vendredi 13 décembre 2013

La mort de la mort. Lettre de novembre 2013. Numéro 56.

Nous sommes finalement arrivés à un point de l'histoire humaine où nous sommes réellement en train de trouver les outils pour vivre plus longtemps et en meilleure santé. Nous devons donc commencer à penser à ce à quoi l'avenir va ressembler. (...) Les histoires que nous nous racontons, comme élément de notre culture, sont une façon d'élaborer ces scénarios dans nos esprits. (...). Jusqu'à présent, Hollywood ne s'est pas saisi de cela. Mais ils ont réellement besoin de le faire. Sonia Arrison (traduction, auteur du livre How the Coming Age of Longevity Will Change Everything, From Careers and Relationships to Family and Faith).



Thème du mois: Sérendipité et progrès scientifiques dans le domaine de la santé


La sérendipité, dans le domaine scientifique, désigne une découverte faite de manière fortuite, généralement dans le cadre d'une autre recherche. Le terme "sérendipité" s'utilise aussi plus largement, pour tout ce qui est trouvé ou retrouvé par hasard dans les domaines de la vie courante.

Pour ce qui concerne les recherches relatives à la santé, l'exemple le plus connu et le plus importante à ce jour de découverte par sérendipité est celui de la découverte de la pénicilline. Alexander  Fleming était un scientifique brillant, mais parfois distrait qui testait des agents antibactériens. Il devait nettoyer des boîtes de culture envahies de moisissures en les plongeant dans du désinfectant. Certains récipients étaient incomplètement immergés dans le désinfectant et donc les moisissures subsistaient. Le 3 septembre 1928, le chercheur s’aperçut que, sur les parties des boîtes proches des moisissures subsistantes, les bactéries ne se développaient pas. Il constata plus tard, en examinant les moisissures concernées, qu'elles contenaient une substance bactéricide, qu'il appellera pénicilline. Aujourd'hui, cette substance a sauvé des dizaines voire des centaines de millions de vie.

Chaque avancée scientifique est le fruit de nombreux éléments. Par définition, un chercheur effectuant des expérimentations ne sait pas exactement s'il va constater ce qu'il souhaite, sinon il ne serait plus scientifique, mais simple vérificateur. Le scientifique a cependant généralement une idée assez précise du résultat potentiel de ses expérimentations.  Mais dans d'innombrables cas, ce qui est constaté est fort différent de ce qui était attendu. Ce qui est trouvé ou ce qui se passe n'est donc pas directement utile dans le contexte concerné, mais l'est dans d'autres domaines. Ce n'est donc pas seulement le hasard qui "fait bien les choses", il faut aussi une utilisation adéquate d'informations dans un cadre autre que celui prévu au départ.

La sérendipité aujourd'hui reste-t-elle aussi importante qu'hier? La multiplication des recherches et des publications scientifiques semble rendre improbable une découverte majeure en dehors des "sentiers battus". Mais, en fait, dans les domaines de la longévité, les champs de connaissance scientifique insuffisante restent très nombreux. Pour n'en citer que quelques-uns, nous ne savons toujours pas avec certitude:
  • pourquoi les femmes vivent plus longtemps
  • à quel degré le sport et l'exercice favorisent la longévité
  • si nous aurons tous la maladie d'Alzheimer si nous vivons suffisamment longtemps
  • quelles sont les véritables causes des maladies neurodégénératives
  • et tout simplement pourquoi nous vieillissons
Des centaines de facteurs qui semblent avoir une influence positive ou négative sur la longévité sont examinés, testés, expliqués. Chaque chercheur travaillant dans le domaine de la longévité a son avis, ses convictions, ...

Il y a peu de certitudes si ce n'est que les processus de dégradation que nous appelons le vieillissement varient fortement selon les individus. Cela signifie très probablement que la longévité dépend d'une combinaison de nombreux éléments dont beaucoup jouent un rôle important. Il est également fort probable que la combinaison de divers éléments relatifs à la longévité a des effets spécifiques, éloignés d'une simple addition de conséquences.

Les combinaisons des différents facteurs ne peuvent être examinées systématiquement. Mais des milliers de scientifiques qui ne travaillent pas dans des domaines spécifiques à la recherche de longévité, recueillent des données potentiellement utiles: chercheurs travaillant pour la prévention des risques chimiques et industriels, statisticiens déterminant les probabilités de décès, économistes mesurant les taux de morbidité, d'incapacité, ... 

A terme prévisible, la progression des connaissances dans le domaine de la longévité continuera à comprendre une part importante d'imprévu. Si, chez la majorité des chercheurs, la détection de mécanismes "anormaux", "accidentels", "illogiques" relatifs à la longévité reste présente, à l'arrière-plan du travail principal, les potentialités de progressions en faveur d'une vie plus longue en bonne santé s'étendront encore.



Bonne nouvelle du mois: Google engage une spécialiste mondiale de la recherche contre le vieillissement



La société Calico, créée par Google en septembre, vient d'engager quatre scientifiques brillants. Parmi ceux-ci la biogérontologiste américaine Cynthia Kenyon. Madame Kenyon est notamment célèbre pour avoir effectué des tests sur le nématode Caenorhabditis elegans. Elle était parvenue, par une combinaison de mutations génétiques et de restriction calorique à multiplier par six la durée de vie de vie de certains de ces animaux.

Cynthia Kenyon est une défenderesse convaincue des progrès en matière de longévité en bonne santé pour les femmes et les hommes. Elle a donné de nombreuses interviews et conférences à ce sujet et a testé sur elle-même la restriction calorique. Elle devrait disposer sous peu de moyens financiers considérables pour poursuivre les recherches en matière de longévité des nématodes mais aussi et surtout des êtres humains.



Pour en savoir plus 
·         De manière générale, voir notamment:  http://heales.orghttp://sens.org et http://longecity.org
·         A propos de la sérendipité: http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9rendipit%C3%A9
·         Source de l'illustration: timbre représentant Alexander Fleming 


dimanche 24 novembre 2013

La mort de la mort. Lettre d'octobre 2013. Numéro 55.




Le vieillissement est un jeu atroce. Vous ne pouvez gagner, mais vous devez participer. Dean Kamen, inventeur du Segway, mais également de nombreux dispositifs médicaux. Citation en anglais: Aging is a terrible game. You can't win and you have to play.



Thème du mois: Journée internationale des personnes âgées


Presque toute l'histoire de l'humanité se déroule durant la période que nous appelons le paléolithique. Elle débute il y a 3 millions d'années, quand l'homme n'est pas encore ce que nous sommes et s'achève il y a environ 12.000 ans lorsque les premières civilisations s'annoncent. Durant toute cette période, il se peut que jamais une femme ou un homme, ne soit devenue une personne âgée au sens chronologique où nous l'entendons actuellement. En tout cas, très rares sont les squelettes retrouvés établissant un décès survenu après l'âge de 50 ans. Alors que certains perçoivent la lutte contre le vieillissement comme un souhait antinaturel, il est bon de rappeler que c'est en fait la vieillesse qui est antinaturelle. Les rêves et les cauchemars de nos aïeuls, de presque toutes les générations qui se sont succédé avant nous, ne dépassaient pas le demi-siècle.

Le 1er octobre a été déclaré journée internationale des personnes âgées par les Nations-Unies. Cette journée a été fêtée pour la première fois en 1991. Durant les 22 années écoulées depuis, des centaines de millions de personnes âgées ont atteint l'âge de 60 ans. Elles vivent en moyenne mieux et plus longtemps que leurs parents. Malheureusement des centaines de millions d'autres sont décédées.

L'âge à partir duquel un adulte est considéré comme "personne âgée" varie en fonction des époques, des cultures et des situations sociales. Un joueur de football professionnel sera pensionné et donc "âgé" avant 40 ans tandis qu'une femme écrivain pourrait écrire un chef d'œuvre bien après 70 ans. Si l'on retient l'âge, le plus souvent cité: 60 ans, il y a aujourd'hui dans le monde, environ un milliard de personnes âgées, soit un être humain sur 7, en majorité des femmes. Si les évolutions démographiques, économiques et de santé actuelles se poursuivent, ce nombre devrait passer à deux milliards d'ici l'année 2050. Mais d'ici 2050, il n'est pas certain qu'une personne de 60, voire même de 70 ans sera encore considérée comme une personne âgée.

Pour l'édition 2013 de la journée des personnes âgées, le mouvement international pour la longévité (International Longevity Alliance) a organisé des activités dans des dizaines de pays sur tous les continents. Les participants étaient des activistes de la longévité, scientifiques et non scientifiques, mais aussi des citoyens "ordinaires", personnes âgées ou jeunes. 

C'est à Bruxelles qu'a eu lieu l'une des principales activités, une conférence de presse à l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique introduite par la journaliste Martine Verhaeghe de Naeyer avec quatre orateurs:

  • Madame Caroline Petit, Directrice adjointe aux Nations Unies, présentant le cadre de la journée internationale et les implications en matière de santé; 
  • Laurent Alexandre, médecin, fondateur de Doctissimo, auteur du livre "La mort de la mort. Comment la technomédecine va bouleverser l'humanité";
  • Miroslav Radman, biologiste cellulaire, membre de l'Académie française des sciences, auteur de "Au-delà de nos limites biologiques" ;
  • Didier Coeurnelle (auteur de la présente lettre), coprésident de l'association Heales, auteur de "Et si on arrêtait de vieillir ! Réalité, enjeux et perspectives d'une vie en bonne santé beaucoup plus longue".

Le thème commun de cette journée internationale est que les progrès médicaux permettant une vie plus longue et en meilleure santé de centaines de millions de personnes sont positifs et doivent être encouragés. Cet encouragement concerne les aspects financiers, bien sûr, mais également les composantes politiques, sociales, économiques  artistiques, bref, l'ensemble de nos sociétés.


La bonne nouvelle du mois: Récolte de fonds collective réussie pour un court-métrage


Un réalisateur américain, Tim Maupin, souhaite produire un court-métrage intitulé "The last generation to die" (la dernière génération à mourir). Il s'agirait d'un film de science-fiction se déroulant dans un avenir relativement proche, dans lequel les thérapies pour une vie beaucoup plus longue sont accessibles. Le héros du film est une scientifique dont le père hésite à utiliser pour lui-même les thérapies disponibles. Monsieur Maupin a lancé un "crowdfunding" qui avait pour objectif de départ de récolter 9.000 dollars.  Plus de 35.000 dollars ont déjà été promis. 


Pour en savoir plus
·         De manière générale, voir notamment:
http://heales.orghttp://sens.org et http://longecity.org
·         A propos des événements organisés le 1er octobre 2013 (en anglais): http://longevityalliance.org/celebrations-of-the-international-longevity-day-around-the-world/
·         Pour visionner la conférence de presse du 1er octobre 2013:  introduction, partie 2, partie 3, partie 4, débat. Les 3 livres présentés peuvent être acquis en ligne.
·         Pour visionner une présentation du projet de court-métrage "The last generation to die": http://www.kickstarter.com/projects/1956082973/the-last-generation-to-die-a-short-film

·         Source de l'illustration: le logo des Nations-Unies

samedi 26 octobre 2013

La mort de la mort. Numéro 54. Septembre 2013.







Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. François de La Rochefoucauld (1613 - 1680).

  



Thème du mois: Le 6ème colloque international de lutte contre le vieillissement à Cambridge. "Reimagine Aging".

Du 3 au 7 septembre 2013, des spécialistes de la longévité venus de partout dans le monde se sont rencontrés dans le cadre impressionnant et prestigieux du Queens' college de Cambridge. Dans cette institution vécut notamment Erasme, il y a un demi-millénaire.

C'est la 6ème édition de cette conférence intitulée SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence). Cet évènement se différencie d'autres rencontres internationales médicales en ce que l'objectif est explicitement de lutter contre le vieillissement.

Comme lors des rencontres précédentes, les découvertes et les hypothèses les plus récentes sont abordées, décortiquées, critiquées, ...

Plus encore que lors des événements précédents, la perception d'une volonté collective de progresser est partagée par les scientifiques et par les "activistes" de la lutte contre le vieillissement. Ils sont de plus en plus nombreux à percevoir que les maladies liées au vieillissement perdent du terrain.

Les conférenciers et le public se penchaient d'abord sur les questions médicales. Ensuite, d'autres exposés et les discussions durant les pauses abordaient aussi les questions politiques et sociales. Parmi les interventions les plus écoutées, il y eut celle du psychologue américain Thomas Pyszczynski s'interrogeant sur le paradoxe de nos sociétés fondées à la fois sur la crainte de la mort, mais aussi sur l'opposition de beaucoup au prolongement de la durée de la vie humaine. 

En ce qui concerne les recherches proprement dites, parmi les nombreuses pistes dans le domaine de la lutte pour une vie plus longue, voici quelques-unes qui furent abordées (parmi celles les plus compréhensibles à un non-spécialiste) :

  • L'étude de la restriction calorique chez les primates et chez d'autres animaux. Manger beaucoup moins que ce qui est normal, mais de manière équilibrée, semble prolonger la durée de vie. Les résultats sont cependant contrastés notamment en ce qui concerne les expériences menées chez des singes rhésus. 
  • Le séquençage de la baleine boréale, le mammifère ayant la durée de vie la plus longue (plus de 150 ans). Le patrimoine génétique de cet animal recèle probablement des pistes relatives à la longévité. Il est fascinant de constater que des espèces animales, parfois fort proches, ont des durées de vie maximales très différentes. Il est donc envisageable qu'une thérapie modifiant peu le patrimoine génétique influe néanmoins fort favorablement sur la longévité. 
  • Certains vertébrés ont la capacité de régénérer d'importantes parties de leur corps. Il en va ainsi des axolotls, des salamandres étranges qui ne deviennent jamais adultes (néoténie). La capacité de régénération semble ne pas diminuer avec l'âge chez des batraciens. Ceci ouvre des perspectives pour la régénération humaine.
Le vieillissement est un phénomène d'une extrême complexité pour lequel, presque à chaque avancée, le scientifique se posera notamment la question: "Ai-je trouvé ici une cause ou un effet ?" De plus, dans ce domaine comme dans d'autres, beaucoup de progressions se feront "par accident" soit, en langage scientifique, "par sérendipité", la progression des connaissances se produisant ailleurs que là où elle était envisagée ou espérée. C'est pourquoi il est important que ce type de conférence se tienne, donnant l'occasion de confronter les idées, les réussites et les échecs.



La bonne nouvelle du mois: Google contre la mort. Nuit des chercheurs pour une vie plus longue grâce à la science.



Le célèbre journal Time du 18 septembre titre "Can Google solve Death ?" L'interrogation de Google et donc du Time porte bien sur la lutte contre le vieillissement. Larry Page, fondateur et dirigeant de Google a annoncé la création de la société Calico (pour California Life Company). Les domaines précis dans lesquels la société se spécialisera ne sont pas encore annoncés mais l'objectif global est sans ambiguïté: s'attaquer au vieillissement biologique et à ses causes. Vu les moyens de Google et sa capacité de s'aventurer dans des cheminements inhabituels, cette décision permettra le financement de recherches nouvelles prometteuses. L'initiative peut aussi servir d'électrochoc, notamment vis-à-vis des organismes scientifiques publics et privés qui hésitent à s'attaquer résolument aux maladies liées au vieillissement.

Dans une mesure beaucoup plus modeste, le monde francophone est également conscient de l'utilité des progrès de la science pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue. La "nuit des chercheurs" est un événement annuel qui porte sur la vulgarisation des recherches scientifiques pour le grand public. En Belgique, le thème de l'année 2013 était "Vivre mieux et plus longtemps grâce à la science". L'association Heales était présente le 27 septembre à cet événement avec un stand à Bruxelles et une conférence à Namur.
  


Pour en savoir plus

lundi 2 septembre 2013

La mort de la mort. Numéro 53. Août 2013.




La vie est une tragédie, car nous vieillissons trop tôt et devenons sages trop tard. Benjamin Franklin (traduction).




Thème du mois: Aux frontières de la longévité

Chaque année, depuis des décennies, nous gagnons en moyenne environ trois mois d'espérance de vie, que ce soit en France, en Belgique, ou en moyenne dans l'ensemble des pays du monde. Ainsi, le citoyen du monde vivant en 2013 a une espérance de vie d'environ 67 ans alors que celui qui vivait en 1993 n'avait une espérance de vie que d'environ 62 ans. Mais la durée de la vie varie considérablement selon le lieu où la personne habite. La présente lettre vise décrit les principales différences géographiques connues. À noter que l'importante question de l'évolution de la durée de vie en bonne santé a été abordée dans le numéro d'avril 2012 de cette lettre d'information.

Différences entre États

Les différences géographiques les plus connues et étudiées avec le plus de précision sont les différences entre États. Des statistiques précises existent depuis au moins 50 ans dans la plupart des pays du monde. Il est cependant à remarquer que  la durée de vie estimée pour un pays donné peut varier selon les sources et les modes de calcul. Certains affirment que les chiffres sur l'espérance de vie sont manipulés. Des erreurs ou même des informations sciemment incorrectes apparaissent parfois. Mais il faut signaler que falsifier ces statistiques est difficile. Durant les années 70 et 80 du siècle passé, dans les pays du "bloc communiste" (ex URSS, ex Tchécoslovaquie, ...), l'espérance de vie s'est mise à chuter. Malgré le fait que ces États n'avaient pas un fonctionnement démocratique, les dirigeants ne sont pas parvenus à falsifier les chiffres. Ainsi, durant plus de dix ans, l'Union soviétique a simplement cessé de publier les statistiques relatives à la mortalité.

Les informations utilisées dans ce texte sont celles qui proviennent du site Gapminder.org pour l'année 2012. Le site Gapminder, créé par le médecin, statisticien et conférencier suédois Hans Rosling est extrêmement détaillé et documenté.

Pour la longévité entre Etats, cinq grands ensembles de pays seront distingués ici:

1. Les pays à l'espérance de vie élevée et en croissance nette. Ces pays sont presque toujours des pays au niveau de vie élevé ou moyen. La durée de vie moyenne y est de 76 à 83 ans. Ceci concerne notamment:
  • tous les pays d'Europe occidentale et beaucoup de pays d'Europe orientale
  • l'Amérique du Nord  et une partie des pays de l''Amérique latine dont l'Argentine
  •  les pays les plus riches d'Asie (Japon, Corée du Sud, Singapour,...) et de la péninsule arabique
Le pays de grande taille où l'espérance de vie est la plus longue est le Japon. Elle est de 83 ans.

2. Les pays à l'espérance de vie moyenne et en croissance rapide. Ce sont les États où l'espérance de vie est comprise entre 65 et 75 ans. Y sont notamment compris:
  •       la majorité des pays d'Asie dont le Bangladesh, l'Inde, le Pakistan, l'Indonésie et la Chine
  •       des pays d'Amérique latine, notamment le Brésil
  •       la plupart des pays du Maghreb
3. Les pays à l'espérance de vie moyenne, mais sans croissance régulière. Il s'agit des États où l'espérance de vie est comprise entre 65 et 75 ans, mais où la durée moyenne de vie a fortement décru durant certaines périodes, particulièrement pour les hommes. Le principal pays concerné est la Russie. C'est aussi le cas d'autres États de l'Europe orientale, principalement ceux qui formaient l'ex Union soviétique. Les causes de la stagnation généralement cités sont; la dégradation de la situation économique, la croissance des pollutions et, particulièrement pour les hommes, l'alcoolisme.

4. Les pays où l'espérance de vie est encore de moins de 65 ans et où l'espérance de vie croît régulièrement ces dernières décennies. Ce sont principalement les pays d'Afrique Noire qui n'ont pas été victimes de l'épidémie du Sida et quelques pays très pauvres d'Asie.

5. Les pays où l'espérance de vie est également de moins de 65 ans et où l'espérance de vie a fortement décru à la fin du vingtième siècle. Il s'agit de ceux des pays d'Afrique Noire où le Sida a fait d'énormes ravages, notamment l'Afrique du Sud et la République démocratique du Congo. Dans ces pays, où l'espérance de vie est la plus basse au monde, les premières années du vingt-et-unième siècle ont vu à nouveau quelques gains, mais la situation d'aujourd'hui est cependant pire que la situation d'il y a 20 ou 30 ans.
De manière générale, il y a une étroite corrélation entre la durée de vie et le niveau économique. Les pays où la durée de vie moyenne est de moins de 65 ans sont principalement les pays d'Afrique noire, partie du monde la plus pauvre. Pour les pays de grande taille, c'est la République démocratique du Congo où la vie est la plus courte, 50 ans en moyenne, 30 ans de moins qu'en France ou en Belgique!

Si la puissance économique est l'élément le plus important, d'autres éléments entrent cependant en compte. Ainsi, dans la grande puissance la plus riche du monde, les États-Unis, la durée de vie  (79 ans) est moindre de quelques années par rapport aux pays les plus avancés, probablement suite principalement à la suralimentation. Par contre, là où le système de santé publique est bien développé et où les causes de morts violentes sont rares (crimes, accidents de la route,...), la durée de vie est importante. Ainsi, malgré un régime autoritaire et une situation économique difficile, la durée de vie moyenne à Cuba est estimée à 79 ans.

Il est important de noter que, contrairement à ce qui est souvent affirmé, l'espérance de vie ne décroit actuellement dans aucun pays, si l'on prend en compte les statistiques sur la dernière décennie Aux États-Unis, par exemple, souvent erronément cités à ce sujet, malgré l'épidémie d'obésité, l'espérance de vie a cru d'environ deux ans entre 2002 et 2012. Les seules évolutions négatives récentes sont des évolutions, portant sur des périodes courtes. Ce sont probablement des accidents statistiques ou des évolutions temporaires.

Différences régionales à l'intérieur d'un pays

A l'intérieur d'un pays donné, les différences d'espérance de vie sont également importantes. Tout comme entre les pays, la première source de différence selon les régions est le niveau de vie. Voici quelques exemples:
  •   Aux États-Unis, la durée moyenne de vie est nettement supérieure dans les États du Nord que dans les États du Sud. Ainsi dans l'État de New-York, l'espérance de vie est de 80,5 ans alors qu'au Mississippi, elle est seulement de 75 ans.
  •   En France, c'est dans le Sud du pays et en région parisienne que la durée de vie est la plus longue et dans le Nord que la vie est la plus courte. La différence est particulièrement importante pour les hommes. La durée de vie plus longue dans le Sud est parfois également expliquée par une alimentation plus favorable à la longévité (régime dit méditerranéen).
  •  Même à l'échelle d'une ville, des différences s'expriment entre quartiers. Dans la région bruxelloise, la durée moyenne de vie des hommes dans la municipalité de Molenbeek (commune pauvre) est d'environ quatre années inférieure à celle des hommes de Woluwe-Saint-Pierre (commune riche de la même agglomération située à moins de dix kilomètres).

La comparaison entre régions de pays très différents peut aboutir à des résultats surprenants. Ainsi, la durée de vie moyenne à Beijing, capitale de la Chine est aujourd'hui supérieure à la durée de vie moyenne à Washington, capitale des Etats-Unis. Il est vrai que Beijing est la capitale riche d'un pays encore pauvre alors que dans la ville de Washington, la durée de vie moyenne est nettement plus courte que dans le reste des Etats-Unis.

Autres différences géographiques

Les écarts peuvent également être examinés en dehors de limites purement administratives. Parmi les différences fréquemment notées:
 
  •         Les "zones bleues". Ce sont des lieux où les habitants sont supposés vivre beaucoup plus longtemps. Les régions où des femmes et des hommes sont supposés vivre très longtemps se trouvent souvent dans des contrées reculées. Bien souvent, ce sont des légendes voire des informations sciemment erronées. Dans d'autres cas, il pourrait s'agir d'une influence de l'alimentation, voire de groupes de population ayant en moyenne une durée de vie plus élevée, pour des raisons liées à l'hérédité. C'est probablement notamment le cas d'habitants de certains villages de Sardaigne et de l'île japonaise d'Okinawa.
  •        La périphérie des villes (la banlieue) permettrait une vie plus longue que la ville ou que la campagne. Ici aussi, l'aspect du niveau de revenu est cependant important. Il se peut aussi que la vie plus courte dans les villes s'explique par la pollution atmosphérique plus importante.

La bonne nouvelle du mois: Aubrey de Grey, chercheur et mécène


Aubrey de Grey, chercheur travaillant dans le domaine de la longévité, renommé, mais controversé, est un homme cohérent. Il a décidé de consacrer la plus grande partie de son patrimoine (environ 10 millions d'euros hérités au décès de sa mère) pour soutenir les activités de l'organisation qu'il a fondée: SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence). Cette somme permettra de financer des recherches durant cinq années. Cette attitude cohérente pourrait aussi encourager d'autres personnes, organisations, groupes à investir dans des domaines susceptibles de sauver la vie de millions de femmes et d'hommes partout dans le monde. 
  

Pour en savoir plus 

lundi 5 août 2013

Ecolo a un manifeste implicitement mais certainement républicain. Une caisse de Kir royal est offerte à qui trouvera un paragraphe ou même une phrase monarchiste dans le texte (re)fondateur adopté en juin 2013.

En Belgique, de nombreux citoyens, parmi lesquels des écologistes, ont le sentiment que la monarchie est partie intégrante de la démocratie. Une opinion large, très probablement majoritaire en Belgique francophone, doit bien sûr être prise en compte. Les citoyens qui expriment l'idée doivent être respectés. Cependant force est de constater que cette opinion est peu compatible avec les valeurs défendues par ailleurs.

Vous trouverez ci-dessous un courriel envoyé à de nombreux membres d’Écolo (dont les secrétaires fédéraux et de nombreux parlementaires). Personne n'a donné de réponse en prétendant gagner la caisse de Kir. Il est encore temps de chercher. Si vous trouvez une once de monarchisme dans le manifeste politique d'Ecolo, n'hésitez pas à m'écrire.
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Bonjour cher membre ou sympathisant d'Ecolo,

L'actualité récente tend parfois à nous faire oublier que les verts francophones belges ne sont en principe point monarchistes. Pour ceux qui doutent parce qu'ils ont eu peu de temps pour lire le manifeste politique d'Ecolo, voici quelques extraits clairs applicables notamment à la fonction de chef de l'État:
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Nous, écologistes, voulons prolonger les mouvements qui combattent toutes les formes de privilèges, d’exploitation et d’ignorance, mouvements dans lesquels s’ancrent depuis plus de deux siècles les valeurs de la gauche.

Les personnes sont plus épanouies dans une société plus égalitaire.
L’égalité sous toutes ses formes est indispensable à la justice, au lien social et à la participation politique.

La démocratie constitue le critère de légitimité des décisions collectives.
(...) Elle sert l’idéal d’une société d’égaux. Elle garantit dès lors à chacun une chance équitable d’influencer la décision indépendamment de sa richesse, de ses capacités, de son sexe ou de toute autre discrimination.

La démocratie que nous voulons se base également sur la participation effective du plus grand nombre à la vie politique et sociale, par les moyens les plus variés possibles.

Le pouvoir doit être exercé dans de bonnes conditions pour éviter les abus sous toutes leurs formes. Ils sont très souvent la conséquence d’une trop grande concentration ou d’une trop longue occupation du pouvoir.

Non cumul et limitation dans le temps des mandats permettent de lutter contre ces abus. D’une part, ces mécanismes permettent de partager les responsabilités entre un plus grand nombre de citoyens. D’autre part, ils assurent le renouvellement des mandataires, leur évitent la déconnexion avec la réalité, leur garantissent du temps pour l’exercice de leur mandat, préviennent les conflits d’intérêt et empêchent, le cas échéant, la concentration de pouvoirs ou de revenus.

L’exercice des responsabilités (...) doit toujours être balisé par les règles éthiques et déontologiques les plus pointues, en évitant toutes les formes de clientélisme et de passe-droit, et en appliquant systématiquement les principes d’égalité de traitement et d’objectivation.

La démocratie se nourrit de renouvellement et d’alternance politique.

Une condition essentielle à l’existence même de cette société et de la démocratie, c’est le respect par chacun et par l’État du socle que représentent la Déclaration universelle des Droits de l’Homme -entre autres les libertés fondamentales et l’égalité femme-homme- et le respect du principe de la stricte séparation entre l’État et toute croyance, qu’elle soit religieuse ou non.

Les discriminations directes ou indirectes, fondées notamment sur l’origine ethnique, le handicap, l’orientation sexuelle ou encore le genre n’y ont pas droit de cité. Cette lutte n’est pas terminée et nous continuerons à nous y investir sans compter.

Dans ce cadre, guidé par les principes de solidarité interpersonnelle et de solidarité entre les entités, de responsabilité dans la gestion publique, d’égalité de traitement entre les personnes et de coopération volontaire et pérenne, Ecolo entend continuer à moderniser le système fédéral belge, avec Groen.
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Si vous avez trouvé une phrase du manifeste approuvant implicitement la fonction royale, merci de le faire savoir. Et pour les autres qu'ils sachent qu'en encensant ou approuvant l'institution royale, ils s'éloignent du programme écologiste tel que défini en assemblée générale.

Même si vous n'êtes pas d'accord avec ce programme, il me semble qu'il y a des combats plus importants, plus sociaux, plus redistributeurs, plus utiles, plus progressistes, plus ancrés dans les valeurs de gauche, que de militer ardemment, comme l'ont fait certains ces derniers jours, pour le soutien à l'institution monarchique. J'avais renoncé, lors des discussions préparatoires au manifeste à proposer d'introduire des mots explicitement relatifs à la fonction royale en Belgique ou ailleurs. Je constate que certains n'ont pas renoncé à médiatiser un point de vue contraire au texte et à l'esprit de notre texte fondateur.

Didier Coeurnelle
Membre actif mais critique d'Ecolo

samedi 3 août 2013

La mort de la mort. Lettre de juillet 2013. Numéro 52.


Telle est la nature humaine, que si nous étions tous frappés à la tête avec une batte de baseball une fois par semaine, les philosophes découvriraient bientôt les nombreux avantages étonnants de recevoir un choc violent chaque semaine. Cela nous durcit, nous rend moins craintifs vis-à-vis des douleurs, rend les jours sans coup plus doux. Pourtant, si les gens ne sont pas actuellement frappés, ils ne souhaitent pas l'être. La littérature moderne sur la mort et les perspectives pour l'extension radicale de la vie grâce à la science médicale sont écrites essentiellement par des auteurs qui s'attendent à mourir. C'est pour cela que les fruits de leurs réflexions sont si aigres. Extrait de la lettre "Fight aging", 3 juillet 2013 (traduction).



Thème du mois: les pistes de traitement de la maladie d'Alzheimer



En 2013, en Europe comme dans la plupart des pays du monde, la première cause de mortalité, ce sont les maladies liées au vieillissement. Ceci est vrai même dans des pays encore très pauvres comme le Bangladesh où l'espérance de vie progresse actuellement de près de six mois par année.

Parmi les maladies liées au vieillissement, une des plus terribles est la maladie d'Alzheimer. Son développement est lent, elle détruit petit à petit ce que nous avons de plus précieux, notre conscience d'être et elle touche, par-delà les victimes directes, des millions d'époux, d'enfants, de membres de la famille qui tentent de venir en aide aux personnes en déclin.

Ce mal insidieux touche de plus en plus de femmes et d'hommes, à mesure de l'avancée en âge. Faire des progrès dans ce domaine, c'est donc de plus en plus, faire des progrès pour tous : pour nos parents, pour nos enfants et  pour nous-mêmes. Mais, à ce jour, c'est le domaine médical important où les progressions sont les moins rapides. Aucun traitement ne permet d'arrêter le développement de la maladie ni même de le ralentir fortement.

La présente lettre est consacrée aux moyens d'attaquer ce mal qui, jusqu’à l’heure actuelle, est resté invaincu.

Compréhension de la maladie
Même s'il reste des zones d'ombre, le développement de la maladie est assez bien connu. Il y a deux aspects majeurs: la formation de "plaques amyloïdes" et la dégradation de cellules nerveuses suite à des accumulations de protéines, nommées protéines tau. Lorsque la maladie atteint des stades avancés, la taille du cerveau diminue, le cerveau se contracte. Le pourcentage de personnes touchées atteint au moins un tiers, probablement jusque 50 % des individus, peut-être même plus, parmi ceux qui dépassent l'âge de 85 ans. La part génétique dans l'apparition de la maladie est faible, sauf pour un petit nombre de malades. Il ne s'agit donc pas d'une affection qui frappe systématiquement certaines familles ou certains groupes. Selon certains, la maladie touche plus les femmes que les hommes, mais il se pourrait que ce soit uniquement parce qu'il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes qui atteignent un âge très avancé (plus de 80 % des centenaires sont des femmes).

Des champs d'ombre à la compréhension de la maladie subsistent cependant. Il arrive que des personnes qui présentent les signes extérieurs de la maladie aient un cerveau qui semble intact. Inversement, il se peut que des personnes ayant un cerveau assez fortement atteint, conservent des capacités de raisonnement normales jusqu'à leur décès, en particulier des personnes ayant un haut niveau d'éducation. Les zones d'ombre sont aussi des pistes d'espoir, car elles prouvent que le cerveau a parfois des capacités énormes de récupération ou de compensation.

En laboratoire, on élève des souris atteintes d'une affection génétique proche de la maladie d'Alzheimer. Des troubles cognitifs sont observés, similaires à ceux des êtres humains. Il est possible de tester l’amoindrissement de la capacité de mémorisation et l'évolution de ces capacités. De plus, les souris peuvent être sacrifiées avant que la maladie ait atteint un stade avancé alors que pour les hommes, ce n'est évidemment pas possible. En l'état actuel des possibilités d'investigation médicale, les cerveaux humains examinés le sont après décès. Il s'agit donc de personnes qui étaient déjà gravement atteintes sauf lorsque les patients sont décédés d'une cause autre que la maladie d'Alzheimer. Des méthodes de prévention, stabilisation et ralentissement de la maladie sont également testées chez des chiens et chez de petits singes (microcèbes), qui ont naturellement des dégénérescences s'approchant de la maladie d'Alzheimer.

Prévention
La maladie d'Alzheimer a été abondamment étudiée en ce qui concerne les effets de certains comportements. Une alimentation modérée et équilibrée, la pratique d'exercices physiques, particulièrement la marche, et le maintien d'activités intellectuelles suffisantes sont considérés comme efficaces pour la prévention. La consommation de thé ou de café semble également avoir un effet préventif, de même que la prise régulière d'aspirine. Les facteurs constatés de risque - et de prévention des risques - pour la maladie d'Alzheimer et pour les maladies cardio-vasculaires présentent des similarités. Il est donc envisageable d'avoir des activités diminuant ces deux causes majeures de maladie et de mortalité. 

Pour la maladie d'Alzheimer, il faut cependant apporter deux nuances importantes en ce qui concerne l'efficacité de la prévention:
  • Une bonne hygiène de vie semble surtout retarder le développement de la maladie et non pas empêcher ce développement. De plus, comme une bonne hygiène de vie est également favorable à une vie plus longue, les personnes concernées seront quand même souvent "rattrapées" par la maladie, même si c'est à un âge plus avancé.
  • Lors des études statistiques relatives aux comportements, il est toujours extrêmement difficile de distinguer s’il existe ou non un lien de causalité et quel est le sens de ce lien. Il se peut par exemple que des citoyens aient moins d'activités intellectuelles parce qu'ils commencent à souffrir de capacités affaiblies. La réduction de l'activité intellectuelle peut donc être une conséquence et non une cause du développement de la maladie.
Par contre, il y a un élément qui semble prouver une influence importante de l'environnement. Les citoyens japonais sont moins souvent atteints par la maladie. Et ceci n'est pas suite à des causes génétiques parce que les personnes nées au Japon mais vivant dans un pays occidental sont plus souvent atteintes. Mais quels éléments de l'environnement jouent? On ne le sait malheureusement pas.

Des substances polluantes, particulièrement le mercure dans les amalgames dentaires, ont été parfois citées comme exerçant une influence importante. Si c'est exact, à long terme, l'impact de la maladie pourrait diminuer puisque le mercure est un polluant moins présent aujourd'hui que par le passé et n'est plus utilisé en dentisterie.

Enfin, l'environnement humain peut jouer un rôle important pour ralentir le développement de la maladie. Ceci concerne les membres de la famille, pour qui les tâches peuvent être épuisantes physiquement et surtout psychiquement et le personnel de santé. Leur travail est fondamental, mais à ce jour, ne fait malheureusement au mieux que retarder le développement de la maladie.

Vaccination
Des essais promoteurs avaient été effectués sur des souris avec des produits qui semblaient permettre une immunisation. Malheureusement, les essais sur l'homme n'ont pas été concluants. Dans un avenir proche, la piste de la vaccination n'est guère prometteuse puisque l'origine même de la maladie reste inconnue.

Médicaments
Actuellement, aucun médicament n'a d'effet important ou durable pour lutter contre la maladie d'Alzheimer. Un des espoirs porte sur la découverte de médicaments capables de "dissoudre" les plaques amyloïdes ou en tout cas d'en empêcher le développement. L'usage de produits pour lutter contre la maladie est particulièrement complexe parce qu'il faut franchir la "barrière hémato-encéphalique", c'est-à-dire les mécanismes qui séparent le sang du cerveau et qui limitent l'effet des médicaments sur les cellules nerveuses.

Aujourd'hui, les principaux médicaments qui semblent avoir une certaine efficacité sont des médicaments qui agissent sur les mécanismes de transmission entre neurones. Ils visent donc à pallier les dysfonctionnements des liaisons neuronales suite à la maladie d'Alzheimer, mais ils ne font malheureusement que retarder le développement de la maladie. Les autres médicaments existant actuellement ont surtout pour objectif de limiter les effets de la maladie.

De par le monde, notamment en France, en Belgique et aux États-Unis, de nombreux laboratoires se livrent à des recherches sur des centaines de produits différents. Pour des dizaines de produits, des tests sur des patients humains sont en cours.

Thérapies géniques et cellules souches
Actuellement, nos connaissances sur la maladie ne sont pas suffisantes pour imaginer une thérapie génique pour la maladie d'Alzheimer. Il ne semble pas que le patrimoine génétique des personnes atteintes de la maladie soit très différent de ceux non atteints, sauf pour un petit pourcentage des malades (environ 4 % des personnes atteintes).

Par contre, contrairement à ce que pensaient encore les scientifiques il y a encore quelques décennies, certaines cellules nerveuses sont des cellules souches et peuvent donc se reproduire. Stimuler la reproduction de cellules nerveuses saines pourra donc un jour être envisagé pour remplacer les cellules nerveuses endommagées ou détruites par la maladie.

Modélisation informatique
Le cerveau est un organe d'une complexité gigantesque aux champs inconnus encore considérables. Une des manières de mieux le comprendre est le développement d'outils informatiques. Il existe entre autres plusieurs recherches européennes (NeuGRID, Human Brain Project) qui ont des ambitions et des moyens importants, mais pas encore de grand projet spécifiquement centré sur la maladie d'Alzheimer.

Nanotechnologies
Les nanotechnologies travaillent à l'échelle du milliardième de mètre. À cette taille, des particules peuvent franchir la barrière hémato-encéphalique déjà citée. Ceci peut présenter des dangers pour des substances non souhaitées, mais cela peut aussi permettre d'introduire des substances dans un but thérapeutique. À plus long terme, l'utilisation de nanorobots peut également être envisagée. Il ne s'agirait pas nécessairement de machines complexes de taille minuscule, mais plus simplement d'objets autonomes capables de détruire progressivement, particule par particule, les plaques amyloïdes ainsi que les cellules nerveuses endommagées.

Plus de recherches
La plupart des spécialistes du vieillissement sont conscients du fait que la lutte contre la maladie d'Alzheimer est fondamentale.

Étant donné que les solutions à la malade seront progressives et proviendront de plusieurs domaines de recherche, il importe d'avoir un financement important et s'orientant dans plusieurs directions. Des mécanismes garantissant l'accès de tous aux résultats des recherches doivent être prévus. Cette garantie d'accès aux résultats concerne surtout la bonne connaissance des échecs, malheureusement fréquents pour éviter de recommencer des recherches inutiles. Dans le domaine scientifique, le manque de communication à propos des résultats d'expériences n'ayant pas abouti au résultat espéré est une des grandes difficultés, particulièrement lorsque l'échec fait suite à des premiers résultats prometteurs.

Aujourd'hui, le nombre de personnes atteintes continue à croître. La maladie touche des millions de personnes âgées et leurs familles. Et, même parmi les opposants les plus acharnés aux progrès de la médecine, rares sont ceux qui souhaitent la maladie d'Alzheimer pour eux, pour leurs parents ou même pour leurs ennemis.

Si les recherches sont plus nombreuses, plus coordonnées, plus communiquées, elles seront plus efficaces. Si le financement est public et/ou si des garanties sont prises pour que les thérapies soient disponibles à prix raisonnable, il est imaginable qu'un jour la maladie d'Alzheimer deviennent un mauvais souvenir pour tous. Elle rejoindrait le cortège des maux que l'humanité a vaincu petit à petit.


La bonne nouvelle du mois: à âge égal, l'impact des maladies neurodégénératives décroit


Comme abondamment décrit ci-dessus, le déclin cognitif est un drame pour un nombre croissant de personnes âgées. Mais ce n'est pas parce que nous vivons moins bien, c'est parce que nous vivons plus longtemps. Selon une étude publié par le prestigieux journal médical The Lancet, les citoyens danois âgés de 93 ans  et nés en 1915 ont de meilleures capacités cognitives que ceux nés 10 ans plus tôt (1905). Les activités quotidiennes de ces citoyens sont globalement aussi de meilleure qualité. Autrement dit, à âge égal, l'étude indique que les citoyens européens vivent de mieux en mieux, y compris du point de vue des capacités cognitives. 


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