dimanche 2 août 2015

La mort de la mort. Lettre de juillet 2015. Numéro 76.

La mort de la mort. Lettre de juillet 2015. Numéro 76. 

Lors d'une séance de questions-réponses, le cosmologiste britannique Stephen Hawking demanda à Mark Zuckerberg, dirigeant-fondateur de Facebook quels étaient les plus grands mystères scientifiques pour lesquelles il souhaitait une réponse. Parmi les questions que se pose le fondateur du plus grand réseau social de l'histoire de l'humanité, il y avait "Comment guérir toutes les maladies ?" et "Qu'est-ce qui pourrait nous permettre de vivre toujours?"

Thème du mois: Nématodes et drosophiles,
les champions de la longévité élastique.

Le nématode Caenorhabditis elegans, généralement désigné par l'abréviation C. Elegans, est un ver minuscule, d'un millimètre de long, abondamment étudié en laboratoire depuis une cinquantaine d'années. C'est probablement l'être vivant dont la physiologie et les caractéristiques sont le mieux compris au monde, grâce à sa simplicité et grâce au nombre énorme d'études à son sujet. Nous savons par exemple que le nombre de noyaux cellulaires et le nombre de neurones sont fixes. Un ver adulte est composé de 959 cellules dont 302 neurones. Malgré la taille minuscule du système nerveux, 300 millions de fois plus réduit que le nôtre, l'animal est capable d'apprendre et donc de mémoriser. Il s'agit de la mémorisation de choix simples (par exemple aller à droite ou à gauche pour éviter un choc électrique).

C. Elegans, dont la durée de vie normale, n'est que de trois semaines environ, est également l'animal dont la durée de vie a pu (proportionnellement) le plus être modifiée par des interventions humaines. Bien des moyens ont été testés: la température, la restriction calorique, l'injection de produits, la sélection et les modifications génétique, ...

Les drosophiles, aussi appelées familièrement mouches du vinaigre, sont des petits insectes présents dans presque toutes les régions de la planète. Il existe de nombreuses espèces et la plus étudiée est la drosophile melanogaster. Comme C. Elegans, sa durée de vie est très courte (30 jours), sa taille est très petite  (environ trois millimètres de long) et son élevage en laboratoire est d'une grande simplicité. Comme pour C. Elegans, un des sujets d'étude concerne les méthodes pour allonger "artificiellement" la durée de sa vie.

Un autre point commun de C. Elegans et de la drosophile melanogaster est que leurs génomes ont été séquencés avant celui de l'être humain, respectivement en 1998 et en 2000. Les deux génomes sont fort éloignés du génome humain, mais le génome de la drosophile a quand même plus de 50 % en commun avec celui de l'auteur de ces lignes.

Une différence entre les deux espèces est l'ampleur de l'allongement de la durée de vie suite à une intervention humaine. Pour C. Elegans, la combinaison de divers traitements a permis d'obtenir jusqu'à une durée de vie au moins sept fois plus longue que la durée naturelle. Pour les drosophiles, les traitements aboutissent à une augmentation moindre de leur brève existence.

Lors d'une expérience, la durée de vie des vers était même prolongée en ne les nourrissant pas du tout! Il va de soi que cette restriction calorique extrême n'est efficace que pour des êtres vivants très éloignés de l'espèce humaine. Cela ne fonctionne d'ailleurs pas pour les drosophiles.

Les recherches en matière de longévité pour ces deux espèces illustrent un point qui rend la recherche en matière de longévité accrue particulièrement complexe chez l'être humain. Apparemment, plus un animal est complexe, plus il est difficile d'influer sur sa durée de vie.

Les recherches sur les vers et les drosophiles sont donc utiles pour ouvrir des pistes, réaliser des expérimentations rapides, comprendre mieux des mécanismes de sénescence. Par contre, pour progresser fortement pour la longévité humaine, il faudra continuer poursuivre les recherches sur les mammifères et sur nous-mêmes que ce soit en laboratoire, par l'observation statistique et, de plus en plus, par des modèles informatiques mimant les réalités biologiques.

La bonne nouvelle du mois : Organisation d'un concours pour le meilleur court-métrage en faveur de la longévité

Heales (Healthy Life extension Society) et l'International Longevity Alliance (ILA) organisent un concours. Les artistes, citoyens, promoteurs de la longévité sont invités à réaliser une vidéo d'une durée minimale de 60 secondes et maximale de 10 minutes. Il peut s'agir d'une animation, d'un film, d'une succession de photos sous forme d'une histoire, d'un récit, de science, de fiction ou de science-fiction,...

Voulez-vous atteindre l'immortalité en devenant célèbre ou en évitant la mort ? En prenant part à cette compétition, vous aurez une petite chance de contribuer aux deux!

Vous avez jusqu'au 21 septembre 2015 pour concourir. Un jury international désignera les trois lauréats. Le premier prix est de 3.000 euros.

Pour en savoir plus:

·       De manière générale, voir notamment: heales.orgsens.org et longecity.org
·       A propos du prix pour le meilleur court-métrage de promotion de la longévité (en anglais): www.heales.org/nhs/images/ShortMovie2015Compet.pdf
·       A propos de C. elegans en laboratoire (en anglais): www.youtube.com/watch?v=zc1P7lGSzdU
·       A propos de la drosophile en laboratoire (en anglais): www.youtube.com/watch?v=ePBghFrPb7Y

mercredi 1 juillet 2015

La mort de la mort. Lettre de juin 2015. Numéro 75.

(...) Rien n'a été découvert en biologie qui indique l'inéluctabilité de la mort. Cela suggère pour moi qu'elle n'est pas du tout inévitable et que c'est seulement une question de temps avant que les biologistes découvrent ce qu'est la cause du problème et que cette maladie universelle et terrible ou cette "temporarité" du corps humain sera guérie. Richard Phillips Feynman Prix Nobel de physique de 1965 (1918-1988) (traduction)



Thème du mois: À la recherche de termes adéquats pour désigner les personnes pour et contre une longévité accrue


L'immense majorité des citoyens souhaite une vie en bonne santé la plus longue possible,

Cependant, l'immense majorité des citoyens passe peu de temps à s'interroger ou à agir sur les moyens de vivre nettement plus longtemps, que ce soit en prenant des mesures pour sa santé ou en se mobilisant pour la recherche.

Dans ce domaine comme dans d'autres, une mort, c'est un drame, mille morts c'est une statistique. Qu'une personne que nous connaissons meurt de vieillesse, cela nous émeut, que 110.000 personnes meurent de maladies liées au vieillissement chaque jour, c'est la banalité du quotidien.

Aujourd'hui, malgré les progrès médicaux, aucun terme courant ne désigne ceux qui militent pour des progrès médicaux et scientifiques permettant une vie en bonne santé beaucoup plus longue. Il n'y a pas non plus de terme pour définir ceux qui s'y opposent, à savoir les philosophes et éthiciens qui considèrent que la durée de vie actuelle est globalement satisfaisante. Les lignes suivantes envisageront quelques hypothèses

Termes utilisés pour désigner les personnes qui veulent permettre une vie en bonne santé beaucoup plus longue à ceux qui le souhaitent

Les immortalistes.

Le terme est provocateur et commode. Que cherchent à éviter, presqu'en toute circonstance, l'être humain et aussi l'animal? C'est la mort, de quelque source qu'elle soit. Cependant, le mot immortalité désigne l'invincibilité, l'impossibilité de mourir. Ce n'est ni possible ni souhaitable. Ce n'est pas possible parce que, dans un futur prévisible, nous resterons susceptibles de mourir que ce soit de maladies non encore connues, d'accidents, de suites d'une catastrophe ou pour une autre raison. Ce n'est pas souhaitable parce que vivre est un droit, pas une obligation. Un monde dans lequel il ne serait pas possible de mourir pourrait être totalement insoutenable pour certains.

Enfin, le terme a une signification religieuse forte. C'est la promesse d'une éternité après le décès qui concerne de nombreux courants religieux à commencer par les chrétiens et les musulmans.

Pour s'en distinguer, des spécialistes parlent "d'immortalité biologique". Ce terme est déjà utilisé pour définir la situation des (très rares) êtres vivants qui ne se dégradent pas irrémédiablement suite à leur avancée en âge. Il exprime aussi l'objectif de certaines personnes: la fin de sénescence humaine. .

Amortalistes

Le terme amortalité est un néologisme encore assez peu utilisé. Il pourrait désigner les êtres vivants d'aujourd'hui et les femmes et les hommes d'après-demain pouvant vivre sans vieillissement et donc sans limitation de durée mais pour qui subsiste un risque de mortalité par accident, décès volontaire, violence,.... Aujourd'hui cette amortalité signifierait la fin d'environ 70 % des décès dans le monde et de près de 90 % de la mortalité dans l'Union européenne. Bref, nous ne mourrions plus de vieillesse, mais nous courrions encore le risque d'être écrasés par un véhicule, par exemple. "Mourir oui, mais plus de mort lente" pour paraphraser et contredire Georges Brassens.

Longévitistes ou prolongévitistes

Le terme longévité désigne bien la perspective de l'écoulement du temps sans la dégradation qui y est aujourd'hui liée. L'ajout du préfixe "pro" rend l'objectif encore plus compréhensible. Les citoyens concernés pourraient se définir comme membres d'un mouvement longévitiste ou prolongévitiste.

Enfin, d'autres termes sont parfois proposés, mais ils ne sont pas souvent utilisés: anti-âge (surtout utilisés pour des produits), antivieillissement, "mélioriste" (pour améliorer l'homme) et "augmenteur"  (du terme "augmentation", proche de l'anglais "enhancement").

Dans la suite de cette lettre, c'est le mot "longévitiste" qui sera utilisé.

Termes utilisés pour les personnes qui refusent une vie en bonne santé beaucoup plus longue (pour eux-mêmes voire même pour ceux qui le souhaitent)

Il n'y a pas de terme par lequel les opposants à la longévité en bonne santé accrue se définissent systématiquement. Cependant, certains termes sont utilisés, principalement par les longévitistes.

Mortalistes

Les longévitistes anglo-saxons utilisent parfois un terme peu amène pour désigner leurs détracteurs: "deathist" que l'on pourrait traduire par "mortaliste". Le terme peut a priori paraitre excessif.

Il y a en effet parmi les opposants, certains qui estiment d'abord que lutter contre les maladies liées au vieillissement est impossible et donc "utopique" au sens commun du terme. Ils estiment que l'objectif est inatteignable. Dans ce cadre, les opposants ne sont pas "mortalistes" mais suivent simplement leur perception de ce qui est possible.

Mais d'autres opposants aux progrès médicaux (ou parfois les mêmes) se prononcent clairement contre le développement de solutions pour vivre plus longtemps, même si cela devient médicalement possible. Ils considèrent par exemple que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue au-delà d'un certain âge ou ils estiment qu'il y a une sorte de "devoir de mourir" par  "solidarité avec les jeunes".

Autres termes

Les anglophones utilisent assez souvent le terme "ageism" qui est traduit en français par "âgisme". Il désigne les discriminations à l'égard des personnes âgées dont le souhait de ne pas allonger la vie "inutilement" ou "de manière contre-nature" peut faire partie. Le terme bioconservateur est aussi parfois utilisé ainsi que le mot "apologiste" (pour désigner ceux qui font l'apologie du monde tel qu'il est, un monde où la durée de vie "naturelle" ne doit pas être augmentée).

L'avenir nous dira si un terme sera intégré au vocabulaire français ou si l'évolution vers la longévité se fera sans trop de heurts. Après tout, il y a eu des opposants à toutes les grandes progressions technologiques, pour de bonnes et de mauvaises raisons, mais l'histoire n'a pas toujours gardé leurs noms. Ainsi il n'y a pas ou plus de terme pour désigner les opposants à l'hygiène médicale, à l'anesthésie et aux transfusions sanguines.


La bonne nouvelle du mois : Essai clinique d'un produit luttant contre le vieillissement envisagé avec les autorités fédérales aux États-Unis.


Une équipe de chercheurs dont le professeur Nir Barzilai de l'Albert Einstein College of medecine de New-York et le gérontologue renommé Jay Olshansky a proposé à la "Food and Drug Administration" américaine (FDA) de tester durant 5 à 7 années l'utilisation de metformine pour trois mille patients âgés. L'expérience appelée "TAME Study" concernerait des personnes se trouvant  dans des groupes à risque ou souffrant de maladies liées à l'âge. L'objectif est de vérifier si ce produit a un impact positif pour réduire plusieurs maladies et diminuer les processus du vieillissement dans leur ensemble.

La presse anglo-saxonne et francophone ne s'y est pas trompé. Par exemple, Le Soir, quotidien belge francophone de référence, a titré "Vieillir, bientôt une maladie?". La puissante autorité américaine n'a pas encore décidé. Quel que soit le résultat, l'impact est déjà positif dans l'opinion publique. De plus en plus, la vieillesse n'est plus seulement un naufrage (pour reprendre une phrase du général de Gaulle), c'est aussi une maladie dont on ne guérit pas encore mais qui se soigne.



Pour en savoir plus:

·    De manière générale, voir notamment:
heales.orgsens.org et longecity.org
·    A propos du projet d'étude TAME, voir notamment healthspancampaign.org/2015/04/28/dr-nir-barzilai-on-the-tame-study
·    Source de la citation de Richard Feynman: mxplx.com/meme/176/

samedi 30 mai 2015

La mort de la mort. Lettre de mai 2015. Numéro 74.


Il n'y a pas de ligne d'arrivée dans le travail de la science. Nous sommes toujours en train de courir. Le travail urgent est de donner à espérer et à répondre à ces nombreuses prières, de chercher un jour où des mots comme "terminal "et "incurable" seront potentiellement à la retraite de notre vocabulaire. Déclaration du président Barack Obama le 9 mars 2009, à la Maison Blanche, lors de la signature du décret "Éliminer les obstacles à la responsabilité de la recherche scientifique impliquant des cellules souches humaines", signature qui actait la levée de l'interdiction de l'administration Bush pour de telles recherches.


Thème du mois: Principe de prudence, principe de précaution, principe de proaction en matière de santé

Cette lettre n'approche la problématique liée au principe de prudence, de précaution ou de proaction que dans le domaine de la santé et non pas pour ce qui concerne les questions relatives à l'environnement.

En cette année 2015, la durée moyenne d'une vie d'un citoyen du monde est d'environ 70 ans, celle d'un citoyen français, belge ou canadien d'environ 80 ans. Nous savons, même si cela n'est pas toujours avec certitude, que certains comportements, certaines activités, certaines consommations ont des effets sur la durée et sur la qualité de la vie.

Certains actes sont interdits, limités ou découragés par les spécialistes médicaux ou par les autorités publiques. C'est ce qui se rapproche le plus du principe de précaution au sens traditionnel du terme. Par exemple:

  • Ne pas absorber certaines substances: tabac, alcool, autres drogues, aliments et additifs cancérigènes ou toxiques, ...
  • Ne pas commettre certains actes dangereux; circulation automobile trop rapide, baignade dans des lieux non-sécurisés, sortie dans un lieu arboré en cas de tempête, ...
  • Ne pas utiliser certains objets: appareils électriques non sécurisés, objets produisant des rayonnements dangereux...
Mais il est d'autres comportements nombreux qui correspondent aussi au principe de précaution mais qui sont positifs. Ainsi:

  • Le port de la ceinture de sécurité et l'utilisation de nombreux équipements de protection des personnes: airbags dans les voitures, casques pour les motocyclistes, balises dans les voiliers de plaisance, alarmes-incendies,...
  • La vaccination contre certaines maladies, défense à la fois des individus mais aussi de la collectivité; cette défense a été globalement tellement efficace que beaucoup de citoyens s'inquiètent de rares effets secondaires sans plus percevoir les conséquences positives de l'éradication de maladies souvent mortelles
Il est même certaines mesures "positives" obligatoires dont l'objectif principal n'est pas la sauvegarde des personnes directement concernées mais bien la sauvegarde de la collectivité. Les "boîtes noires" (en fait rouges) des avions de ligne ne servent pas à la sécurité des passagers eux-mêmes, mais bien à déterminer la cause d'un éventuel accident ce qui peut ultérieurement aider à sauver la vie d'autres passagers  (outre les aspects de détermination des responsabilités).

Nous ne percevons généralement plus ces obligations comme intrusives. Cependant lorsqu'elles ont été édictées, elles n'allaient pas de soi. Chaque jour, elles sauvent des vies, tellement de vies, que les décès dus à d'autres causes que le vieillissement sont de plus en plus exceptionnels.

Pour vivre encore plus longtemps et en meilleure santé, nous appliquons aujourd'hui de plus en plus efficacement  le principe de prudence et de précaution, entendu dans le sens étroit de l'interdiction. Nous prohibons assez rapidement tout ce qui semble néfaste à la santé aux personnes faibles dont les personnes âgées. C'est encore insuffisant en ce qui concerne les pollutions atmosphériques dues aux particules fines. C'est par contre fort bien fait et fort efficace dans d'autres domaines, notamment pour l'alimentation.

Mais pour aller plus loin, pour faire gagner aux octogénaires, aux nonagénaires et aux centenaires d'ici et d'ailleurs beaucoup d'années de vie en bonne santé, le principe de précaution doit comprendre beaucoup plus d'actions positives, beaucoup plus de recherches dans le domaine des produits, des cellules-souches, des thérapies géniques pour pouvoir préserver de mieux en mieux du temps. Par exemple le fait que la directive REACH protège de nouveaux produits nocifs est extrêmement utile, mais pourquoi une directive n'obligerait-t-elle pas aussi à faire connaitre tout produit ayant un impact potentiellement positif pour la longévité?

Certains se diront qu'aller plus loin est artificiel. Ils ont raison, il est artificiel. Comme presque toute la médecine préventive et proactive de l'aspirine aux greffes en passant par les vaccinations, l'anesthésie et la naissance sans douleur. Ce n'est artificiel que depuis à peine deux siècles, pour la première fois de l'histoire de l'humanité, la majorité des enfants vivent jusqu'à l'âge adulte. Il est artificiel de remplir le corps d'un enfant, qui allait mourir naturellement, d'un sang étranger stocké dans un environnement artificiel, sang pris du corps d'une personne qui ne le connait même pas.  

Adieu mort des enfants, poux du pubis, ténias, peste, choléra et variole qui nous aviez fidèlement accompagné durant trois cent mille ans. Et un jour peut-être également adieu aux maladies d'Alzheimer et de Parkinson, aux maladies cardio-vasculaires et aux cancers que nous n'avions eu le temps de vraiment connaître que depuis quelques millénaires parce qu'avant presque personne ne mourrait des suites d'une vieillesse avancée.

Adieu, sauf pour ceux qui le souhaitent bien sûr. Le droit au bonheur et au bien-être ne doit pas devenir une obligation au bonheur et au bien-être.

La bonne nouvelle du mois : Livre "de cuisine" pour la longévité


Les mouvements en faveur de la longévité se multiplient, s'intensifient et se diversifient. Maria Konovalenko, une chercheuse enthousiaste et dynamique a lancé une campagne de financement participatif (crowdfunding) pour un "Longevity cookbook", un livre de cuisine pour la longévité qui abordera toutes les méthodes pour gagner en longévité depuis l'alimentation (bien sûr) jusqu'aux recherches scientifiques les plus en pointe.

La campagne a déjà le soutien de personnalités aussi diverses que le disc-jockey et producteur américain Steve Aoki et Brian Kennedy, président du Buck Institute for Research on Aging. Maintenant, c'est à vous de les imiter si vous le souhaitez!


Pour en savoir plus:

·    De manière générale, voir notamment:
heales.orgsens.org et longecity.org
·    Le principe de précaution notamment dans le domaine de la santé: en.wikipedia.org/wiki/Precautionary_principle
·    Le financement participatif du Longevity Cookbook: www.indiegogo.com/projects/longevity-cookbook#/story

vendredi 1 mai 2015

Plaidoyer progressiste et technoprogressiste du 1er mai 2015 Pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue pour tous


Depuis le 1er mai 2014, l'espérance de vie en bonne santé a augmenté de près d'un trimestre dans le monde. La durée moyenne de la vie des hommes et des femmes en France et en Belgique est de plus de 80 ans. Dans le monde, des millions de citoyens qui seraient morts au cours des douze derniers mois sans progrès de santé et croissance technologique coulent aujourd'hui des jours relativement paisibles.

Jusqu'à la première moitié du siècle passé au moins, le désir de progrès technique et le désir d'égalité sociale étaient liés. La gauche rêvait de lendemains qui chantent. Ces lendemains étaient faits de plus d'égalité, de plus de biens et d'un monde plus facile à vivre matériellement et technologiquement.

Aujourd'hui, malheureusement, les progressistes ne rêvent plus guère de progrès technique, sauf dans une certaine mesure pour les énergies renouvelables. C'est probablement dû au traumatisme de l'échec de l'Union soviétique qui se réclamait du communisme et du progrès technique. Par ailleurs, le développement des pollutions et le réchauffement climatique ont mené beaucoup de progressistes à vouloir "renverser la vapeur" là où il fallait plutôt la purifier et donc l'orienter autrement. Il y a enfin la peur que les progrès augmentent les inégalités.

Pourtant, contrairement à ce que beaucoup pensent, l'accélération du bien-être est plus grande dans les pays du Sud qu'au Nord. La mortalité infantile qui était une source majeure de décès poursuit sa diminution. La pauvreté multidimensionnelle décroît.

Dans ce cadre de progrès humains globaux sans équivalent dans l'histoire de l'humanité, le téléphone mobile est passé en moins d'une génération du statut de bien de luxe à celui d'outil utilisé par la majorité des citoyens du monde. Près de deux milliards de personnes dans le monde sont connectées de manière mobile. Bien avant la fin de cette décennie, la majorité des citoyens devrait avoir un accès mobile à internet. Une part énorme des connaissances collectives universelles sera accessible à une large majorité. Ceci pourra se faire presque sans coût et sans discrimination, surtout si les progressistes se mobilisent en faveur de progrès techniques pour tous.

Dans les développements à court et moyen terme, les (techno)progressistes pourraient exiger que chaque citoyen ait droit à un téléphone dit intelligent (avec des rayonnements faibles, mais avec des accès forts à des services collectifs). Ils pourraient proposer que Google et Wikipédia fonctionnent comme des services publics de plus en plus développés.

Ils devraient également réfléchir à l'impact de la robotisation et des imprimantes 3 D en termes d'accessibilité et de diffusion de biens. Des emplois fastidieux en moins, c'est, dans un monde technoprogressiste, une réduction généralisée du temps de travail possible et une incitation supplémentaire à octroyer un revenu inconditionnel à chaque citoyen.

Une gauche proactive devrait exiger des investissements publics importants pour permettre à tous de vivre mieux et plus longtemps. Aujourd'hui les différences entre espérances de vie au Sud et au Nord s'amenuisent. Mais si les résultats des recherches pour une meilleure santé et une vie plus longue ne sont pas publics, les progrès seront d'abord réservés aux plus aisés, seuls capables de s'offrir les soins et de vivre là où la pollution et les particules fines sont moindres.

En 2015, les investissements publics en faveur de la longévité sont limités alors que Google et d'autres sociétés placent des sommes importantes et engagent des chercheurs renommés dans ce domaine. Cela crée un risque de renforcement des inégalités.

Chaque centime de financement public utilisé avec succès pour des progrès médicaux contre les maladies liées au vieillissement peut bénéficier un jour à toute personne âgée. C'est l'investissement collectif le plus solidaire imaginable actuellement, un bénéfice potentiel pour des milliards d'êtres humains sans distinction de nationalité, d'origine, de capacité financière,...

Une gauche favorable aux progrès devrait donc exiger des avancées technologiques collectives beaucoup plus rapides dans les domaines de la recherche médicale.

Il est vrai que ces progressions gigantesques ne résolvent pas (encore?) tous les problèmes de bien-être. En effet, l'abondance est un instrument insuffisant pour permettre le bonheur de tous. De plus, au-delà d'un certain niveau de confort matériel, la perception du bien-être se fait surtout par comparaison avec le niveau matériel des autres, lequel progresse aussi. Il restera donc un jour à la gauche (et pas qu'à elle) à découvrir comment augmenter le bonheur dans une économie d'abondance où le lait et le miel couleront tellement à flot pour tous que cela ne suffira plus à nous satisfaire.

Pourquoi encore la gauche doit-elle être technoprogressiste? Pour développer l'égalité (radicale) du futur dans un monde où le travail tel que nous le connaissons sera de moins en moins nécessaire. Mais aussi parce que les progressions technologiques comprennent des risques immenses dans les développements contemporains (pollutions, effets de serre, risques pour la vie privée,...) et dans les développements à moyen terme. Ces risques à moyen terme, beaucoup moins souvent abordés, sont des risques existentiels liés à la maîtrise de plus en plus absolue de la structure du vivant, de la matière et surtout liés à une intelligence artificielle incontrôlée. Et le principe de précaution dans une société évoluant, ce n'est pas toujours arrêter les modifications technologiques, cela peut-être au contraire les accélérer pour sauver des vies et diminuer des risques.

Pour que le progrès technique ait le plus de chance d'être aussi un progrès tout court, pour que les lendemains extraordinaires soient aussi des lendemains qui chantent, un des éléments favorables est une gauche proactive, capable de faire primer paix, égalité, justice et souci du bien commun sur les intérêts financiers et matériels à court terme. Peu de politiques de gauche semblent l’avoir compris.

Il faut penser globalement pour agir localement. Il faut aussi penser à long terme pour agir à court terme. La question n'est plus de savoir si les progressions technologiques vont permettre une vie beaucoup plus longue en bonne santé, mais de réfléchir collectivement aux conséquences, de permettre à tous ceux qui le souhaitent de vivre plus longtemps et de maîtriser les risques. La science-fiction d'aujourd'hui, rêve ou cauchemar, voire plus probablement rêve et cauchemar, ne sera pas seulement la réalité de nos enfants, c'est aussi la nôtre.






Réactions: didier.coeurnelle@gmail.com



jeudi 30 avril 2015

La mort de la mort. Lettre d'avril 2015. Numéro 73.

Robin Li (dirigeant de Baidu, Chine): Comment souhaitez-vous que l'on se souvienne de vous dans cent ans: Comme le fondateur de Microsoft ou comme un philanthrope? Bill Gates: Et bien, dans cent ans, j'espère être encore vivant ! Forum de Bo'ao, 29 mars 2015 (traduction).

Bill Maris (dirigeant de Google Ventures): Si vous me demandez aujourd'hui si c'est possible d'atteindre l'âge de 500 ans, la réponse est oui. Journal Bloomberg, 9 mars 2015 (traduction).

Thème du mois: Homéostasies, équilibres et cycles de vie


Nous ne savons pas avec certitude comment s'est créé la première entité, la première vie. Nous ignorons si cet évènement fut unique ou s'il y eut plusieurs êtres originels. A ce jour, nous ne sommes pas parvenus à reproduire cette création et, pour autant que nous sachions, aucune vie n'apparait plus par "génération spontanée". En vérité, nous ne savons même pas si la vie est apparue ici ou si elle fut importée d'ailleurs (théorie de la panspermie). Une conception religieuse est aussi possible, mais c'est un débat qui ne sera pas abordé ici.

Ce qui est raisonnablement certain, c'est qu'au commencement de la vie, il y eut, notamment la membrane. Une première frontière, d'une fragilité infinie, qui se créa entre l'interne et l'externe. Sans elle, avant elle, il n'y avait pas véritablement d'entité. Même le code génétique pourrait lui être postérieur.

Entre 3.500 et 3.800 millions d'années plus tard, les frontières se sont épaissies. Les quelques microns de matière, les assemblages fragiles de molécules qui permettaient une aube de séparation ont été complétés. Aujourd'hui, les milliers de milliards de cellules qui nous composent ont généralement conservé leur membrane. Et les êtres multicellulaires que nous sommes ont créé leurs propres frontières nous séparant de l'espace extérieur, frontières bien plus épaisses et bien plus complexes. La peau d'une personne adulte représente près de deux mètres carrés.

La séparation entre l'intérieur et l'extérieur est indispensable à la vie telle que nous la connaissons. Chaque seconde de l'existence d'une entité, un équilibre doit être conservé, c'est l'homéostasie. Plus l'être vivant est complexe, plus l'homéostasie comportera d'éléments: acidité, type d'ions, ensemble des composants chimiques, des fluides, température, échanges énergétiques,...

L'être vivant cellulaire, même le plus simple, procède pour cela constamment à des échanges avec le milieu extérieur, échanges qui ont pour effet de maintenir l'harmonie interne. C'est une différence fondamentale entre le vivant et l'inanimé. Le vivant s'entretient, se répare. L'inanimé, s'abime. Pour ce qui concerne tout objet complexe non vivant, qu'il soit naturel ou construit, du fait de l'écoulement du temps, l'usure finira toujours, progressivement, par le détruire. Tout appareillage, même très simple, finira par se gripper car rien ne permet l'auto-entretien. Par contre, l'usure puis la mort d'un organisme n'est pas nécessairement due à un mécanisme interne. Ce qui permet l'homéostasie permet théoriquement un équilibre sans fin.

A tous les niveaux de la vie, l'homéostasie, c'est la confrontation entre des mécanismes de dégradation, de dégénération et des processus de reconstitution, de régénération. 

La stabilité ne sera fondamentalement rompue que dans deux cas: la reproduction et la mort. La reproduction est indispensable au développement et à la propagation de la vie telle que nous la connaissons. Par contre, la mort, particulièrement la mort de vieillissement, n'est pas à proprement parler indispensable. La mort peut n'exister que comme conséquence indirecte de la reproduction, parce qu'une population d'êtres vivants si elle grandit finit toujours par épuiser les ressources. Mais cette mort ne vient pas nécessairement du simple écoulement du temps.

Nous savons peu de choses de la majorité de l'histoire de la vie car les êtres qui peuplaient le monde étaient de toute petite taille et de structure fragile. Il semble cependant que durant la majorité de cette histoire, durant les premiers milliards d'années, les êtres simples qui occupaient la planète ne mouraient pas de vieillesse. Placé dans des circonstances favorables, l'homéostasie était sans limite de temps. La cellule vivait "tranquillement" jusqu'à sa division.

Nous pourrions imaginer des êtres vivants complexes pour lesquels l'homéostasie serait également sans limite de temps. La sélection naturelle ne permet pas cet équilibre pour des raisons qui ont été expliquées dans la 
lettre d'information de juillet 2011. Ces mécanismes sont très probablement universels chez les vertébrés. Mais il n'est pas correct de dire que la vie est nécessairement un cycle de vie et de mort marqué par un espace donné de temps. Ce que la nature a permis pendant des milliards d'années à l'échelon cellulaire et ce que la nature permet pour certains végétaux (en tout cas pour des milliers d'années) pourrait être un jour permis à l'échelon d'un être humain en dynamisant des processus d'équilibre. En d'autres mots, le fait que l'être humain est biologique et non inanimé favorise sa longévité.


La nouvelle du mois : thérapie génique expérimentée sur des embryons humains

Lors d'une expérience réalisée en Chine, des embryons humains ont été modifiés génétiquement. Les embryons ont ensuite été détruits. Les modifications génétiques réalisées sont cependant relativement imprécises. Malgré les progrès technologiques et médicaux, il n'est pas encore possible de réaliser une modification en un lieu précis du génome qui soit un succès à chaque tentative. 

Cette progression est une bonne nouvelle car elle est un pas dans la connaissance pour des modifications génétiques à portée thérapeutique sur des êtres humains. Mais des questions éthiques multiples se posent. De plus, ce qui est le plus souhaitable en ce début du XXIe siècle, ce n'est pas tant de transformer les femmes et les hommes du futur, nos descendants, que de permettre autant que possible et dans un avenir le plus raisonnable possible, d'allonger la durée de vie en bonne santé des citoyens déjà nés qui le souhaitent.

Pour en savoir plus:

·    De manière générale, voir notamment:
heales.orgsens.org et longecity.org
·    Interview de Bill Gates www.youtube.com/watch?v=NG0ZjUfOBUs (13 m 40)
·    Homéostasie humaine: en.wikipedia.org/wiki/Human_homeostasis
·    Thérapie génique sur des embryons humains: www.nature.com/news/chinese-scientists-genetically-modify-human-embryos-1.17378
·    Source de l'image: