""Nous ne sommes plus faits pour vieillir", 2012.


Thème du mois: Vampires, zombies et autres morts-vivants.


Jamais dans l'histoire de l'humanité, l'arrêt des fonctions vitales des femmes et des hommes n'a été considéré comme un point final. 

Toutes les civilisations, toutes les religions, mais aussi tous les êtres humains doués de conscience, envisagent à un moment ou à un autre une suite matérielle ou immatérielle, visible ou invisible, positive ou nuisible, volontaire ou involontaire, des personnes décédées.

Pour autant que l'on sache, la perception que la dépouille n'est pas qu'un objet inanimé s'exprime aussi chez certains animaux. Il s'agit de mammifères tels les chimpanzés, les éléphants et les dauphins mais aussi certains oiseaux tels les corbeaux qui ont des réactions spécifiques devant un de leurs congénères mort.

Chez les êtres humains, les croyances en une vie après la mort sont multiples. Les trois grandes catégories de perceptions sont les résurrections, les réincarnations et les dématérialisations (l'âme qui s'en va). Parmi toutes les croyances liées aux résurrections, le thème d'un retour d'abord malfaisant apparaît assez souvent,

Dans ces cas, la conception centrale est que le retour d'une personne morte à une activité se fait de manière néfaste pour les êtres humains ordinaires soit parce que le "mort-vivant" a besoin de se nourrir d'êtres humains ordinaires soit parce que le "mort-vivant" veut les détruire par une sorte de haine ou besoin irrépressible.

Ainsi se conçoivent les vampires qui boivent le sang et les zombies qui veulent nous tuer. Généralement, l'activité de ces êtres sera concentrée la nuit, symbolisant l'affrontement entre lumière et ténèbres, la confrontation entre la vie véritable du jour et un substitut cauchemardesque la nuit. 

Le zombie

Le zombie est un être humain passé à un état de vie très partiel. Il peut sortir de la tombe ou avoir été contaminé par un virus. Il est dégradé et même souvent en état de décomposition. Le but principal de son existence semble de détruire les êtres humains ordinaires, en les dévorant ou en les tuant d'une autre manière. Le zombie a une physiologie dégradée mais aussi des capacités psychiques à ce point diminuées que l'on ne peut plus parler de conscience autonome. Le terme "zombie" est d'ailleurs employé plus largement pour désigner des personnes mais aussi des animaux qui ne décident plus de manière autonome de leurs actes, des êtres dirigés par d'autres (des fourmis zombies dirigées par un parasite, des ordinateurs zombies contrôlés de l'extérieur,...).

Le thème des zombies a connu un énorme succès grâce au cinéma, notamment par le film emblématique "La nuit des morts-vivants". Il s'inscrit dans la lignée des réalisations artistiques qui permettent de se faire peur sans risque. Les auteurs inventent un monde hypothétique dans lequel des catastrophes improbables font apparaître notre sort y inclus notre mort comme un moindre mal.

Généralement, le seul moyen de traiter un mort-vivant, c'est de le détruire, ce qui s'avère complexe puisque l'être résiste entre autres aux armes classiques. Il n'y a pas de négociation. Le meilleur zombie est un zombie totalement détruit. Une lueur d'espoir apparaît cependant dans certains récits contemporains tels le film de 2007 "Je suis une légende" dans lequel le héros cherche à créer un médicament capable de faire revenir les zombies à l'état d'êtres humains pleinement conscients. Dans ce film et dans quelques autres, la dégradation n'est donc pas irréversible.

Les vampires

Les croyances religieuses liées au sang humain ou animal et à sa consommation sont nombreuses. C'est logique parce que la  consommation de sang d'autres animaux comme élément d'alimentation est fréquente chez les animaux mais aussi chez les humains (boudin, steak "saignant",...). Mais ce n'est que depuis le 18ème siècle que le personnage mythique tel que nous connaissons aujourd'hui a été popularisé. La consommation du sang y est, pour le vampire, un moyen de survie ou un moyen de réjuvénation.

Le thème a connu un succès littéraire considérable grâce au roman "Dracula", écrit en 1897 et ensuite grâce aux très nombreux films sur ce thème. Dans les récits, la peur et l'attirance de la mort, de la nuit, du sang et de la sexualité se rencontrent. 

Le vampire se distingue du zombie parce que l'apparence physique du vampire est très proche voire indiscernable de l'être humain ordinaire. Le vampire sera décrit comme craignant la lumière et étant de teint blafard mais ceci peut être perçu comme attirant. La  vie intérieure du vampire est riche, se rapprochant voire dépassant la complexité des interrogations proprement humaines.

Selon les récits, la représentation des vampires varie mais tend à devenir plus élaborée et plus positive au 20ème et au 21ème siècle notamment dans les séries télévisées consacrées au thème. Comme pour les zombies, l'espoir d'une guérison des vampires peut apparaître. Cette guérison n'est plus miraculeuse, comme l'était le réveil de la belle au bois dormant, mais médicale. Le vampire n'est plus un monstre mais devient un malade, incurable dans l'état actuel de la science.

D'autres morts-vivants

Les contes, légendes et religions envisagent encore bien des êtres à la frontière de la vie et de la mort. Il en va ainsi des fantômes et des goules, créatures femelles monstrueuses dévorant les cadavres. Cependant, actuellement, seuls les zombies et les vampires sont fréquemment abordés par le grand public. En ce qui concerne les fantômes, ce sont probablement les progressions technologiques qui ont sévèrement limité l'impact des croyances pour les maisons hantées. Là où ni les caméras de surveillance ni les enregistreurs ne détectent plus les créatures que les humains pensaient percevoir, les croyances se réduisent.

Un futur des morts-vivants plus vivant?

Parmi les évolutions artistiques possibles relatives  à ce qui suit la mort, un cheminement possible est une vision dystopique (contre-utopique): l'homme doit mourir. Tenter  d'échapper à son sort est dangereux pour la collectivité. Une autre vision plus positive de l'après-décès est aussi possible: la mort et ce qui survient après le décès ne sont pas immuables.

Pour ce qui est du monde réel, l'avenir sera probablement, une fois encore, plus surprenant que bien des récits imaginaires.   



La nouvelle du mois: la restriction calorique à nouveau mise en cause.



Selon une large étude transversale récemment publiée (1er janvier 2013), les personnes en léger excédent de poids et même les personnes en légère obésité ont une espérance de vie supérieure aux personnes ayant un poids supposé idéal (indice de masse corporelle de 18,5 à 25). Seule une forte obésité diminuerait l'espérance de vie. Les auteurs ne donnent pas de raison claire à cet état de fait. 

Il pourrait s'agir en fait de la conséquence du fait que les personnes maigres sont plus souvent des gens en mauvaise santé et rarement des personnes qui choisissent de manger moins pour rester en bonne santé mais cet élément n'est pas abordé par les auteurs.

Si la raison de la mortalité plus élevée des personnes les plus minces est autre que l'état de santé global de départ des personnes les plus minces, cette constatation illustre une fois de plus que nous ne comprenons pas encore beaucoup de déterminants de la durée de vie puisque c'est en contradiction avec ce que nous savons au niveau notamment des maladies cardiovasculaires.



Pour en savoir plus :

·         De manière générale: http://heales.org, http://longecity.org, http://sens.org et http://immortalite.org
·         Au sujet des vampires et des zombies: http://fr.wikipedia.org/wiki/Vampires et http://fr.wikipedia.org/wiki/Zombie_(mort-vivant)
·         Source de l'image: Couverture du premier ouvrage de Dracula

lundi 31 décembre 2012

La mort de la mort. Numéro 45. Décembre 2012.

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Si j'ai la chance de vivre 150 ans, je m'attends à trouver un monde où se soucier de la politique ethnique au Moyen-Orient, porter des symboles d'une université, impressionner les filles, et enquêter sur mes origines ancestrales ne sera pas d'un grand intérêt. En d'autres termes, je pense que je devrai inventer un nouveau moi pour un monde radicalement nouveau. Cela sera un défi plus grand que tout ce que je peux imaginer. Nous avons de bonnes raisons évolutionnaires de nous aimer jusqu'à la mort plutôt que d'espérer devenir complètement reconfiguré. C'est une perspective angoissante à imaginer, mais c'est tout sauf ennuyeux. Joshua Lipson. The Harvard Crimson. Dans un article du 17 décembre 2012 intitulé On Living Forever. Radical life extension is no myth. (traduction)


Thème du mois: Médicaments et autres produits pour allonger la durée de vie en bonne santé.


Depuis des millénaires, des femmes et des hommes espèrent trouver une substance permettant d'échapper aux maladies et à une issue fatale.  Depuis l'aube de l'humanité, les êtres humains donnent à leurs proches souffrants des substances dont ils espèrent un effet bénéfique. Il s'agit de décoctions, de potions issues de plantes, de champignons, de minéraux, de produits animaux. Très souvent, une puissance supérieure, religieuse, est censée jouer un rôle bénéfique dans leur élaboration.

Aujourd'hui, nous savons pour certains de ces produits, par exemple le mercure, qu'ils sont toxiques au point de pouvoir abréger la vie de ceux qui les consomment. Pour toute substance, la composition précise des molécules et de l'ADN présents peut désormais être connue. Mais cette connaissance infiniment plus vaste qu'il y a des milliers d'années et même considérablement plus importante qu'il y a à peine 30 ans, ne suffit pas à répondre à la question de l'efficacité du produit pour permettre une vie en bonne santé beaucoup plus longue.

Pour savoir si un produit est efficace, à ce jour, rien ne remplace le moyen immémorial: essayer. Au moyen-âge, le goûteur du seigneur vérifiait l'absence de poison. Aujourd'hui, la vérification se fait par des tests réalisés surtout sur des êtres humains, des rats et des souris. Elle est également réalisée par l’examen des résultats d'études épidémiologiques, c'est-à-dire des études visant à évaluer la prévalence de maladies dans des populations et la présence de facteurs qui contribuent à ces maladies.

Pour être tout à fait certain d'un effet positif en matière de longévité sur des sujets actuellement en bonne santé, il faudrait effectuer des études de long terme, études en "double aveugle", c’est-à-dire qu’un groupe de personnes reçoit un médicament et l'autre un placebo, ceci sans que ni les examinateurs, ni les examinés ne sachent qui reçoit quoi. Comme une comparaison durant des années est nécessaire, ce type d'étude ne permettra pas de progrès médicaux rapides.

En ce qui concerne les études épidémiologiques, elles doivent être examinées avec beaucoup de circonspection parce qu'un effet constaté de longévité peut avoir de multiples causes. Ainsi, s'il est constaté qu'un groupe de patients utilisant un médicament vit plus longtemps qu'un autre groupe de patients sans médication, cela peut être suite à de nombreuses causes indépendantes du produit ingéré lui-même. Il peut s'agir d'un effet placebo, cela peut être parce que les personnes prenant un médicament sont mieux suivies par les médecins, parce qu'un groupe est en meilleure santé que l'autre. Enfin, pire, il peut y avoir des erreurs de calcul, voire une orientation inexacte donnée volontairement ou involontairement.

Mais les études épidémiologiques peuvent néanmoins être très utiles. Le comportement de consommation de médicaments et de nourriture de populations est suivi depuis très longtemps. Il ne faut donc pas attendre avant de pouvoir examiner les résultats. Par ailleurs, l'observation statistique précise peut permettre de repérer des effets, positifs pour la longévité, de produits qui, au départ, ne sont pas consommés pour des raisons de santé.  Un médicament ayant comme "effet secondaire" une longévité accrue pourrait être découvert de cette manière. Parallèlement, des effets négatifs en termes de durée de vie peuvent également être décelés.

Quelques résultats encourageants

L'antidouleur le plus connu peut avoir des avantages inattendus au profane. Selon plusieurs études, l'aspirine (acide acétylsalicylique) diminue la probabilité de développer des maladies liées à la circulation sanguine. Il est quasiment certain que l’absorption d'aspirine diminue le risque d’accident cardiovasculaire et donc augmente l’espérance de vie. Il est probable que cet effet positif compense une alimentation devenue globalement trop riche pour la grande majorité des individus. D'autres produits "fluidifiant" le sang, telles les statines, pourraient avoir des effets similaires. Une combinaison de médicaments pourrait permettre des effets positifs accrus (en anglais le terme "polypill" est employé pour désigner ce type de produit).

La metformine est connue comme étant le médicament antidiabétique le plus efficace, le plus sûr (il est prescrit à plus de 120 millions de personnes) et de très loin le moins cher. Elle semble avoir de nombreux effets positifs sur la santé. Elle réduirait notamment considérablement la mortalité des diabétiques de type 2 tant par rapport aux personnes recevant des traitements classiques que par rapport aux personnes recevant uniquement des conseils diététiques. Il semble également établi que la metformine diminue le risque de cancer, en tout cas chez les souris.

La rapamycine a été découverte en 1975. Elle a été obtenue à partir d’une bactérie provenant du sol de l’île de Pâques. Jusqu’il y a peu, elle était connue comme médicament immunodépresseur lors de transplantations. Mais en 2009, une étude portant sur des souris a conclu à une augmentation importante de la durée de vie. Il s’agit de résultats spectaculaires qui ont été confirmés tant sur des souris jeunes que sur des souris âgées. Transposée à l’homme, ce type de produit s’il avait le même effet, pourrait faire gagner une dizaine d’années de vie en moyenne, c’est-à-dire davantage que toute autre méthode actuellement connue. Aucun test probant sur l’homme n’a cependant encore été réalisé.

D'autres produits pourront être examinés dans un avenir proche. Leur utilisation à court et moyen terme dépendra notamment des efforts financiers et du degré de prise de conscience des progrès possibles par les pouvoirs publics, par les universités et, de manière plus intéressée, par les firmes pharmaceutiques.


La bonne nouvelle du mois: réunion internationale prometteuse à Bruxelles.


Les 12, 13 et  14 décembre 2012, une conférence intitulée Eurosymposium on Healthy Ageing s'est tenue dans la capitale de l'Europe. Des experts et des militants de la longévité venus du monde entier se sont rencontrés. Une représentante de l'Union européenne est également intervenue. Le thème de la conférence était: Un nouvel âge de santé et de longévité à long terme. Des perspectives enthousiasmantes ont été décrites notamment en ce qui concerne la possibilité de traitement généralisé par médicament pour les personnes âgées de plus de 50 ans pour diminuer l'impact des maladies cardiovasculaires (exposé du Docteur David Wald, Queen Mary, University of London).



Pour en savoir plus :

·         De manière générale: http://heales.org, http://longecity.org, http://sens.org et http://immortalite.org
·         Au sujet de tests de produits relatifs à la longévité: http://www.youtube.com/watch?v=uZLGYGjyX2U Stephen Spindler, Brussels, 14 décembre 2012
·         Eurosymposium on Healthy Ageing: http://www.eha2012.org/ et http://www.youtube.com/user/healesmovies
·         Polypill: http://en.wikipedia.org/wiki/Polypill
·         Source de l'image: Manifestation Grand-Place de Bruxelles, 114 décembre 2012.

samedi 8 décembre 2012

La mort de la mort. Numéro 44. Novembre 2012.


Face aux problèmes posés par le vieillissement de la population, le partenariat européen d’innovation pour un vieillissement actif et en bonne santé a été retenu comme projet pilote. Il a pour but de prolonger de deux ans la durée de vie en bonne santé des citoyens de l’UE d'ici 2020 (...). Communication de la commission au Parlement européen et au Conseil. 29 février 2012.

Thème du mois: Démographie, surpopulation, espérance de vie

En un siècle, la population de notre planète est passée de moins de deux milliards à plus de sept milliards d'individus. Cette évolution à la hausse a concerné chaque continent, presque chaque pays et la plupart des zones géographiques? Cependant, les rythmes de croissance ont été très divers.

Durant cette période, de nombreux éléments influençant la démographie ont joué. De manière globale, presque partout, ce sont les villes qui ont cru de la manière la plus rapide alors que la densité de population dans les campagnes restait beaucoup plus stable voire diminuait. Les zones les plus florissantes du point de vue économique ont vu très logiquement la population croître rapidement alors que des régions en déclin matériel connaissaient parfois, tout aussi logiquement, des avancées démographiques faibles ou des reculs.

Les variations différentes de la population entre États ou à l'intérieur d'un État s'expliquent pour une part non négligeable par des mécanismes migratoires. Cette influence, pour riche qu'elle soit en termes d'apports multiculturels, est modérée en termes statistiques. En 2005, 97 % de la population mondiale vivait dans le pays dont elle avait la nationalité. L'influence démographique, parfois souvent dénoncée notamment dans des termes xénophobes, n'est généralement importante qu'entre régions à l'intérieur d'un pays donné ou entre États proches les uns des autres. Elle est moins importante pour les migrations entre des grands pays et encore moins forte d'un continent à l'autre.

La première cause des croissances et décroissances de population, c'est simplement la différence entre le taux de natalité et le taux de mortalité.

Comme la médecine, l'hygiène, et la situation économique sont meilleures dans les pays les plus riches, la mortalité y diminue plus vite qu'ailleurs. La logique voudrait que ce soit dans des régions comme l'Union européenne, l'Amérique du Nord et le Japon que la population augmente le plus rapidement.

Il n'en est absolument rien parce que, là où les gens vivent mieux et plus longtemps, ils ont moins d'enfants. La corrélation inverse entre l'espérance de vie et le taux de fertilité est étroite. Durant tout le vingtième siècle, globalement, l'espérance de vie a cru et durant  tout le vingtième siècle globalement les citoyens ont eu moins d'enfants. Là où l'espérance de vie a cru plus rapidement, le nombre d'enfants a décru plus rapidement.

Aujourd'hui, le continent qui souffre le plus, et de très loin, d'une augmentation rapide de la population et d'un nombre d'enfants par femme élevé, c'est l'Afrique. Mais ce n'est pas toute l'Afrique. Des pays comme l'Algérie ou le Maroc, très souvent perçus comme des pays à la démographie galopante, n'ont plus un taux de fertilité que d'environ deux enfants par femme. La croissance de la population n'y est d'ailleurs que d'environ 1 % par an. L'espérance de vie y est aussi devenue relativement proche de celle des États les plus riches (aux alentours de 72 ans).

La situation reste par contre dramatique dans l'Afrique subsaharienne dans les pays où l'espérance de vie est, elle, extrêmement basse. Ainsi, les 170 millions d'habitants du pays le plus peuplé d'Afrique, le Nigéria ont une espérance de vie d'à peine 55 ans et les femmes ont en moyenne 5,5 enfants.

La corrélation entre espérance de vie et natalité se confirme lorsque l'on examine les pays asiatiques où la vie est la plus longue. Selon l'organisation des Nations Unies, le Japon et Hong Kong sont les deux pays où l'espérance de vie est la plus élevée au monde (respectivement 82,7 et 82,2 ans pour la période 2005-2010). Ces deux pays font aussi partie des pays où la natalité est extrêmement basse (respectivement 1,27 enfant par femme et 0,97 enfant par femme selon l'ONU durant la période 2005-2010).

Contrairement à ce que l'on pense souvent, les religions jouent un rôle relativement mineur dans les évolutions démographiques. Ainsi dans l'Union européenne, si c'est bien dans la verte Irlande catholique que la natalité est la plus forte, c'est par contre dans l'Italie également très catholique que la natalité est la plus faible  Côté musulman, s'il est vrai que la natalité au Yémen est élevé, par contre les très religieuses nations iranienne et d'Arabie Saoudite connaissent des situations de fécondité très faibles (moins de deux enfants par femme en Iran, moins qu'en France).

Il y a cependant quelques exceptions à cette règle. La spécificité la plus spectaculaire et la plus préoccupante concerne la tendance de l'Union européenne depuis le début du vingt-et-unième siècle (voir schéma). Dans tous les États de plus de dix millions d'habitants de l'Union européenne, à l'exception du Portugal, la natalité croît ces dernières années. Étant donné que cette augmentation de la natalité se produit à partir d'une natalité très faible, ce mécanisme nouveau n'est encore guère perçu. Il est parfois attribué à tort à la présence de populations d'origine étrangère alors que la raison est plus à chercher dans des nouveaux comportements globaux dans la population autochtone, peut-être notamment le souhait de couples recomposés d'avoir des enfants.

À court terme, l’augmentation de la population dans les pays les plus riches peut avoir des conséquences négatives considérables puisque plus de citoyens signifie plus de production de gaz à effet de serre. À moyen terme, si les progrès médicaux se poursuivent et permettent rapidement une vie en bonne santé beaucoup plus longue et, permettent donc aux femmes d'avoir des enfants beaucoup plus tard, il est par contre envisageable que la natalité diminue à nouveau, les femmes retardant le moment d'avoir des enfants.

Enfin à long terme, plus de 50 ans, il est vain de se poser des questions sur la natalité. Trop d'éléments entrent en jeu que nous ne maîtrisons pas. En tout cas, refuser aujourd'hui les progrès contre le vieillissement pour lutter contre un vingt-deuxième siècle potentiellement surpeuplé, c'est d'abord être aveugle au fait qu'actuellement les situations de surpopulation en croissance concernent des zones du monde où l'espérance de vie est dramatiquement basse. C'est aussi, refuser l'espoir d'une vie meilleure demain pour les personnes âgées au nom d'un futur totalement hypothétique. C'est comme si nous laissions une personne âgée dans la rue sans protection en prétextant que nous voulons économiser pour les soins de santé de notre futur arrière-petit-fils.


La bonne nouvelle scientifique: progrès rapides pour la création de tissus et d'organes hors du corps.


Ces dernières années, les possibilités de création de tissus et même d'organes à partir de cellules souches se développent rapidement tant sur l'homme que sur l'animal. Pour les êtres humains, les greffes de peau issus de la personne elle-même se font depuis déjà bien des années, des cartilages ont déjà été introduits avec succès de même que des vessies. Un cœur de rat "réensemencé" avec des cellules souches a pu battre brièvement.

Dans un domaine plus futuriste, les imprimantes en trois dimensions sont en développement rapide. Ces techniques sont envisageables à terme pour créer des tissus  et, dans une moindre mesure, pour la création d'organes. Le principe du fonctionnement est relativement simple. Au lieu de projeter de l'encre ou une matière inanimée, ce sont des cellules qui le sont. Comme pour une imprimante, ce qui est "imprimé" est déterminé de manière informatique. Cela a notamment pour conséquence que, une fois que les mécanismes seront maîtrises,  ils pourront être appliqués aisément d'une imprimante à l'autre.



Pour en savoir plus :

·         De manière générale: 
·         Pour des informations relatives au "bio-printing" (en anglais): http://blogs.scientificamerican.com/observations/2012/11/15/print-it-3-d-bio-printing-makes-better-regenerative-implants/
·         Source de l'image: Augmentation de la fertilité dans les pays de l'Union européenne de 1999 à 2011. En abscisse, évolution de l'espérance de vie; en ordonnée: espérance de vie, évolution nombre d'enfant par femme. Schéma obtenu en utilisant le site http://gapminder.org.