samedi 3 août 2013

La mort de la mort. Lettre de juillet 2013. Numéro 52.


Telle est la nature humaine, que si nous étions tous frappés à la tête avec une batte de baseball une fois par semaine, les philosophes découvriraient bientôt les nombreux avantages étonnants de recevoir un choc violent chaque semaine. Cela nous durcit, nous rend moins craintifs vis-à-vis des douleurs, rend les jours sans coup plus doux. Pourtant, si les gens ne sont pas actuellement frappés, ils ne souhaitent pas l'être. La littérature moderne sur la mort et les perspectives pour l'extension radicale de la vie grâce à la science médicale sont écrites essentiellement par des auteurs qui s'attendent à mourir. C'est pour cela que les fruits de leurs réflexions sont si aigres. Extrait de la lettre "Fight aging", 3 juillet 2013 (traduction).



Thème du mois: les pistes de traitement de la maladie d'Alzheimer



En 2013, en Europe comme dans la plupart des pays du monde, la première cause de mortalité, ce sont les maladies liées au vieillissement. Ceci est vrai même dans des pays encore très pauvres comme le Bangladesh où l'espérance de vie progresse actuellement de près de six mois par année.

Parmi les maladies liées au vieillissement, une des plus terribles est la maladie d'Alzheimer. Son développement est lent, elle détruit petit à petit ce que nous avons de plus précieux, notre conscience d'être et elle touche, par-delà les victimes directes, des millions d'époux, d'enfants, de membres de la famille qui tentent de venir en aide aux personnes en déclin.

Ce mal insidieux touche de plus en plus de femmes et d'hommes, à mesure de l'avancée en âge. Faire des progrès dans ce domaine, c'est donc de plus en plus, faire des progrès pour tous : pour nos parents, pour nos enfants et  pour nous-mêmes. Mais, à ce jour, c'est le domaine médical important où les progressions sont les moins rapides. Aucun traitement ne permet d'arrêter le développement de la maladie ni même de le ralentir fortement.

La présente lettre est consacrée aux moyens d'attaquer ce mal qui, jusqu’à l’heure actuelle, est resté invaincu.

Compréhension de la maladie
Même s'il reste des zones d'ombre, le développement de la maladie est assez bien connu. Il y a deux aspects majeurs: la formation de "plaques amyloïdes" et la dégradation de cellules nerveuses suite à des accumulations de protéines, nommées protéines tau. Lorsque la maladie atteint des stades avancés, la taille du cerveau diminue, le cerveau se contracte. Le pourcentage de personnes touchées atteint au moins un tiers, probablement jusque 50 % des individus, peut-être même plus, parmi ceux qui dépassent l'âge de 85 ans. La part génétique dans l'apparition de la maladie est faible, sauf pour un petit nombre de malades. Il ne s'agit donc pas d'une affection qui frappe systématiquement certaines familles ou certains groupes. Selon certains, la maladie touche plus les femmes que les hommes, mais il se pourrait que ce soit uniquement parce qu'il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes qui atteignent un âge très avancé (plus de 80 % des centenaires sont des femmes).

Des champs d'ombre à la compréhension de la maladie subsistent cependant. Il arrive que des personnes qui présentent les signes extérieurs de la maladie aient un cerveau qui semble intact. Inversement, il se peut que des personnes ayant un cerveau assez fortement atteint, conservent des capacités de raisonnement normales jusqu'à leur décès, en particulier des personnes ayant un haut niveau d'éducation. Les zones d'ombre sont aussi des pistes d'espoir, car elles prouvent que le cerveau a parfois des capacités énormes de récupération ou de compensation.

En laboratoire, on élève des souris atteintes d'une affection génétique proche de la maladie d'Alzheimer. Des troubles cognitifs sont observés, similaires à ceux des êtres humains. Il est possible de tester l’amoindrissement de la capacité de mémorisation et l'évolution de ces capacités. De plus, les souris peuvent être sacrifiées avant que la maladie ait atteint un stade avancé alors que pour les hommes, ce n'est évidemment pas possible. En l'état actuel des possibilités d'investigation médicale, les cerveaux humains examinés le sont après décès. Il s'agit donc de personnes qui étaient déjà gravement atteintes sauf lorsque les patients sont décédés d'une cause autre que la maladie d'Alzheimer. Des méthodes de prévention, stabilisation et ralentissement de la maladie sont également testées chez des chiens et chez de petits singes (microcèbes), qui ont naturellement des dégénérescences s'approchant de la maladie d'Alzheimer.

Prévention
La maladie d'Alzheimer a été abondamment étudiée en ce qui concerne les effets de certains comportements. Une alimentation modérée et équilibrée, la pratique d'exercices physiques, particulièrement la marche, et le maintien d'activités intellectuelles suffisantes sont considérés comme efficaces pour la prévention. La consommation de thé ou de café semble également avoir un effet préventif, de même que la prise régulière d'aspirine. Les facteurs constatés de risque - et de prévention des risques - pour la maladie d'Alzheimer et pour les maladies cardio-vasculaires présentent des similarités. Il est donc envisageable d'avoir des activités diminuant ces deux causes majeures de maladie et de mortalité. 

Pour la maladie d'Alzheimer, il faut cependant apporter deux nuances importantes en ce qui concerne l'efficacité de la prévention:
  • Une bonne hygiène de vie semble surtout retarder le développement de la maladie et non pas empêcher ce développement. De plus, comme une bonne hygiène de vie est également favorable à une vie plus longue, les personnes concernées seront quand même souvent "rattrapées" par la maladie, même si c'est à un âge plus avancé.
  • Lors des études statistiques relatives aux comportements, il est toujours extrêmement difficile de distinguer s’il existe ou non un lien de causalité et quel est le sens de ce lien. Il se peut par exemple que des citoyens aient moins d'activités intellectuelles parce qu'ils commencent à souffrir de capacités affaiblies. La réduction de l'activité intellectuelle peut donc être une conséquence et non une cause du développement de la maladie.
Par contre, il y a un élément qui semble prouver une influence importante de l'environnement. Les citoyens japonais sont moins souvent atteints par la maladie. Et ceci n'est pas suite à des causes génétiques parce que les personnes nées au Japon mais vivant dans un pays occidental sont plus souvent atteintes. Mais quels éléments de l'environnement jouent? On ne le sait malheureusement pas.

Des substances polluantes, particulièrement le mercure dans les amalgames dentaires, ont été parfois citées comme exerçant une influence importante. Si c'est exact, à long terme, l'impact de la maladie pourrait diminuer puisque le mercure est un polluant moins présent aujourd'hui que par le passé et n'est plus utilisé en dentisterie.

Enfin, l'environnement humain peut jouer un rôle important pour ralentir le développement de la maladie. Ceci concerne les membres de la famille, pour qui les tâches peuvent être épuisantes physiquement et surtout psychiquement et le personnel de santé. Leur travail est fondamental, mais à ce jour, ne fait malheureusement au mieux que retarder le développement de la maladie.

Vaccination
Des essais promoteurs avaient été effectués sur des souris avec des produits qui semblaient permettre une immunisation. Malheureusement, les essais sur l'homme n'ont pas été concluants. Dans un avenir proche, la piste de la vaccination n'est guère prometteuse puisque l'origine même de la maladie reste inconnue.

Médicaments
Actuellement, aucun médicament n'a d'effet important ou durable pour lutter contre la maladie d'Alzheimer. Un des espoirs porte sur la découverte de médicaments capables de "dissoudre" les plaques amyloïdes ou en tout cas d'en empêcher le développement. L'usage de produits pour lutter contre la maladie est particulièrement complexe parce qu'il faut franchir la "barrière hémato-encéphalique", c'est-à-dire les mécanismes qui séparent le sang du cerveau et qui limitent l'effet des médicaments sur les cellules nerveuses.

Aujourd'hui, les principaux médicaments qui semblent avoir une certaine efficacité sont des médicaments qui agissent sur les mécanismes de transmission entre neurones. Ils visent donc à pallier les dysfonctionnements des liaisons neuronales suite à la maladie d'Alzheimer, mais ils ne font malheureusement que retarder le développement de la maladie. Les autres médicaments existant actuellement ont surtout pour objectif de limiter les effets de la maladie.

De par le monde, notamment en France, en Belgique et aux États-Unis, de nombreux laboratoires se livrent à des recherches sur des centaines de produits différents. Pour des dizaines de produits, des tests sur des patients humains sont en cours.

Thérapies géniques et cellules souches
Actuellement, nos connaissances sur la maladie ne sont pas suffisantes pour imaginer une thérapie génique pour la maladie d'Alzheimer. Il ne semble pas que le patrimoine génétique des personnes atteintes de la maladie soit très différent de ceux non atteints, sauf pour un petit pourcentage des malades (environ 4 % des personnes atteintes).

Par contre, contrairement à ce que pensaient encore les scientifiques il y a encore quelques décennies, certaines cellules nerveuses sont des cellules souches et peuvent donc se reproduire. Stimuler la reproduction de cellules nerveuses saines pourra donc un jour être envisagé pour remplacer les cellules nerveuses endommagées ou détruites par la maladie.

Modélisation informatique
Le cerveau est un organe d'une complexité gigantesque aux champs inconnus encore considérables. Une des manières de mieux le comprendre est le développement d'outils informatiques. Il existe entre autres plusieurs recherches européennes (NeuGRID, Human Brain Project) qui ont des ambitions et des moyens importants, mais pas encore de grand projet spécifiquement centré sur la maladie d'Alzheimer.

Nanotechnologies
Les nanotechnologies travaillent à l'échelle du milliardième de mètre. À cette taille, des particules peuvent franchir la barrière hémato-encéphalique déjà citée. Ceci peut présenter des dangers pour des substances non souhaitées, mais cela peut aussi permettre d'introduire des substances dans un but thérapeutique. À plus long terme, l'utilisation de nanorobots peut également être envisagée. Il ne s'agirait pas nécessairement de machines complexes de taille minuscule, mais plus simplement d'objets autonomes capables de détruire progressivement, particule par particule, les plaques amyloïdes ainsi que les cellules nerveuses endommagées.

Plus de recherches
La plupart des spécialistes du vieillissement sont conscients du fait que la lutte contre la maladie d'Alzheimer est fondamentale.

Étant donné que les solutions à la malade seront progressives et proviendront de plusieurs domaines de recherche, il importe d'avoir un financement important et s'orientant dans plusieurs directions. Des mécanismes garantissant l'accès de tous aux résultats des recherches doivent être prévus. Cette garantie d'accès aux résultats concerne surtout la bonne connaissance des échecs, malheureusement fréquents pour éviter de recommencer des recherches inutiles. Dans le domaine scientifique, le manque de communication à propos des résultats d'expériences n'ayant pas abouti au résultat espéré est une des grandes difficultés, particulièrement lorsque l'échec fait suite à des premiers résultats prometteurs.

Aujourd'hui, le nombre de personnes atteintes continue à croître. La maladie touche des millions de personnes âgées et leurs familles. Et, même parmi les opposants les plus acharnés aux progrès de la médecine, rares sont ceux qui souhaitent la maladie d'Alzheimer pour eux, pour leurs parents ou même pour leurs ennemis.

Si les recherches sont plus nombreuses, plus coordonnées, plus communiquées, elles seront plus efficaces. Si le financement est public et/ou si des garanties sont prises pour que les thérapies soient disponibles à prix raisonnable, il est imaginable qu'un jour la maladie d'Alzheimer deviennent un mauvais souvenir pour tous. Elle rejoindrait le cortège des maux que l'humanité a vaincu petit à petit.


La bonne nouvelle du mois: à âge égal, l'impact des maladies neurodégénératives décroit


Comme abondamment décrit ci-dessus, le déclin cognitif est un drame pour un nombre croissant de personnes âgées. Mais ce n'est pas parce que nous vivons moins bien, c'est parce que nous vivons plus longtemps. Selon une étude publié par le prestigieux journal médical The Lancet, les citoyens danois âgés de 93 ans  et nés en 1915 ont de meilleures capacités cognitives que ceux nés 10 ans plus tôt (1905). Les activités quotidiennes de ces citoyens sont globalement aussi de meilleure qualité. Autrement dit, à âge égal, l'étude indique que les citoyens européens vivent de mieux en mieux, y compris du point de vue des capacités cognitives. 


Pour en savoir plus

samedi 6 juillet 2013

La mort de la mort. Numéro 51. Juin 2013.

Si, il y a 200 ans, vous aviez affirmé que 200 ans plus tard, il serait possible de s'asseoir confortablement et tranquillement sur une chaise dans le ciel, à l'intérieur d'un gros tube de métal qui ne s'écraserait pas au sol, combien ceci serait-il apparu probable? (traduction). Franco Cortese, Institute for Ethics and Emerging Technologies. Juin 2013.


Thème du mois : Ce que nous pourrions collectivement changer dès aujourd'hui pour vivre plus longtemps


Chaque jour, nous gagnons près de six heures d'espérance de vie. Ce gain s'explique globalement par les progrès en matière d’hygiène, de comportements individuels et de niveau de vie, mais aussi en médecine. Il est parfois estimé que les progrès médicaux et les autres progrès (hygiène, niveau de vie, ...) y contribuent environ à parts égales. 

Ce qui est notable est que, pour les personnes les plus âgées, les gains moyens de durée de vie sont en croissance ces dernières décennies alors que ce n'était pas le cas auparavant. Or, la progression de l'espérance de vie des individus les plus âgés s'explique pour une plus grande part par les progrès des soins médicaux, alors que la diminution de la mortalité chez les plus jeunes, surtout dans les pays du sud, s'explique pour une plus grande part, par une amélioration des situations économiques, la diminution des morts violentes (guerres, accidents,...), une meilleure prévention des risques,... Autrement dit, c'est de plus en plus la médecine qui explique les gains de longévité des plus âgés.
La présente lettre aborde des progressions ayant une dimension médicale, concernant principalement des personnes âgées. Il s'agit de changements qui pourraient techniquement être débutés en quelques mois et dont l'efficacité, largement admise, serait mesurable dès leur mise en œuvre.
1. Prévention : la limitation des maladies cardio-vasculaires, des cancers et dans une moindre mesure des maladies neurodégénératives par les changements d'habitudes de vie Supprimer la consommation du tabac et diminuer ou supprimer la consommation d'alcool aurait un effet immédiat important. Les politiques publiques entamées dans de nombreux pays ont déjà limité fortement la mortalité due à ces causes. Mais des progrès importants peuvent encore être faits en interdisant la publicité, en interdisant la consommation dans des lieux publics et en informant mieux sur les dangers liés à la consommation. Les améliorations peuvent aussi être obtenues en mettant l'accent sur les agréments d'une convivialité sans dépendances par l'alcool et le tabac ainsi qu'en favorisant le développement des pratiques culturelles nouvelles. La limitation de la consommation de l'alcool, outre ses effets positifs directs, entraîne également une diminution indirecte de la mortalité par la réduction des violences notamment familiales, des accidents de la route et des imprudences en général. Limiter les apports alimentaires excessifs et inciter à des efforts physiques modérés suffisants est également utile. Il faut cependant noter qu'il n'y a de consensus large ni sur la quantité idéale de nourriture, ni sur sa composition, pas plus que sur l'intensité et la durée des efforts physiques nécessaires. Il est rarement contesté qu'un indice de masse corporelle très élevé est néfaste (plus de 80 kilos pour une femme de 1,60 mètre par exemple). Il est aussi rarement contesté que l'absence de tout exercice soit néfaste. Mais, pour le reste, le consensus et les études statistiques restent assez incertaines, les consensus relatifs au type d'alimentation étant particulièrement fréquemment remis en question.

2. Prévention : la limitation des conséquences des maladies liées au vieillissement par la prévention de risques, la mesure des paramètres vitaux et les instruments individuels détectant les défaillances

Il est possible, dès aujourd'hui, à la majorité des citoyens, en tout cas dans les pays au niveau économique élevé, d'acquérir des appareils ou des applications logicielles qui permettent de mesurer aisément les paramètres physiologiques tels les battements du cœur, la quantité d'exercice effectué, la quantité de nourriture absorbée. Ces instruments de mesure incitent à limiter les excès et peuvent avertir d'écarts physiologiques anormaux. Il serait aussi d'ores et déjà possible, pour toute personne âgée d'avoir une sorte de bracelet qui avertirait immédiatement en cas de modification des fonctions vitales nécessitant une intervention.

Par ailleurs, le domaine dans lequel les investissements tant financiers que médiatiques sont de loin les plus importants actuellement, est le domaine de la prévention des accidents, principalement les chutes. Les chutes provoquent, outre les traumatismes directs, une diminution de la mobilité, tant du fait de l'immobilisation pour la convalescence qu'ensuite, notamment par peur d'une nouvelle chute. Tous les moyens techniques limitant le risque de chute et veillant à une prise en charge rapide après un éventuel incident, sont donc très abondamment étudiés. Des mesures plus efficaces de prévention et également de détection rapide des chutes (aisée grâce aux progrès technologiques) permettraient des gains importants. Il faut également noter que, chez les individus les plus âgés, particulièrement en dehors du milieu familial traditionnel, il faut souvent être attentif, non pas à éviter l'obésité, mais, au contraire, veiller à maintenir une nutrition et une hydratation suffisantes.

Enfin, le maintien d'activités intellectuelles et sociales, qui peut être mieux organisé, notamment par le financement et l'encouragement d'activités pour les personnes âgées, mais aussi par des applications logicielles entraînant la mémorisation ralentit le développement des maladies neurodégénératives et donc permet une vie plus longue et de meilleure qualité. De plus, de manière indirecte, les investissements en temps et en énergie à l'intention des personnes âgées améliorent leur cadre de vie, leur confort, leur bien-être et réduisent le risque de dépression. En conséquence, la qualité et la durée de la vie progressent.

3. Limitation des maladies cardio-vasculaires par l'absorption de substances
Le nombre de maladies cardio-vasculaires à l'issue fatale est en diminution progressive, mais reste important dans tous les pays à niveau de vie élevé. L'âge est, de loin, le 1er facteur de risque. L'absorption de médicaments visant à fluidifier le sang diminuerait les maladies cardio-vasculaires de manière importante pour un grand pourcentage d'individus au point qu'il serait souhaitable de donner ce type de médicament systématiquement (sauf contre-indication) à partir d'un certain âge. Cet âge pourrait être par exemple 55 ou 60 ans. Un médicament dont l'usage pourrait être systématisé est la très classique aspirine. Certains ont également proposé l'usage d'une pilule composée de différentes substances à l'efficacité reconnue. Les experts parlent de "polypill" pour ce médicament composite.

4. Chirurgie de pointe

Pour lutter contre les maladies cardio-vasculaires comme pour opérer des tumeurs cancéreuses, la chirurgie de pointe est de plus en plus disponible. Pour diverses bonnes et moins bonnes raisons, les centres hospitaliers d'une certaine taille opèrent généralement pour des affections très diverses. Or aujourd'hui, le matériel médical de chirurgie est encore coûteux et exige de plus en plus une dextérité peu commune (même si l'appareillage est de plus en plus  automatisé). Une diminution de la mortalité pourrait être obtenue en permettant une meilleure répartition des actes médicaux, chaque hôpital opérant pour un type de chirurgie. Cette spécialisation devrait être accompagnée d'une mise en commun des données médicales, chaque fois que le patient donne son consentement éclairé. Les données peuvent voyager instantanément, les équipements pas. De plus, une attention plus grande aux spécificités des patients pourrait également être apportée, parallèlement à la spécialisation des équipements, les hôpitaux multifonctionnels étant souvent particulièrement "déshumanisés".

Par ailleurs, dans le domaine de la chirurgie, comme pour les autres soins, si une plus grande priorité était donnée aux personnes plus âgées, qui sont aussi les plus fragiles, la mortalité pourrait également diminuer. Actuellement, c'est plutôt la situation contraire qui prévaut. La diminution des capacités physiques des individus les plus âgés étant inévitable à terme, les efforts pour ralentir cette dégradation sont moindres au fur et à mesure de l'avancée en âge. Autrement dit, lorsque les signaux de diminution de capacité se multiplient, l'effort pour diminuer l'impact du vieillissement diminue.

5. Lutte contre les cancers

Depuis le tournant du siècle, l'évolution de la facilité de l'analyse du patrimoine génétique est vertigineuse tant du point de vue financier (coûts en diminution rapide) que de celui de la rapidité d'analyse (des années étaient nécessaires, les délais se comptent désormais en journées). Les progrès de l'observation et de la compréhension des cellules cancéreuses permettent aujourd'hui de comprendre qu'il n'y a pas UNE maladie comme le cancer, ni même UNE maladie comme le cancer du poumon, du sang, ... En fait, (presque?) chaque cas de cancer est spécifique, relevant de mutations de cellules propres à chaque personne atteinte.

Aujourd'hui l'analyse systématique du génome pour chaque cas de cancer est déjà possible techniquement et financièrement, pour une partie importante de la population. Si elle était effectuée et si les résultats étaient partagés de manière généralisée, le choix d'un traitement plus adapté serait immédiatement possible et l'efficacité, dans certains domaines, croitrait de manière exponentielle.

6. En synthèse : une vie plus longue est envisageable grâce à la médecine de demain, mais aussi par l'optimisation de celle d'aujourd'hui

Les lignes qui précèdent décrivent les domaines les plus vastes pour lesquels des techniques existantes sont sous-utilisées. En les optimalisant, une limitation assez forte de la mortalité des personnes âgées pourrait être obtenue en quelques mois. Vivre plus longtemps en bonne santé grâce aux progrès médicaux ne dépend donc pas seulement de la recherche médicale et de moyens financiers, mais parfois simplement de la mise en œuvre de ce qui est disponibl.


La bonne nouvelle du mois : le nombre de décès suite à des maladies cardio-vasculaires continue à diminuer

Une étude de l'Université d'Oxford, menée par la docteure Melanie Nichols et parue dans l"European Heart Journal " établit que, durant les 30 années écoulées entre 1989 et 2009, le nombre de décès de maladies cardio-vasculaires diminue régulièrement dans la plupart des pays de l'union européenne pour les hommes comme pour les femmes. La mortalité actuelle est fortement réduite, souvent de moitié, par rapport à celle d'il y a 30 ans. La diminution semble donc se poursuivre sans signe d'essoufflement ces dernières années tant grâce aux progrès de la médecine que par la diminution de certains risques (consommation de tabac).


Pour en savoir plus

jeudi 6 juin 2013

La mort de la mort. Numéro 50. Mai 2013.


Vous n'avez pas osé  dire le mot "immortalité". Tous les médecins en ont peur. Tous les êtres en ont peur. Donc on recherche  l'allongement de la vie, comment aller mieux, comment traiter les maladies mais on n'ose pas parler d'immortalité. Or, la possibilité de trouver une pilule contre la mort est possible. Je ne dis pas que c'est certain, mais en tout cas, c'est une hypothèse à envisager.
Maurice Mimoun, chirurgien français, lors d'une émission scientifique à la RTBF (O Positif), le 18 avril 2013.


Thème du mois: les maladies cardiovasculaires


Dans des pays comme la France, la Belgique ou le Canada, environ 90 pour cent des décès sont causés par des maladies liées au vieillissement. Les trois grandes  catégories d'affections responsables de ces décès sont les affections cardiovasculaires, les cancers et les maladies neurodégénératives. En pourcentage de l'ensemble de la mortalité, les maladies cardio-vasculaires et les cancers sont d'une importance similaire. Environ trois décès sur dix ont un cancer comme cause et environ trois décès sur dix sont causés par une maladie cardio-vasculaire. En France, les hommes sont un peu plus touchés par les maladies cardio-vasculaires, les femmes, un peu plus par les cancers.

Les maladies cardio-vasculaires et les cancers ont un autre point en commun: beaucoup de citoyens ne les perçoivent pas comme des maladies liées au vieillissement. Il est vrai que ce ne sont pas des maladies exclusivement liées à la vieillesse, mais leur impact est considérablement plus important pour les personnes avançant en âge.

Les progrès en matière de lutte contre les cancers ont été abordés dans une
lettre de mars 2012. Dans les lignes qui suivent, seules les maladies cardiovasculaires seront abordées.

La mortalité cardio-vasculaire et les traitements aujourd'hui

En 2008, les maladies cardio-vasculaires ont été responsables de 27,5 % des décès en France. Les maladies cardio-vasculaires liées à l'avancée en âge ont toujours existé chez l'humain, mais leur impact important sur la mortalité est récent. La principale cause de l'augmentation récente de la morbidité et de la mortalité est la progression de l'obésité. Mais la consommation excessive de denrées alimentaires ne suffit pas. Un jeune adulte même beaucoup trop corpulent ne mourra pas de ses excès. L'âge est le premier facteur de risque inévitable.

Dans le cas de nombreuses crises cardiaques et accidents vasculaires cérébraux (AVC), l’événement final qui provoquera la mort se déclenche très peu de temps avant le décès et ceci alors qu'il y avait peu ou pas de signes de maladie auparavant. Ceci est particulièrement spectaculaire pour les hommes et les femmes encore relativement jeunes et donne l'impression d'un accident plus que d'une maladie. Mais ce déclenchement brutal est la conclusion d'un processus dans lequel l'usure ou l'accumulation aura joué, donc le vieillissement.

Pour illustrer l'influence de l'âge, il est par exemple utile de savoir qu'en Europe, environ 95 % des accidents vasculaires cérébraux en Europe se passent après l'âge de 45 ans. Aux Etats-Unis, en 2008, 224.000 personnes de 75 à 84 ans sont mortes suite aux maladies cardiovasculaires contre seulement 47.000 de 45 à 54 ans et 24.000 avant 45 ans.

Durant ces dernières décennies, les maladies cardio-vasculaires sont la catégorie d’affections liées au vieillissement pour laquelle les progrès ont été les plus rapides. Ainsi en vingt années, aux Etats-Unis (de 1980 à 2000), le nombre annuel de décès suite à ces maladies a décru de moitié. Ceci est dû principalement:
·         à une meilleure hygiène de vie particulièrement la diminution du tabagisme ;
·         à de meilleurs soins préventifs et curatifs, notamment la prise de certains médicaments assurant une "fluidification" du sang (dont la très classique aspirine) ;
·         à la progression de la médecine chirurgicale, entre autres tout ce qui concerne le caractère moins invasif et plus ciblé des interventions.
Des facteurs de morbidité sont par contre en croissance, le principal étant l'alimentation trop abondante et déséquilibrée.

Perspectives à court, moyen et long terme

Les améliorations envisageables dès aujourd'hui sont nombreuses. 

Des progrès considérables en matière de prévention sont possibles sans délai. Il s'agit principalement de promouvoir une alimentation plus équilibrée et surtout moins abondante, un exercice modéré et la poursuite de la réduction de l'usage du tabac. C'est à la fois facile, puisque le moyen  d'améliorer la situation est presque universellement connu et très compliqué parce que changer des habitudes perçues comme agréables est difficile. Une des raisons d'être optimiste est que les comportements des citoyens à cet égard varient fortement selon les pays, le milieu social et les influences personnelles. Ainsi, du fait de ces différences, les Japonaises ont un taux de maladies cardio-vasculaires très fortement inférieur au taux européen.

Des comportements collectifs perçus comme profondément ancrés peuvent être modifiés en quelques années. Ce que l'on appelle parfois le "Zeitgeist", "l'esprit du temps" peut se modifier d'une manière imperceptible, mais assez rapide et fondamentale entre autres dans le domaine des comportements alimentaires et physiques. Ainsi, dans certains pays, il a fallu moins de 10 ans pour que le tabagisme dans les lieux couverts passe du statut d'activité socialement acceptée à celui d'acte déconsidéré et malpoli, même dans des lieux tout à fait privés.

Dans le domaine strictement curatif, la chirurgie progresse rapidement pour tout ce qui concerne les interventions cardio-vasculaires. Les actes médicaux deviennent de plus en plus ciblés, rapides et efficaces. Les moyens d’exploration interne préalable à l’opération vont s’améliorer. Les automatisations devraient aussi diminuer les risques de pratiquer des actes chirurgicaux néfastes pour les patients. La mortalité diminue tant durant les opérations qu'après et les complications deviennent plus rares. Du fait du caractère moins invasif des opérations, de l'augmentation de l'espérance de vie et de l'augmentation des performances des médicaments diminuant l'impact de ces maladies, l'âge des patients sur lesquels  des opérations peuvent être pratiquées devient de plus en plus élevé. 

Enfin les traitements préventifs et curatifs médicamenteux sont très importants. L'usage de produits de mieux en mieux dosés, de plus en plus testés et de plus en plus ciblés se répand. Il semble bien, étant donné que l'âge est un élément majeur de risque et que des médicaments ont un facteur limitatif important sur  la maladie, que l'utilisation systématique de certains médicaments pour les personnes âgées aurait  un effet globalement positif pour la longévité.

Si tout ce qui précède devient applicable au plus grand nombre, la mortalité causée par les maladies cardio-vasculaires avant 80 ans pourrait devenir rare. A plus long terme, pour aller encore plus loin, des nanorobots sont  imaginables en tant que piste importante de progrès médical. Il s'agirait de machines de taille minuscule (de la taille d'une cellule ou bien plus petites). Celles-ci pourraient  détruire les agrégats qui se produisent dans les vaisseaux sanguins et, plus tard, réparer les vaisseaux endommagés. 


La bonne nouvelle du mois: multiplication des articles à propos de l'augmentation de la longévité

Le célèbre mensuel National Geographic de mai 2013 a comme couverture: "Longévité, ce bébé vivra jusque 120 ans". En France; le docteur Laurent Alexandre, auteur du livre "La mort de la mort" est intervenu sur de nombreux médias (Libération, le Monde, France 2,...) à propos de la longévité. En Belgique, la couverture du journal Moustique du 10 mai 2013 porte comme titre principal "Arrêtons de vieillir". Un peu partout progresse la perception que les perspectives de croissance de l'espérance de vie sont de plus en plus vertigineuses. Et progressivement, le nombre de ceux qui perçoivent que ces enjeux et ces espoirs ne sont pas que théoriques mais peut également concerner nos proches et nous-mêmes grandit aussi.

Pour en savoir plus
·         De manière générale: http://heales.orghttp://longecity.orghttp://sens.org et http://immortalite.org
·         A propos de la diminution de la mortalité cardio-vasculaire, voir notamment: Explaining the Decrease in U.S. Deaths from Coronary Disease, 1980–2000   http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMsa053935

·         Source de l'image: Journal Moustique 

samedi 4 mai 2013

La mort de la mort. Numéro 49. Avril 2013.



Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. Article 25, alinéa 1er, de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Article rédigé à un moment où la lutte contre les maladies liées au vieillissement n'avait pas la même signification qu'aujourd'hui. Les droits de l'homme sont évolutifs. 



Thème du mois: Les opinions publiques et la croissance de l'espérance de vie en bonne santé. Croyances et faits.


Comment réagissent les citoyens par rapport aux perspectives de croissance de l'espérance de vie?

Il n'y a pas d'uniformité des opinions et c'est pourquoi cette lettre décrit "les opinions publiques" et pas "l'opinion publique". Les opinions décrites ci-dessous sont contradictoires parce qu'elles émanent de segments différents de la population, mais elles peuvent aussi être exprimées par les mêmes personnes à des moments différents. Enfin, nombre des idées fréquemment émises s'expliquent en grande partie par une méconnaissance des faits. En ce qui concerne les éléments factuels, les liens dans la présente lettre renvoient vers des textes antérieurs de 'La mort de la mort".

Voici quelques-unes des opinions fréquentes:

«Nos enfants seront la première génération à vivre moins longtemps que ses parents» OU «Un bébé sur deux qui naît aujourd'hui deviendra centenaire»

Les deux affirmations sont entendues asses souvent. Nul ne sait bien sûr ce que sera le futur. Les optimistes se basent sur la croissance de l'espérance de vie depuis plus d'un siècle et l'accélération de progrès médicaux. Les pessimistes arguent de l'augmentation des pollutions et de modes de vie néfastes à la santé.

La réalité est qu'actuellement la mortalité continue à diminuer tant chez les adultes que chez les enfants. Nous gagnons bon an mal an trois mois de vie en plus par an. Les pessimistes pourront cependant signaler que la longévité extrême ne croit plus guère actuellement. En effet, dépasser l'âge de 110 ans reste un phénomène rarissime.

«Permettre une vie en bonne santé plus longue est souhaitable» OU «Nous ne devons pas vivre plus longtemps car nous sommes déjà trop nombreux»

Généralement, l'opinion publique est en faveur d'un meilleur traitement des personnes âgées. Mais parfois certains affirment qu'il ne faut pas trop prolonger la vie des aînés en se basant sur la fausse croyance que l'allongement de la vie provoque une surpopulation. En fait, les pays où la population grandit le plus vite sont ceux où l'espérance de vie est la plus courte.

«Permettre une vie en bonne santé plus longue, aussi aux personnes fragiles est un impératif moral» OU «Nous devons laisser la place aux générations suivantes»

Beaucoup de citoyens ont une attitude ambigüe. Ils défendent ardemment les personnes âgées proches en réclamant de meilleurs soins, des maisons de repos plus adaptées et un plus grand respect. Mais lorsque les progrès médicaux sont cités comme moyen pour permettre plus de bien-être plus longtemps aux personnes âgées dans leur ensemble, des oppositions se font entendre au nom des générations futures. Une des raisons de ce paradoxe est que les soins à "nos" ainés concernent des individus que nous connaissons alors que les bénéficiaires des progrès médicaux sont des individus inconnus. Un mort dû à de mauvais traitements dans un hospice, c'est un drame. Dix pour cent de morts de personnes âgées en plus parce que des techniques médicales nouvelles ne sont pas mises en œuvre, c'est perçu comme une statistique. Derrière les statistiques de décès, il y a pourtant des millions d'émotions et de souffrances.

Il est presque certain que la partie de l'opinion publique qui se préoccupe des générations futures se préoccuperait au moins autant de retarder des souffrances si elle voyait l'effet concret de l'absence de progrès sur des personnes âgées proches.

«Tout progrès médical qui améliore la vie en bonne santé est positif» OU «La science et la médecine doivent respecter l'ordre naturel des choses»

La conviction qu'il y a des médecines et des traitements "naturels" contre le vieillissement et d'autres qui ne le sont pas est intéressante, mais repose sur plusieurs erreurs.

D'abord, dans la nature, le vieillissement n'est que très rarement naturel. Les animaux sont rapidement éliminés par les prédateurs, les parasites... dès les premiers signes d'affaiblissement.

Ensuite, il n'y a presque pas de médecine "naturelle". L'histoire de l'humanité (Homo sapiens sapiens) a débuté il y a plus de 100.000 ans. L'immense majorité des médecines ne sont nées qu'il n'y a que quelques siècles. Avant, nous ignorions par exemple que le cerveau était le lieu de la conscience, que le sang circulait à travers tout le corps et même parfois (comme chez  les religieux taoïstes par exemple) que manger et respirer sont indispensables à la vie.

En fait, pour l'opinion publique majoritaire, il y a, au regard du temps qui passe, trois types de médecine:

·         les médecines traditionnelles antérieures (ou parfois extérieures) à la médecine actuellement enseignée dans les universités;
·         la médecine actuellement largement pratiquée;
·         les recherches médicales en cours.

Souvent, les citoyens les plus réticents aux progrès médicaux définissent les nouvelles techniques comme inutilement invasives, se mêlant trop intimement à notre corps. En fait, la transfusion sanguine et les greffes d'organes sont des techniques bien plus invasives que les nouvelles techniques médicales. La véritable raison est l'attitude vis-à-vis des nouveautés ce qui amène à l'affirmation suivante.

«La médecine fait des progrès extraordinaires» OU «La médecine moderne est dangereuse»

Les citoyens expriment souvent le souhait de recevoir et de rendre accessibles à tous les soins les plus modernes. En même temps, ils s'inquiètent des dangers des nouvelles technologies.

Une des différences majeures pour les citoyens se situe dans le caractère perçu comme libre ou pas de la nouveauté. Par exemple, une vaccination ou un nouveau traitement facultatif sera plus acceptable qu'en cas d'imposition.

Mais la raison principale de la peur vis-à-vis des nouveautés est probablement que l'information médicale disponible pour un large public met plus l'accent sur les échecs et sur les risques que sur les progressions concrètes. Les découvertes médicales spectaculaires sont décrites par les médias, mais pas l'effet positif progressif en termes de qualité et de durée de vie pour les citoyens. Par contre, les accidents médicaux, en particulièrement avec de nouvelles techniques, auront un succès médiatique assuré.

«Lutter contre le vieillissement est acceptable d'un point de vue religieux» OU «Lutter contre le vieillissement est contraire à la volonté de Dieu»

Rien dans les textes fondamentaux des religions les plus courantes ne s'oppose aux soins aux personnes âgées. Mais ces textes fondateurs n'ont pas envisagé les progrès médicaux. En pratique, jusqu'ici, les dirigeants religieux se sont généralement adaptés aux progressions médicales, une fois qu'elles se sont répandues. Hier, l'opinion publique aurait été scandalisée par une greffe ou une transfusion. Aujourd'hui, l'opinion publique est scandalisée lorsque des témoins de Jéhovah refusent les greffes ou les transfusions pour leurs enfants. Après-demain, les mêmes personnes pourront être scandalisées si certains veulent refuser des soins de réjuvénation pour les personnes les plus âgées.
«La vie est trop courte» OU «Il vaut mieux vivre moins longtemps, mais mieux»

La majorité de nos contemporains se plaignent de manquer de temps, mais simultanément beaucoup affirment que l'ennui naitrait d'une vie trop longue. Ceux qui développent la vision pessimiste ignorent  que les personnes plus âgées sont généralement plus heureuses que les autres citoyens, moins violentes et plus respectueuses de l'environnement.

Lorsqu'ils sont interrogés sur le temps qu'ils désirent vivre, globalement les femmes et les hommes donnent trois types de réponse:

·         Je voudrais vivre 70 ou 80 ans (la durée normale de vie aujourd'hui)
·         Je voudrais vivre 100 ou 120 ans (la durée maximale de vie aujourd'hui)
·         Plus rarement, je voudrais vivre sans limite de durée.

Mais presque personne ne répond qu'il voudrait vivre 50 ans, la durée "naturelle" maximale de vie durant plus de 90 pour cent de l'histoire de l'humanité.

En conclusion, les opinions publiques sont globalement prudentes, souvent contradictoires et changeantes. Ces changements de l'opinion peuvent être beaucoup plus rapides ... que ce que l'opinion publique perçoit. Qui se serait par exemple imaginé il y a 20 ans que l'essentiel de nos idées serait diffusé par voie électronique sans que presque personne ne s'en émeuve. Nous pourrions nous adapter à une vie avec un vieillissement négligeable presque sans nous en rendre compte. Le vieillissement est un phénomène imperceptible au jour le jour, la fin du vieillissement par des progrès médicaux successifs pourrait être aussi une évolution sans révolution pour la majorité des citoyens.



La bonne nouvelle du mois: l'intelligence artificielle d'IBM affronte la médecine de pointe



En 2011, le système informatique Watson, mis au point par la société IBM avait réussi à battre les meilleurs champions du jeu américain de culture générale Jeopardy. Deux ans plus tard, une première application médicale de ce logiciel est en développement. Il s'agit d'un outil "d'aide à la décision" en matière de traitement du cancer. Cette application est actuellement testée au "Memorial Sloan–Kettering Cancer Center" de New York en collaboration avec une grande compagnie américaine d'assurance maladie "WellPoint". Une extraordinaire puissance de déduction médicale pourrait bientôt être accessible aux victimes de cancer.



Pour en savoir plus :

jeudi 2 mai 2013

Plaidoyer progressiste et technoprogressiste pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue pour tous (1er mai 2013)


L'Humanité se décrit par ses franchissements de frontière, des choses qui paraissaient impensables. (…) Et Gagarine lui a franchi cette frontière de l'espace. Lorsque nous avons contrôlé, lorsque les femmes ont pu contrôler leur fécondité, c'était une frontière. Ce qui était autrefois une condition biologique a cessé d'être une servitude. Demain nous vaincrons la mort.  Jean-Luc Mélenchon, 12 janvier 2012, Des paroles et-des actes.

Depuis le 1er mai 2012, l'espérance de vie en bonne santé a augmenté d'environ un trimestre en Belgique et de près cinq mois au Bangladesh. La durée moyenne de la vie des hommes et des femmes en Belgique est maintenant de 80 ans. Des millions de citoyens de Belgique et du reste du monde qui seraient morts au cours des douze derniers mois sans progrès de santé et croissance économique coulent aujourd'hui des jours relativement paisibles.

Jusqu'à la première moitié du siècle passé au moins, le désir de progrès technique et le désir d'égalité sociale étaient liés. La gauche rêvait de lendemains qui chantent. Ces lendemains étaient faits de plus d'égalité, de plus de biens et d'un monde plus facile à vivre matériellement et technologiquement.

Aujourd'hui, les progressistes ne rêvent plus guère de progrès technique. C'est probablement dû notamment au traumatisme de l'échec de l'Union soviétique qui se réclamait du communisme et du progrès technique. Il y a aussi la peur que les progrès augmentent les inégalités. Et plus récemment, le développement des pollutions a mené beaucoup de progressistes à vouloir "renverser la vapeur" là où il fallait plutôt la purifier et donc orienter autrement.

Aujourd'hui, en termes d'abondance, les lendemains ont chanté largement. Contrairement à ce que beaucoup affirment, l'accélération est non pas moindre, mais plus extraordinaire encore dans les pays du Sud. La mortalité infantile qui était une source majeure de décès poursuit sa diminution. La pauvreté multidimensionnelle diminue rapidement dans les pays du Sud.

Dans ce cadre de progrès humains globaux sans équivalent dans l'histoire de l'humanité, le téléphone mobile est passé en vingt ans du statut de bien de luxe à celui d'outil utilisé par la majorité des citoyens du monde. Avant la fin de cette décennie, la majorité des citoyens devrait avoir accès à des mobiles connectés à internet. Une part énorme des connaissances collectives universelles sera accessible à une large majorité des citoyens du monde. Ceci pourra se faire presque sans coût et sans discrimination surtout si les progressistes se mobilisent en faveur de progrès techniques pour tous.

Dans les développements à court et moyen terme, les (techno)progressistes pourraient exiger que chaque citoyen ait droit à un téléphone mobile (avec des rayonnements faibles, mais avec des accès forts à des services collectifs). Ils pourraient proposer que Google, Wikipédia fonctionnent comme des services publics de plus en plus développés. Enfin, ils devraient réfléchir à l'impact des imprimantes 3 D en termes d'accessibilité et de diffusion de biens.

Une gauche proactive pourrait exiger des investissements publics importants pour permettre à tous de vieillir beaucoup moins. Aujourd'hui les différences entre espérances de vie au Sud et au Nord s'amenuisent. Mais si les résultats des recherches pour une meilleure santé et une vie plus longue ne sont pas mis à disposition de tous, les progrès seront d'abord réservés aux plus aisés, seuls capables de s'offrir les soins et de vivre là où la pollution et les particules fines sont moindres.

Une gauche favorable aux progrès pourrait plus globalement réclamer des investissements technologiques collectifs plus importants dans les domaines médicaux, de diffusion des connaissances et de gestion des énergies.

Dans le domaine énergétique heureusement, les écologistes et la gauche sont généralement (techno)progressistes. Mais même dans ce domaine, les résistances de certains se prétendant de gauche sont nombreuses luttant par exemple contre les moulins à vent dans leur petit pré carré.
Les avancées fantastiques ne résolvent pas (encore?) tous les problèmes de bien-être. Ceci s'explique notamment parce que l'abondance est un instrument insuffisant pour permettre le bonheur de tous. De plus, au-delà d'un certain niveau de confort matériel, la perception du bien-être se fait presque exclusivement par comparaison avec le niveau matériel des autres, lequel niveau progresse aussi. Il reste donc à la gauche (et pas qu'à elle) à découvrir comment augmenter le bonheur dans une économie d'abondance où le lait et le miel, symboles d'abondance et de bonheur, coulent tellement pour tous que cela ne nous satisfait plus.

Pourquoi encore la gauche doit-elle être technoprogressiste? Pour développer l'égalité du futur. De plus, les progressions technologiques rapides comprennent des risques immenses  dans les développements en cours souvent abordés (pollutions, effets de serre, risques pour la vie privée, fracture numérique,...), mais également dans les développements à moyen terme. Ce sont des risques existentiels liés à la maîtrise de plus en plus absolue de la structure du vivant, de la matière et peut-être à terme au développement de l'intelligence artificielle. Et le principe de précaution dans une société évoluant, ce n'est pas toujours arrêter les modifications technologiques, cela peut-être au contraire les accélérer pour sauver des vies et diminuer des risques.

Pour que le progrès technique ait le plus de chance d'être aussi un progrès tout court, pour que les lendemains extraordinaires soient aussi des lendemains qui chantent, un des éléments favorables est une gauche proactive, capable de faire primer paix, égalité, justice et souci du bien commun sur les intérêts financiers et matériels à court terme. Peu de politiques de gauche semblent l’avoir compris.

Il faut penser globalement pour agir localement. Il faut aussi penser à long terme pour agir à court terme. La question n'est plus de savoir si les progressions technologiques vont permettre une vie beaucoup plus longue en bonne santé, mais de réfléchir collectivement aux conséquences, de permettre à tous ceux qui le souhaitent de vivre plus longtemps et de maitriser les risques. La science-fiction d'aujourd'hui, rêve ou cauchemar, voire plus probablement rêve et cauchemar, ne sera pas seulement la réalité de nos enfants, ce sera aussi la nôtre.




Pour en savoir plus:

Ce texte est une version actualisée d'un texte distribué à la fête du 1er mai depuis 2009. Rendez-vous le 1er mai 2014!