mercredi 18 avril 2012

La mort de la mort. Numéro 36. Mars 2012.



Lorsque les athéistes atteignent l'âge de 60 ans, ils deviennent brutalement des transhumanistes intéressés par l'immortalité (traduction). John Bookman du Center for Inquiry. association américaine sans but  lucratif d'éducation permanente (2012).


Thème du mois. Les progrès en matière de lutte contre le cancer

Cancer et vieillissement sont étroitement liés. La prévalence du cancer augmente avec l'âge. Bien des formes de cancer ont également en commun avec bien des maladies liées au vieillissement que les progrès scientifiques ne sont pas encore suffisants pour influencer de manière spectaculaire le taux de mortalité. Mais pour certaines formes de cancer, les progrès sont tels que la maladie ne tue plus qu'une petite minorité.

Selon certains chercheurs optimistes, il est possible que, progressivement, nous arrivions à vaincre les maladies liées au vieillissement sans que cela ne provoque une révolution scientifique. Les avancées se feraient par petites touches de ci-de là qui, toutes combinées, nous permettraient d'augmenter notre espérance de vie de plus de 12 mois chaque année et donc de ne pratiquement jamais plus atteindre l'âge du décès.

Cela semble de la science-fiction. C'est pourtant proche de ce qui est arrivé pour une maladie qui était atroce il y a 50 ans pour les enfants: la leucémie. Dans les années 60, ce cancer était probablement perçu comme une des pires affections dont pouvait être victime un enfant. C'était un peu comme une condamnation à mort précédée d'une longue et douloureuse agonie. Presque aucun enfant (moins d'un sur 10) ne survivait à ce combat atroce et inégal.

Petit à petit, et sans que jamais cela ne fasse les gros titres de journaux, le combat s'intensifia et le nombre d'enfants survivants augmenta.

Aujourd'hui, la leucémie chez les enfants n'est pas encore une maladie bénigne. En 2012, dans les pays où l’infrastructure médicale est à la pointe, un enfant atteint a plus de chances de survivre aux 5 prochaines années que s'il avait eu le même âge sans aucune maladie, mais en naissant deux siècles plus tôt, voire même en naissant au même moment, mais dans certains pays d'Afrique noire.
Pour les cancers en général, il faut distinguer entre croyance commune pessimiste largement répandue et réalité :

- Croyance: le cancer est une maladie qui frappe de plus en plus les citoyens du fait des modes de vie moderne. Il tue donc de plus en plus.

- Réalité: à l'intérieur d'une tranche d'âge donnée, le cancer tue de moins en moins. Cependant, étant donné que les autres sources de mortalité diminuent plus rapidement  et étant donné que la population moyenne avance en âge, la mortalité par cancer devient plus visible. Le mode de vie a effectivement une influence, mais il ne concerne pas seulement des aspects inévitables de la vie moderne (pollutions, radiations,...). En effet, deux des sources principales de maladie peuvent être évitées par les individus qui le souhaitent et qui parviennent à résister aux pressions sociales, économiques et comportementales: la suralimentation et la consommation du tabac.

Pour ce qui concerne la survie au cancer, la référence généralement prise en considération est la survie 5 ans après que la maladie ait été détectée. Vu globalement, en ce début du 21ème siècle, environ deux-tiers  des personnes atteintes ne survivront pas plus de 5 ans dans les pays du Sud alors que dans les pays du Nord, il y a plutôt deux tiers des individus qui survivent. Cela démontre que les progrès médicaux, sociaux et économiques sont fondamentaux pour permettre de lutter efficacement contre cet ensemble de maladies.

En fait, les mortalités varient énormément selon le type de cancer. Pour certains types de cancer, c'est toujours la prévention qui est le facteur sauvant le plus de vies avec des méthodes décrites pour la première fois il y a parfois déjà des millénaires. Pour d'autres types de cancer, les progrès médicaux sont radicaux et ceci en moins de temps que l'espace d'une vie.

Actuellement, les femmes ont un taux de survie plus long parce qu'elles sont en moyenne plus souvent touchées par des cancers dont on guérit plus souvent. En ce qui concerne les cancers les plus fréquents, ce sont ceux du sein et de la thyroïde qui causent le taux de mortalité le moins élevé tandis que ceux du foie et du poumon sont toujours mortels dans les 5 années pour plus de 80 % des personnes atteintes.

En guise de conclusion, il faut noter une distinction fondamentale en matière de perception entre la recherche relative au cancer et la recherche relative aux maladies liées au vieillissement. En matière de cancer le chercheur traité de pessimiste voire de fou est celui qui affirme que le but ultime n'est pas de guérir les patients de la maladie, mais de les maintenir dans un état sévèrement morbide. En matière de vieillissement et maladies liées, le chercheur traité d'utopiste voire de fou est encore souvent celui qui affirme que le but n'est pas d'apprendre à vivre avec le vieillissement, mais de vaincre les maladies liées au vieillissement.

La bonne nouvelle du mois: la metformine, un médicament prometteur

La metformine est connue pour être le médicament anti-diabétique le plus efficace, le plus sûr (il est prescrit à plus de 120 millions de personnes; attention toutefois sans suivi médical il y a un risque d'acidose quasi nul en probabilité mais réellement mortel lorsqu'il apparaît) et de très loin le moins cher. Depuis 2002 la metformine était connue pour réduire d'environ 40% les taux de mortalité des diabétiques par rapport aux autres traitements classiques. Une étude américaine chez des populations à fort risque de diabète indiqua plus récemment qu'au bout de 4 et 10 ans la metformine est meilleure pour la santé que des cours réguliers de nutrition et activité physique (suivant quelques indicateurs de santé; l'idéal étant très vraisemblablement de mixer metformine et style de vie).

Plus tard, il a été découvert que la metformine protège fortement de risques cardio-vasculaires et de cancers. En 2005, des études épidémiologiques menées en Grande-Bretagne ont montré que les diabétiques traités avec de la metformine ont vu leur risque de cancer baisser de 40 % comparé à ceux soignés avec un autre antidiabétique. En septembre dernier, la revue Cancer Prevention Research publiait que la metformine a pratiquement a réduit le risque de cancer du poumon de 40 à 50% voire 72% (suivant une administration orale ou sanguine) chez des souris exposées à un cancérigène contenu dans le tabac. Ce mois ci, cette même revue publie que la metformine réduit de 57% le risque de cancer du foie chez des souris. 

Diverses études cliniques contre le cancer sont en cours. De façon préliminaire (sur un petit nombre de patients), il a été constaté que la metformine prévient les cancers colorectaux. Une grande étude clinique est en cours chez des ex-fumeurs, qui sont à risques de cancer du poumon. Le cancer du poumon est le plus meurtrier des cancers et celui qui augmente le plus dans le monde, puisque plus de 12 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année et que près de 8 millions de personnes en meurent.

La combinaison des connaissances dans ces domaines permet d'envisager, dans un avenir proche, des tests animaux et humains à échelle large, notamment organisé dans des Etats de l'Union européenne. En cas de succès, ce serait une des premières substances qui permettrait une diminution effective importante de la mortalité consécutive à pour certains cancers "tenaces", voire de la mortalité générale pour des populations défavorisées, voire de la mortalité générale pour la population générale.

Pour en savoir plus


jeudi 8 mars 2012

La mort de la mort. Numéro 35. Février 2012.


"L'humanité se décrit par ses franchissements de frontière, des choses qui paraissaient impensables. On était par exemple dans le récit pour s’expliquer et raconter les choses. Et puis on est passé à l’écrit. Enfin la mémoire ne se perdait plus lorsque quelqu’un mourait (…). Et Gagarine lui a franchi cette frontière de l'espace. Lorsque nous avons contrôlé, lorsque les femmes ont pu contrôler leur fécondité, c'était une frontière. Ce qui était autrefois une condition biologique a cessé d'être une servitude. Demain nous vaincrons la mort. Merci Condorcet qui l’écrivait." Jean-Luc Mélenchon  (candidat du front de gauche aux présidentielles), 12 janvier 2012.


Thème du mois: les nanotechnologies et la lutte contre le vieillissement

Les nanotechnologies médicales sont une branche naissante de la médecine travaillant sur des objets de taille extrêmement réduites. La référence usuelle est le "nanomètre" c'est-à-dire le milliardième de mètre, la taille d'une petite molécule.

Actuellement, il y a encore beaucoup plus de recherches en cours qu'il n'y a d'applications concrètes. Jusqu'à présent, en matière de santé, l'industrie nanotechnologique est d'ailleurs plus connue par l'aspect des risques que par ses perspectives curatives. 

En effet, lorsque la matière est manipulée à l'échelle microscopique, les produits réalisés ont des effets sur le corps humain qui peuvent être fondamentalement différents des produits de taille habituelle. Ils peuvent notamment franchir la "barrière hémato-encéphalique" c'est-à-dire passer la frontière entre le sang et le cerveau normalement infranchissable pour la plupart des substances. Des produits nanotechnologiques sont aussi susceptibles de générer des cancers notamment en s'introduisant dans les poumons. Les risques sont particulièrement importants pour tous les produits qui ne se dégradent pas ou très lentement dans l'environnement extérieur et qui sont, à court ou à moyen terme, susceptibles d'être ingérés ou respirés. Il convient cependant de noter que le risque n'est bien sûr nouveau que dans la mesure où les produits créés possèdent des caractéristiques nouvelles. La nature n'a en effet pas attendu l'être humain pour travailler à l'échelle "nanoscopique".  

Les dangers potentiels assez largement médiatisés ne doivent pas faire oublier les avantages potentiels en matière médicale de certaines de ces substances. En fait, l'examen systématique des conséquences des nouvelles matières sur la santé peut être une activité à double avantage. Elle permet de vérifier l'absence de danger lors des tests sur des animaux et sur des cellules de culture. Elle peut permettre aussi, dans certains cas, de détecter des conséquences positives pour l'organisme.

Quels sont les domaines actuels de progression des nanotechnologies médicales?

La désinfection

Cet aspect est probablement d'un impact limité dans le domaine de la lutte contre le vieillissement. Certains produits sont susceptibles de détruire efficacement les bactéries. C'est le nano-argent qui est la substance la plus utilisée. Cependant, les infections ne sont pas une cause majeure du vieillissement, mais elles sont plutôt, dans certains cas, une conséquence de celui-ci. D'autre part, ces produits ne sont utilisables qu'à l'extérieur du corps, en tout cas dans un avenir proche.

Les médicaments

C'est dans ce domaine que les progrès sont les plus rapides et que l'expérimentation a déjà réellement débuté. Les médicaments spécifiques réalisés présentent l'avantage, par rapport aux médicaments ordinaires, de fonctionner de manière beaucoup plus ciblée. En effet, leur taille leur permet de s'introduire plus aisément jusqu'au coeur de l'organe ou de la cellule visé. De plus, il est possible que certains produits aient une composition en "oignon", formés de plusieurs couches de substances qui se dissoudraient à un rythme précis au cours du passage vers la cible du traitement assurant que la substance curative sera libérée essentiellement au moment et au lieu souhaités.

Par exemple, une substance devant agir dans le cerveau de personnes atteintes d'Alzheimer pourrait être introduite par voie orale. Les nanoparticules franchiraient la barrière hémato-encéphalique déjà citée. Ensuite, au contact des cellules nerveuses, Ensuite, au contact des cellules nerveuses, ou encore d'agrégats de protéines tau ou beta-amyloides, la couche protectrice de la nanoparticule se dissoudrait assurant la libération du produit actif.

Les nanorobots

Des machines de taille microscopique s'introduisant dans le corps des patients sont un rêve - ou parfois un cauchemar - des auteurs de science-fiction depuis de nombreuses décennies. Les progrès des technologies rendent ces machines envisageables à terme. Ceci ouvre des perspectives radicales dans les domaines de la lutte contre le cancer, de la chirurgie non invasive et plus largement des traitements relatifs à la lutte contre le vieillissement.

En ce qui concerne la lutte contre le cancer, mais aussi contre les maladies cardio-vasculaires, les nanorobots pourraient sélectivement s’attaquer aux cellules cancéreuses. Ils pourraient aussi notamment détruire les agrégations qui se produisent dans les vaisseaux sanguins.

Plus généralement, des nanorobots pourraient progressivement, cellule par cellule, remodeler le corps par une sorte de chirurgie non invasive.

Les premiers nanorobots existent, mais uniquement en tant que "gadget", des machines qui fonctionnent mais n'ont pas encore d'utilité même en dehors de la médecine.

Le passage de la science-fiction au réel suppose notamment:
  • La maîtrise de la production de nanorobots identiques. Vu le nombre de robots nécessaires, cette production doit être totalement automatisable et il faut en outre être raisonnablement certain de l’innocuité des objets "ratés".
  • La maîtrise du fonctionnement des robots. Ils auraient, en tout cas dans un avenir prévisible, une seule tâche. Ici aussi il faut être raisonnablement certain de l’innocuité en cas de dysfonctionnement.
  • Les machines construites doivent disposer d'une source d'énergie. A ce sujet, il est cependant possible d'envisager que l'énergie soit fournie à distance par induction ou encore que les cellules du corps humain fournissent cette énergie.
  • Enfin, pour les machines les plus complexes, il resterait à "programmer" le nanorobot.
Dans un avenir technologiquement relativement proche, les nanomédicaments efficaces sont donc plus vraisemblables que les nanorobots médicaux. Mais des objets microscopiques susceptibles de répéter à l'infini une tâche spécifique simple médicalement utile ne sont cependant peut-être pas si éloignés. 



La bonne nouvelle du mois: un pas dans la lutte contre la maladie de Parkinson

Des singes souffrant d'une maladie similaire à la maladie de Parkinson auraient fait des progrès notables après l’implantation de cellules souches humaines dans le cerveau.  Des signes d’amélioration du comportement chez quatre singes chez qui on a provoqué artificiellement une maladie proche de la maladie humaine de Parkinson auraient été observés. Les animaux dont les membres bougeaient spasmodiquement, un symptôme courant du syndrome de Parkinson, et qui peinaient à contrôler leur corps ont montré des signes d’amélioration trois mois après l’opération. Six mois après la transplantation, les primates testés étaient à nouveau capables de marcher dans leur cage .

Ces résultats ont été annoncés par l’équipe de monsieur Jun Takahashi, professeur à l’Université de Kyoto. Les recherches citées n’ont pas encore fait l’objet d’une publication.

Si cette expérience est confirmée, elle ouvre des perspectives importantes et spectaculaires. Cela signifierait notamment que le cerveau est plus adaptable que ce qui est généralement estimé à ce jour. Les maladies liées aux dégénérescences du cerveau, particulièrement la maladie d'Alzheimer, sont actuellement généralement incurables. La maladie d'Alzheimer à elle seule touche près de 2 % de la population dans les pays les plus riches, plus de 10 % des personnes âgées de 60 ans et plus et près de la moitié des citoyens de plus de 85 ans. 


Pour en savoir plus


lundi 20 février 2012

25.000 logements publics bruxellois en 3.600 jours (lettre bimestrielle, numéro 15). Janvier - février 2012.



Les accords gouvernementaux régionaux bruxellois du 12 juillet 2009 prévoient une augmentation radicale du nombre de logements publics par "une norme à atteindre dans les 10 années à venir de 15% de logements de qualité à gestion publique et à finalité sociale".

Cette lettre bimestrielle a pour objectif d'être un aiguillon pour favoriser une réalisation optimale des objectifs. Actuellement, environ 38.000 ménages sont sur les listes d'attente du logement social bruxellois.

Alors que les mois précédents avaient été fastes (516 nouveaux logements), au cours de 8 dernières semaines seuls 25 nouveaux logements ont été inaugurés à Haren.


Sur le plan des nouvelles constructions sociales, la lourdeur administrative et juridique des projets publics semble rendre la réalisation d'objectifs d'envergure quasiment impossible à moins:
  • de réduire radicalement les délais de décision,
  • d'acquérir des logements du secteur privé,
  • et/ou d'obliger toute nouvelle construction à comprendre une part de logements sociaux (par exemple 10 %).

Dans ce dernier domaine, des projets existent. Mais les chances qu'ils soient réalisés au cours de cette législature s'amenuisent chaque jour.

Par ailleurs, un objectif important est la rénovation de constructions abandonnées et la transformation de bureaux inutilisés en logement.

Pour ce qui concerne la conversion de bureaux en logements, un processus de primes suite à un appel à projets pour la conversion en logements de bureaux obsolètes ou inoccupés est en cours. Cependant, investir de l'argent public de cette manière aboutit en fait notamment à récompenser les erreurs passées de promoteurs. Les sommes investies dans ces primes servent des projets relativement lointains voire hypothétiques alors que des sanctions financières importantes pour ceux qui laissent des bureaux vides seraient imaginables. Ces sanctions seraient de nature à donner plus de résultats et ne coûteraient rien et bénéficieraient même au secteur public bruxellois. C'est un enjeu non négligeable dans une cité qui compte au moins 1,6 million de mètres carrés de bureaux inoccupés.

Le calcul du nombre réel de logements à créer varie énormément selon les estimations (voir lettre de novembre 2010). La présente lettre se base sur un nombre de 25.000 logements. Dans ce nombre, il a été tenu compte des logements mis à disposition par les agences immobilières sociales (A.I.S.) même s'il ne s'agit pas au sens strict de logements à gestion publique. Par contre, il n'a pas été tenu compte des prêts de logement, car ils concernent des immeubles à gestion totalement privée.

Ci-dessous, seuls les logements effectivement mis à disposition sont comptabilisés: les chantiers, projets en cours de marché public,... ne sont pas repris.

État de la réalisation des 25.000 logements en 3.600 jours (connu au 15 février 2012) (ce mode de calcul ne prend pas en compte les prêts sociaux):

Nombre total de logements publics nouveaux réellement créés: aux alentours de 2.100. Composé comme suit:
  • Nombre de logements publics nouveaux construits depuis le début de la législature dans le cadre du plan dit des 5000 logements: 927
  • Nombre de logements publics créés à partir de bureaux transformés: 0
  • Nombre de logements publics créés à partir de logements et autres immeubles abandonnés: 0
  • Nombre de logements publics créés par d'autres moyens (acquisitions, locations, contrats de quartier...): non connu avec précision, peut-être aux alentours de 550
  • Nombre de logements privés mis à disposition par les A.I.S.: non connu avec précision, probablement aux alentours de 750
  • (-) Suppressions de logements publics (acquisition par les locataires, destructions, transformation-rénovation de petits logements en logements plus grands, mais moins nombreux...): non connu avec précision, probablement au minimum 150
  • Temps écoulé : 30 mois depuis les accords politiques (31 mois depuis le début de la législature)(soit un quart de la durée totale des 10 années prévues pour parvenir à l'objectif)
  • Temps restant pour achever la mise à disposition des logements : 89 mois
  • Nombre total de logements publics qui, logiquement, auraient dû être créés durant le temps écoulé (sur la base de la mise à disposition de 200 logements par mois): 6.200
  • Somme minimale économisée par les autorités régionales ou locales bruxelloises aux dépens des personnes qui occuperaient les logements sur base d'un coût de 110.000 € par logement: environ 450 millions d'euros

Informations complémentaires:

- Le texte de l'accord de gouvernement 2009-2014 du 12 juillet 2009 est accessible à la page 
http://www.parlbruparl.irisnet.be/images/imgparl/accords2009/accordsfr.pdf.

- Un site officiel http://www.planlogement.be avait été réalisé par le Secrétariat d’État bruxellois au Logement et à l'Urbanisme durant la législature précédente. Le contenu de ce site a été supprimé et le nom de domaine est aujourd'hui en vente.

Si vous communiquez des informations pertinentes, elles seront diffusées dans la prochaine lettre.

Didier Coeurnelle, conseiller communal à Molenbeek-Saint-Jean

samedi 4 février 2012

La mort de la mort. Numéro 34. Janvier 2012.

Repousser le vieillissement est éthiquement acceptable car c’est le but de la médecine. Mais allonger la durée de la vie, et donc fabriquer des hommes augmentés, entraînerait une réforme complète de la société des hommes. Reste à savoir dans quel but. Alain Grimfeld, président du Comité consultatif national d'éthique (2011, France)

Thème du mois: les impôts et la mort, les impôts contre la mort?
L'année de la révolution française, Benjamin Franklin, génie polyvalent qui allait mourir l'année suivante, écrivait Dans ce monde, il n'y a que deux choses certaines dans la vie: les impôts et la mort (taxes and death).

Six ans plus tard, en 1795, dans la toute jeune République française, le marquis de Condorcet s'interrogeait:
Serait-il absurde, maintenant, de supposer que ce perfectionnement de l'espèce humaine doit être regardé comme susceptible d'un progrès indéfini, qu'il doit arriver un temps où la mort ne serait plus que l'effet, ou d'accidents extraordinaires, ou de la destruction de plus en plus lente des forces vitales, et qu'enfin la durée de l'intervalle moyen entre la naissance et cette destruction n'a, elle-même, aucun terme assignable?

Plus de deux siècles plus tard, les impôts et la mort ont bien résisté. Les impôts ont même progressé, au grand regret de nombreux citoyens. Ces hommes et ces femmes qui oublient les avantages liés aux financements collectifs d'innombrables biens et services qui protègent et servent les citoyens depuis les prestations de la sécurité sociale au réseau internet qui leur permet de lire ces lignes.


A première vue, la mort a beaucoup reculé. L'espérance
de vie a fait des bonds de géant faisant plus que doubler. La mortalité infantile a pratiquement disparu en Europe. Même dans les pays les plus pauvres d'Afrique, seule une minorité d'enfants n'atteint plus l'âge adulte. Au cours d'une semaine, nous gagnons environ un week-end d'espérance de vie. Au Bangladesh, un des pays les plus pauvres du monde, l'espérance de vie a cru de plus de 10 ans les 25 dernières années.

Mais la limite extrême de la durée de la vie humaine, elle, n'a pas tellement changé. Le premier être humain qui a atteint l'âge d'un siècle est probablement né il y a près de trois millénaires en Chine, des philosophes grecs ont vécu presque centenaires. Trente siècles plus tard, la personne la plus âgée au monde n'a que 115 ans et l'expression "resplendissante de santé" ne la concerne pas.

La mort et les impôts subsistent donc.

Une part très importante des impôts sert d'ailleurs à retarder la mort. Il en va ainsi, bien sûr, des dépenses en soins de santé ou pour les maisons de repos. Mais il en va également de nombreux investissements dans des domaines variés comme la sécurité routière, les services d'urgence, les forces de police, la lutte contre les pollutions,... En réalité, dans de très nombreux domaines de la vie sociale et politique, un des objectifs fondamentaux, explicites ou implicites, est de permettre une vie en bonne santé plus longue.

Il y a notamment un domaine où des impôts sont payés pour retarder la mort, mais en quantité relativement limitée, c'est la recherche scientifique dans le domaine de la santé. Ce type de dépense se différencie de nombreux autres investissements socialement utiles en ce que la recherche profite potentiellement non pas aux citoyens d'une région ou d'un pays mais à tous les êtres humains. Paradoxalement, un intérêt aussi large que toute la population humaine peut apparaître comme moins porteur que des intérêts catégoriels.

Les dépenses fiscales qui sont explicitement effectuées au bénéfice de l'ensemble de l'humanité sont extrêmement rares à ce jour. On peut citer le financement de l'ONU et d'autres institutions à vocation mondiale, les subsides versés aux organismes qui tentent de réduire les risques liés aux astéroïdes et, de manière plus conséquente, les mesures de lutte contre le réchauffement climatique.

Enfin, les recherches dites fondamentales, dans une certaine mesure, visent l'intérêt de toute la population à progresser dans les connaissances. Mais le but affirmé est assez rarement celui-là. Ces recherches  sont généralement plutôt présentées comme satisfaisant une sorte de curiosité globale de l'espèce humaine, une soif de savoir qui est une des caractéristiques qui font de nos semblables cet être étrange qui cherche constamment à se rassurer, à dépasser et à se dépasser.

Parmi les recherches fondamentales et appliquées relatives à la vie de nos semblables, les investigations relatives au vieillissement concernent le plus de personnes. Et, actuellement, pour trois décès dans le monde, deux décès sont consécutifs aux maladies et affections relatives au vieillissement.

Notre obsolescence à tous est actuellement programmée par la nature. Les recherches de milliers de scientifiques ont permis certaines "déprogrammations" par le biais de la lutte contre les cancers, les maladies dégénératives, les affections cardio-vasculaires,... mais bien du travail reste à accomplir. Sauf à considérer qu'une vie humaine perd de sa valeur au fur et à mesure de l'écoulement du temps jusqu'à devenir négligeable, toutes les investigations permettant de prolonger la vie en bonne santé sont donc potentiellement utiles à des milliards de personnes. 

Des recherches peuvent être accomplies par des firmes pharmaceutiques, mais ces firmes préfèrent les résultats rapides et partiels aux recherches à long terme. Il pourrait même être affirmé, cyniquement, que les solutions les plus globales sont celles le moins susceptibles d'intéresser les grandes compagnies. En effet:
  • Une solution globale réclame des recherches longues;
  • Une percée significative signifierait la disparition de la nécessité de nombreux traitements plus partiels;
  • Des avancées globales seraient d'une telle importance pour des milliards de citoyens du monde que la pression sociale, politique et sociologique empêcherait de privatiser largement les bénéfices des traitements.
Pour toutes ces raisons, ce sont les organismes publics qui sont les plus susceptibles de progresser dans la recherche fondamentale et même dans certaines recherches appliquées de lutte contre le vieillissement. Pour financer ces recherches, les mécanismes de contribution collective sont une solution. Et puisque ce financement permet de vivre plus longtemps en bonne santé, il diminue à terme les soins de santé de type gériatrie, il permet donc in fine de payer moins d'impôts.

Nouvelle du mois

Un des aspects les plus angoissants du vieillissement est le déclin des capacités cognitives avec l'âge. La diminution radicale de la mémoire et d'autres potentialités intellectuelles pour les victimes de la maladie d'Alzheimer est connue et étudiée. Mais une étude récente semble démontrer que, malheureusement, les capacités diminuent chez des adultes non pas encore âgés mais seulement d'âge mur. Selon une enquête durant 10 années, portant sur la mémoire, le vocabulaire et la compréhension de 7.000 hommes et femmes, fonctionnaires britanniques, dès la tranche d'âge de 45 à 49 ans, les capacités diminuent de près de 4%.

Bien sûr, et heureusement, ces diminutions de capacités sont compensées par l'expérience. Mais cela démontre, pour autant que les résultats ne soient pas biaisés par d'autres éléments, que les recherches en matière de lutte contre le vieillissement sont potentiellement utiles non seulement pour les personnes âgées mais également pour bien des hommes et des femmes qui sont encore bien loin du "troisième âge".




• Pour en savoir plus de manière générale: http://sens.org/,http://imminst.org/, http://heales.org/ et http://immortalite.org/

• Pour en savoir plus à propos du déclin des capacités cognitives dès l'âge de 45 ans : http://www.bbc.co.uk/news/health-16425522 (en anglais)
• Pour réagir ou recevoir la lettre d'information: info@heales.org
• Source de l'image: statuette dans un musée symbolisant la mort - billets et pièces islandais 

lundi 2 janvier 2012

La mort de la mort. Numéro 33. Décembre 2011.

File:Jeanne-Calment-1996.jpg
Un aspect important du problème de l'élimination du vieillissement est de donner un sens à l'énorme quantité de données que nous pouvons maintenant réunir au sujet des humains et d'autres systèmes biologiques en utilisant des outils modernes de la biologie expérimentale. Il y a plus de données disponibles que ce que l'esprit humain peut comprendre. Un logiciel d'intelligence artificielle peut voir des tendances ("patterns") dans ces données que l'esprit humain ne peut pas voir. Ceci pourrait ensuite nous aider à comprendre ce qui se passe à l'intérieur du corps lorsqu'il vieillit. Ben Goertzel, spécialiste d'intelligence artificielle, parlant dans le cadre de la préparation de la conférence d'Humanity+ à Hong Kong,  les 3 et 4 décembre 2011 (traduction).


Thème du mois : centenaires et supercentenaires

Il y a quelques décennies encore, voir une personne atteindre l'âge de 100 ans était un événement important. Aujourd'hui, des personnalités de plus en plus nombreuses atteignent âge sans que cela soit l'aspect le plus important qui est retenu d'eux.

Ainsi, au cours du mois de décembre, un acteur néerlandais très connu en Allemagne mais controversé notamment pour avoir joué à Auschwitz durant la seconde guerre mondiale, Johannes Heesters est décédé à l'âge de 108 ans. Oscar Niemeyer, le célèbre architecte brésilien vient de fêter son 104ème anniversaire le 15 décembre et annonce son intention de travailler encore.

Grâce aux progrès gigantesques en matière d'espérance de vie, le groupe des centenaires est la catégorie de population qui croit le plus rapidement dans le monde.

Les statistiques précises des femmes et des hommes qui ont dépassé le siècle ne sont pas connues dans tous les pays. Étant donné que les enregistrements de naissance étaient bien moins performants il y a un siècle qu'aujourd'hui, les données disponibles ne sont pas toujours fiables. Ainsi, il est apparu en 2010 que des centaines de citoyens japonais recensés dans les statistiques des plus âgés étaient en fait décédés. De plus, alors que les personnes d'âge mûr tendent souvent à se rajeunir, les plus âgés de nos concitoyens et plus encore leurs familles déclarent des âges plus avancés que la réalité parce que vivre très longtemps est perçu positivement et permet même une certaine célébrité. La prochaine fois que vous lirez une entrefilet de votre journal favori mentionnant le mariage d'un indien de 135 ans en pleine forme avec une jeune épouse de 35 ans, souvenez-vous qu'à ce jour, aucune personne au monde ayant affirmé avoir dépassé l'âge de 122 ans n'a pu prouver ses dires.

Mais malgré ces nuances les chiffres sont impressionnants. Par exemple, en France, le nombre de personnes ayant vécu un siècle a doublé de 1999 à 2011. Au Japon, cette progression a été encore plus rapide, le doublement intervenant de 2003 à 2009.

Même si le nombre total de centenaires dans le monde n'est pas connu avec certitude, une étude des Nations-Unies l'évalue à 90.000 en 1990 et 292.000 personnes en 2010. La majorité des aînés de la planète vivent aux États-Unis, au Japon et dans l'Union européenne. C'est chez les centenaires que la différence entre femmes et hommes est la plus spectaculaire. De 85 à 90 pour cent sont des femmes. L'âge de cent années, particulièrement pour une femme sans problème de santé née dans un pays au niveau de vie élevé n'est donc plus un phénomène improbable et le devient de moins en moins.

Tenant compte de cette "abondance" de personnes très âgées, les spécialistes du vieillissement ont été amenés à créer un nouveau terme, encore peu utilisé pour désigner ceux des centenaires qui vivent une décennie de plus et qui atteignent donc l'âge de 110 ans: les "supercentenaires".

Cette nouvelle frontière de la longévité reste à ce jour quasiment infranchissable. Parmi les centaines de milliers de centenaires vivant aujourd'hui, moins de 100, donc moins d'un sur 3.000 centenaires, ont atteint de manière certaine l'âge de 110 ans. Ce nombre d'une petite centaine semble relativement stable depuis au moins une dizaine d'années. Étant donné qu'il y a plus de centenaires aujourd'hui qu'hier, la probabilité pour un centenaire de devenir supercentenaire semble donc diminuer.

De plus, pour celles et ceux qui atteignent cet âge élevé, l'espérance de vie est courte. Il semble même y avoir ici aussi, ces dernières années, une certaine diminution. Jeanne Calment, morte à l'âge de 122 ans en 1997 fait partie d'un tout petit groupe d'une dizaine de personnes ayant dépassé l'âge de 115 ans. Mais aujourd'hui la doyenne de l'humanité, Besse Cooper, n'a "que" 115 ans.

Plusieurs éléments d'explication peuvent être apportés à ce sujet:
  • L'accident statistique: étant donné le très petit nombre de supercentenaires, les fluctuations de ce nombre ne sont pas significatives.
  • Un meilleur contrôle des informations relatives à la date de la naissance ayant pour conséquence que de moins en moins de personnes exagérant leur âge sont reprises dans les statistiques. Il est à relever qu'actuellement, en plus des supercentenaires dont l'âge a été vérifié, quelques centaines de personnes sont répertoriées comme affirmant avoir un âge de plus de 110 ans.
  • Des éléments médicaux: la frontière invisible de la vie humaine à ces âges pourrait notamment être imposée par l'amylose, maladie liée aux agrégats de molécules dans les tissus, et encore peu étudiée qui toucherait (presque?) tous les supercentenaires.
  • Une aggravation de certaines formes de pollution ayant des effets nocifs uniquement sur le très long terme. Cette hypothèse est possible entre autres pour des matières polluantes qui se combineraient progressivement dans le corps pour former des "cocktails" toxiques et aussi pour les particules fines dont la concentration et la nocivité sont croissantes ces dernières décennies. Cependant, il faut aussi rappeler que beaucoup de substances à la toxicité reconnue sont de moins en moins présentes dans l'environnement (mercure, particules radioactives, amiante,...).
Quelle que soit la raison de l'intangibilité actuelle de la limite, une chose est raisonnablement certaine. Nous savons maintenant que, combiner une bonne hygiène de vie et des conditions socio-économiques correctes ne suffit pas pour vivre au-delà de 110 ans. Seuls des progrès de la médecine pourraient permettre d'aller au-delà. Cela sera un des enjeux de ces prochaines années et décennies. Limiter puis vaincre les maladies liées aux dégénérescences intellectuelles et physiques du grand âge est un enjeu de plus en plus criant pour des millions de personnes âgées et aussi un enjeu économique pour tous.


La bonne nouvelle du mois: un président de la république en pointe dans la lutte pour une vie beaucoup plus longue

Le Kazakhstan se mobilise pour la lutte contre le vieillissement. Son président, Nursultan Nazarbayev, a déclaré à plusieurs reprises qu'il souhaitait que les scientifiques de son pays se mobilisent pour lutter pour trouver les secrets de l'immortalité. Ces déclarations expliquent qu'une conférence internationale intitulée "Regenerative medicine & Healthy aging" se soit tenue à l'université d'Astana (capitale du Kazakhstan).

Importante nuance à apporter: Le président est lui-même âgé de 70 ans et ses réélections successives à la tête de l'ancienne république soviétique se font avec des scores staliniens et sans réelle opposition autorisée. L'objectif de cette république est aussi un objectif très personnel.





• Pour en savoir plus de manière générale: http://sens.org/, http://imminst.org/, http://heales.org/ et http://immortalite.org/
• Pour en savoir plus à propos des personnes les plus âgées vivantes ou ayant vécu: http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_the_verified_oldest_people
• Pour en savoir plus sur le projet Open source de Ben Goertzel: http://opencog.org/
• A propos de la conférence au Kazakhstan: http://www.conference-rmha.com/
• Pour réagir ou recevoir la lettre d'information: info@heales.org
• Source de l'image (photo de Jeanne Calment): http://en.wikipedia.org/wiki/File:Jeanne-Calment-1996.jpg

samedi 24 décembre 2011

25.000 logements publics bruxellois en 3.600 jours (lettre bimestrielle, numéro 14). Novembre-décembre 2011.

Les accords gouvernementaux régionaux bruxellois du 12 juillet 2009 prévoient une augmentation radicale du nombre de logements publics par "une norme à atteindre dans les 10 années à venir de 15% de logements de qualité à gestion publique et à finalité sociale".

Cette lettre bimestrielle a pour objectif d'être un aiguillon pour favoriser une réalisation optimale des objectifs. Actuellement, environ 37.000 ménages sont sur les listes d'attente du logement social bruxellois.

Ceci constitue un besoin d'autant plus important que, selon les statistiques disponibles (document de Bruxelles-Environnement citant en page 73 des données d'autres organismes), le nombre de logements sociaux en région bruxelloise de décembre 2003 à décembre 2008 n'a pas augmenté, mais a diminué passant de 39.100 à 38.526.

Le calcul du nombre réel de logements à créer varie énormément selon les estimations (voir lettre de novembre 2010). La présente lettre se base sur un nombre de 25.000 logements. Dans ce nombre, il a été tenu compte des logements mis à disposition par les agences immobilières sociales (A.I.S.) même s'il ne s'agit pas au sens strict de logements à gestion publique. Par contre, il n'a pas été tenu compte des prêts de logement, car ils concernent des immeubles à gestion totalement privée.

La construction de quelques centaines de logements se termine. 316 logements sont achevés à Ixelles et 200 logements à Anderlecht. Ces 516 logements constituent, jusqu’à présent, l'avancée la plus importante de la législature en termes de création de logements à vocation sociale. Pour la première fois depuis fort longtemps, au cours des deux derniers mois, le nombre de logements publics mis à la disposition de personnes en difficulté a été égal ou supérieur au nombre de nouveaux demandeurs durant la même période. C'est donc une très bonne nouvelle sociale bruxelloise.

Par contre, malheureusement, les nouveaux chantiers actuels sont encore trop peu nombreux pour pouvoir assurer l'indispensable progression nécessaire pour répondre aux besoins. Pour que l'objectif décennal régional puisse être réalisé, un changement radical sera nécessaire vu la croissance rapide de la population bruxelloise. Donc, l'objectif de 15 % de logements publics suppose un nombre de plus en plus élevé de logements à créer. Une des pistes de solution envisagées est que les promoteurs privés mettent à disposition des opérateurs publics certains de leurs nouveaux logements. Ce mécanisme permettrait également plus de mixité sociale. Le temps presse. Pour avoir une efficacité dans un délai utile, il y aurait lieu de prévoir que des règles nouvelles à ce sujet s'appliquent aussi aux projets déjà en cours. A ce jour, aucune modification législative n'a encore, semble-t-il, été adoptée ou envisagée.

Dans les accords figure également le principe de la réaffectation de bureaux vides et de la transformation d'immeubles à l'abandon en logements à vocation sociale. Rien de concret n'a encore été réalisé jusqu’à présent alors que l'accord mentionnait explicitement le court, moyen et long terme. Cependant, des projets de transformation de bureaux en logements sont en cours de subsidiation. D'après le cabinet du Secrétaire d’État Christos Doulkeridis, 450 logements sont concernés, mais la date de finalisation des travaux est encore inconnue.

Ci-dessous, seuls les logements effectivement mis à disposition sont comptabilisés: les chantiers, projets en cours de marché public,... ne sont pas repris.

État de la réalisation des 25.000 logements en 3.600 jours (connu au 15 décembre 2011) (ce mode de calcul ne prend pas en compte les prêts sociaux):

Nombre total de logements publics nouveaux réellement créés: aux alentours de 2.000. Composé comme suit:
  • Nombre de logements publics nouveaux construits depuis le début de la législature dans le cadre du plan dit des 5000 logements: 902
  • Nombre de logements publics créés à partir de bureaux transformés: 0
  • Nombre de logements publics créés à partir de logements et autres immeubles abandonnés: 0
  • Nombre de logements publics créés par d'autres moyens (acquisitions, locations, contrats de quartier...): non connu avec précision, peut-être aux alentours de 550
  • Nombre de logements privés mis à disposition par les A.I.S.: non connu avec précision, probablement aux alentours de 700
  • (-) Suppressions de logements publics (acquisition par les locataires, destructions, transformation-rénovation de petits logements en logements plus grands mais moins nombreux...): non connu avec précision, probablement aux alentours de 100
  • Temps écoulé : 28 mois depuis les accords politiques (29 mois depuis le début de la législature)
  • Temps restant pour achever la mise à disposition des logements : 91 mois
  • Nombre total de logements publics qui, logiquement, auraient dû être créés durant le temps écoulé (sur la base de la mise à disposition de 200 logements par mois): 5.800
  • Somme minimale économisée par les autorités régionales ou locales bruxelloises aux dépens des personnes qui occuperaient les logements sur base d'un coût de 105.000 € par logement: environ 400 millions d'euros

Informations complémentaires:

- Le texte de l'accord de gouvernement 2009-2014 du 12 juillet 2009 est accessible à la page http://www.parlbruparl.irisnet.be/images/imgparl/accords2009/accordsfr.pdf.

- Un site officiel http://www.planlogement.be avait été réalisé par le Secrétariat d’État bruxellois au Logement et à l'Urbanisme durant la législature précédente. Le contenu de ce site a été supprimé et le nom de domaine est aujourd'hui en vente.

Si vous communiquez des informations pertinentes, elles seront diffusées dans la prochaine lettre.

Didier Coeurnelle, conseiller communal à Molenbeek-Saint-Jean

Source de l'image: immeuble Mirador, Madrid

mercredi 21 décembre 2011

La mort de la mort. Numéro 32. Novembre 2011.

Les études sur le vieillissement n’ont jamais été aussi dynamiques. On sait déjà multiplier par quinze l’espérance de vie d’un ver. Quelles perspectives pour l’homme? Le Monde, samedi 12 novembre 2011, supplément sciences et techniques.



Thème du mois : perception des progrès technologiques par les citoyens

Ce n'est pas du jour au lendemain que cette affection incurable qu'est le vieillissement humain se transformera en une maladie seulement mortelle si elle n'est pas soignée. Même si les progrès scientifiques continuent sans faiblir, des millions d'heures de recherche, des milliards d'euros d'investissement et des années de travail seront nécessaires.

Mais dans la perception des citoyens et même des spécialistes, certaines étapes médicales frappent plus les esprits que d'autres.

Il en alla ainsi, en décembre 1967, de la première transplantation cardiaque. C'était aussi le cas il y a déjà plus d'une décennie, du déchiffrement complet de l'ADN. Il pourrait en être ainsi de la découverte - encore à confirmer cependant - par Jean-Marc Lemaitre et son équipe de l'Institut français de génomique fonctionnelle sur la "reprogrammation" de cellules de centenaires (voir aussi ci-dessous, la bonne nouvelle du mois).

Souvent, le changement de perception est cependant progressif. Petit à petit, les témoins de l'histoire que nous sommes tous en viendront à considérer ce qui pour eux était impossible comme un progrès scientifique possible à long terme.

Pour les citoyens européens ou américains qui ont plus de 50 ans, la première fois qu'ils ont lu que nous pourrions un jour téléphoner par un appareil dans notre poche, ils ont pensé à un transmetteur de science-fiction imaginé par les créateurs de Star Trek ou encore à un appareil tellement sophistique qu'il resterait accessible seulement à quelques milliardaires. Les plus imaginatifs se sont demandés si un tel réseau nouveau ne menacerait pas les droits des citoyens à la vie privée. Mais aucun n'a envisagé qu'ils auraient en moins de 20 ans pour un prix inférieur à un mois de salaire minimum un téléphone / montre / réveil matin / calculatrice / journal / télévision / ordinateur surpuissant capable de traduire du chinois vers le japonais un plan de la ville indiquant son positionnement précis.

Alors que le "téléphone intelligent" ne coûte plus que quelques centimes par heure en terme de communication, les mêmes citoyens, lorsqu'ils doivent attendre quelques minutes pour un accès à Wikipédia seront nombreux à se plaindre d'une atteinte à leurs droits à l'information. Même les craintes affirmées de certains environnementalistes par rapport aux ondes nocives n'empêchent pas l'immense majorité des concernés d'utiliser un téléphone mobile. Chez beaucoup, il y a plus une posture intellectuelle de prudence vis-à-vis du changement qu'une réelle conviction. De gauche à droite, du nord au sud, presque tout le monde utilise un portable.

Toute avancée technologique n'est cependant pas une avancée socialement souhaitable. Ainsi, dans le domaine militaire, les développements d'armes nucléaires miniaturisées, de drones (avions sans pilote) de plus en plus autonomes et performants et de logiciels d'intelligence artificielle capables de décider la mise à mort "d'adversaires" ne seront - heureusement - considérés par l'opinion publique au mieux que comme un mal nécessaire.

Mais pour les questions de longévité, il y a une autre attitude. Pour certains, il ne s'agit plus d'empêcher des adversaires de profiter mais d'interdire à des compatriotes de vivre plus longtemps "pour leur bien" parce que c'est "contre la nature", parce qu'ils s’ennuieraient, …

Cette attitude de souhait de la mort de vieillissement est causée par de multiples éléments qui ne seront pas développés ici. Mais une raison fondamentale simple peut être synthétisée en une phrase : Tant que la mort de vieillissement est inévitable, la manière la plus efficace de ne plus la percevoir comme insoutenable, c'est de l'affirmer souhaitable".

Il y a moins de deux siècles, lorsque les enfants mouraient en masse en bas âge et que la vaccination fut inventée, des scientifiques s'opposèrent car la mort des enfants était naturelle et qu'il ne convenait pas de s'y opposer.

Aujourd'hui l'opinion publique considérerait très probablement comme criminelle une autorité réclamant le retour à une mortalité infantile de 30 %, même si c'était, par exemple au nom de la limitation de la population.

Après-demain, si les progrès médicaux se poursuivent, si des thérapies permettent de vivre beaucoup plus longtemps en bonne santé, l'opinion publique pourrait percevoir une attitude d'opposition avec, non pas de l'étonnement, mais bien de l'indignation. Les déclarations de quelques dirigeants religieux ou adeptes du "bon vieux temps" qui réclameront que les personnes âgées continuent à souffrir pourraient être considérées comme une remise en cause du droit le plus fondamental d'un être conscient : le droit à la vie. Vouloir que les personnes âgées souffrent de la maladie d'Alzheimer, d'ostéoporose, se dégradent progressivement allant péniblement, comme chantait Jacques Brel, "Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit" pourrait devenir une sorte d'appel à mauvais traitement. L'objectif civique adéquat ne serait plus de s'opposer à une vie en bonne santé beaucoup plus longue mais bien de veiller à l'accessibilité à tous.

Un des principaux moteur du changement d'attitude vis-à-vis d'une évolution est donc la perception de son accessibilité. Aller sur la lune n'est pas devenu technologiquement plus aisé lorsque Kennedy a déclaré le 12 septembre 1962 que l'objectif serait atteint mais c'était devenu psychologiquement plus réalisable (et ce fut réalisé le 20 juillet 1969).

Bien sûr, le plus important est la poursuite de recherches qui permettront à ceux qui le souhaitent de vivre beaucoup plus longtemps. Les progrès dans ce sens sont multiples et polymorphes. Mais pour que le droit à la vie des personnes avançant en âge soit demain plus un droit fondamental de l'homme qu'aujourd'hui, il faut également informer l'opinion publique des progressions médicales.


La bonne nouvelle du mois: des cellules de centenaires deviennent pluripotentes

Le professeur Lemaitre et son équipe seraient parvenus à transformer des cellules de patients âgées en cellules-souches, c'est-à-dire en cellules susceptibles de se reproduire sans limitation et potentiellement de produire des organes et tissus de toutes les parties du corps. Le patient le plus âgé dont les cellules ont été "régénérées" avait plus de 100 ans.

Le résultat aurait été obtenu en injectant dans les cellules de ces personnes âgées un "cocktail" de six gènes. En conséquence, les cellules n'auraient plus de marqueurs visibles de vieillissement.

L'article intégral relatif à cette expérience n'est pas encore disponible en ligne de manière publique.


• Pour en savoir plus de manière générale: http://sens.org/, http://imminst.org/,
http://heales.org/ et http://immortalite.org/
• L'étude du professeur Lemaitre est intitulée Rejuvenating senescent and centenarian human cells by reprogramming through the pluripotent state. Elle sera accessible à partir de la page http://genesdev.cshlp.org/content/future/25/21. Voir aussi notamment un article de vulgarisation émettant certains doutes: http://www.journaldelascience.fr/biologie/articles/des-chercheurs-auraient-reussi-rajeunir-des-cellules-de-centenaires-2375.
• Pour réagir ou recevoir la lettre d'information: info@heales.org
• Source de l'image: http://www.flickr.com/photos/saroy/3738716341/sizes/m/in/photostream/