samedi 26 octobre 2013

La mort de la mort. Numéro 54. Septembre 2013.







Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. François de La Rochefoucauld (1613 - 1680).

  



Thème du mois: Le 6ème colloque international de lutte contre le vieillissement à Cambridge. "Reimagine Aging".

Du 3 au 7 septembre 2013, des spécialistes de la longévité venus de partout dans le monde se sont rencontrés dans le cadre impressionnant et prestigieux du Queens' college de Cambridge. Dans cette institution vécut notamment Erasme, il y a un demi-millénaire.

C'est la 6ème édition de cette conférence intitulée SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence). Cet évènement se différencie d'autres rencontres internationales médicales en ce que l'objectif est explicitement de lutter contre le vieillissement.

Comme lors des rencontres précédentes, les découvertes et les hypothèses les plus récentes sont abordées, décortiquées, critiquées, ...

Plus encore que lors des événements précédents, la perception d'une volonté collective de progresser est partagée par les scientifiques et par les "activistes" de la lutte contre le vieillissement. Ils sont de plus en plus nombreux à percevoir que les maladies liées au vieillissement perdent du terrain.

Les conférenciers et le public se penchaient d'abord sur les questions médicales. Ensuite, d'autres exposés et les discussions durant les pauses abordaient aussi les questions politiques et sociales. Parmi les interventions les plus écoutées, il y eut celle du psychologue américain Thomas Pyszczynski s'interrogeant sur le paradoxe de nos sociétés fondées à la fois sur la crainte de la mort, mais aussi sur l'opposition de beaucoup au prolongement de la durée de la vie humaine. 

En ce qui concerne les recherches proprement dites, parmi les nombreuses pistes dans le domaine de la lutte pour une vie plus longue, voici quelques-unes qui furent abordées (parmi celles les plus compréhensibles à un non-spécialiste) :

  • L'étude de la restriction calorique chez les primates et chez d'autres animaux. Manger beaucoup moins que ce qui est normal, mais de manière équilibrée, semble prolonger la durée de vie. Les résultats sont cependant contrastés notamment en ce qui concerne les expériences menées chez des singes rhésus. 
  • Le séquençage de la baleine boréale, le mammifère ayant la durée de vie la plus longue (plus de 150 ans). Le patrimoine génétique de cet animal recèle probablement des pistes relatives à la longévité. Il est fascinant de constater que des espèces animales, parfois fort proches, ont des durées de vie maximales très différentes. Il est donc envisageable qu'une thérapie modifiant peu le patrimoine génétique influe néanmoins fort favorablement sur la longévité. 
  • Certains vertébrés ont la capacité de régénérer d'importantes parties de leur corps. Il en va ainsi des axolotls, des salamandres étranges qui ne deviennent jamais adultes (néoténie). La capacité de régénération semble ne pas diminuer avec l'âge chez des batraciens. Ceci ouvre des perspectives pour la régénération humaine.
Le vieillissement est un phénomène d'une extrême complexité pour lequel, presque à chaque avancée, le scientifique se posera notamment la question: "Ai-je trouvé ici une cause ou un effet ?" De plus, dans ce domaine comme dans d'autres, beaucoup de progressions se feront "par accident" soit, en langage scientifique, "par sérendipité", la progression des connaissances se produisant ailleurs que là où elle était envisagée ou espérée. C'est pourquoi il est important que ce type de conférence se tienne, donnant l'occasion de confronter les idées, les réussites et les échecs.



La bonne nouvelle du mois: Google contre la mort. Nuit des chercheurs pour une vie plus longue grâce à la science.



Le célèbre journal Time du 18 septembre titre "Can Google solve Death ?" L'interrogation de Google et donc du Time porte bien sur la lutte contre le vieillissement. Larry Page, fondateur et dirigeant de Google a annoncé la création de la société Calico (pour California Life Company). Les domaines précis dans lesquels la société se spécialisera ne sont pas encore annoncés mais l'objectif global est sans ambiguïté: s'attaquer au vieillissement biologique et à ses causes. Vu les moyens de Google et sa capacité de s'aventurer dans des cheminements inhabituels, cette décision permettra le financement de recherches nouvelles prometteuses. L'initiative peut aussi servir d'électrochoc, notamment vis-à-vis des organismes scientifiques publics et privés qui hésitent à s'attaquer résolument aux maladies liées au vieillissement.

Dans une mesure beaucoup plus modeste, le monde francophone est également conscient de l'utilité des progrès de la science pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue. La "nuit des chercheurs" est un événement annuel qui porte sur la vulgarisation des recherches scientifiques pour le grand public. En Belgique, le thème de l'année 2013 était "Vivre mieux et plus longtemps grâce à la science". L'association Heales était présente le 27 septembre à cet événement avec un stand à Bruxelles et une conférence à Namur.
  


Pour en savoir plus

lundi 2 septembre 2013

La mort de la mort. Numéro 53. Août 2013.




La vie est une tragédie, car nous vieillissons trop tôt et devenons sages trop tard. Benjamin Franklin (traduction).




Thème du mois: Aux frontières de la longévité

Chaque année, depuis des décennies, nous gagnons en moyenne environ trois mois d'espérance de vie, que ce soit en France, en Belgique, ou en moyenne dans l'ensemble des pays du monde. Ainsi, le citoyen du monde vivant en 2013 a une espérance de vie d'environ 67 ans alors que celui qui vivait en 1993 n'avait une espérance de vie que d'environ 62 ans. Mais la durée de la vie varie considérablement selon le lieu où la personne habite. La présente lettre vise décrit les principales différences géographiques connues. À noter que l'importante question de l'évolution de la durée de vie en bonne santé a été abordée dans le numéro d'avril 2012 de cette lettre d'information.

Différences entre États

Les différences géographiques les plus connues et étudiées avec le plus de précision sont les différences entre États. Des statistiques précises existent depuis au moins 50 ans dans la plupart des pays du monde. Il est cependant à remarquer que  la durée de vie estimée pour un pays donné peut varier selon les sources et les modes de calcul. Certains affirment que les chiffres sur l'espérance de vie sont manipulés. Des erreurs ou même des informations sciemment incorrectes apparaissent parfois. Mais il faut signaler que falsifier ces statistiques est difficile. Durant les années 70 et 80 du siècle passé, dans les pays du "bloc communiste" (ex URSS, ex Tchécoslovaquie, ...), l'espérance de vie s'est mise à chuter. Malgré le fait que ces États n'avaient pas un fonctionnement démocratique, les dirigeants ne sont pas parvenus à falsifier les chiffres. Ainsi, durant plus de dix ans, l'Union soviétique a simplement cessé de publier les statistiques relatives à la mortalité.

Les informations utilisées dans ce texte sont celles qui proviennent du site Gapminder.org pour l'année 2012. Le site Gapminder, créé par le médecin, statisticien et conférencier suédois Hans Rosling est extrêmement détaillé et documenté.

Pour la longévité entre Etats, cinq grands ensembles de pays seront distingués ici:

1. Les pays à l'espérance de vie élevée et en croissance nette. Ces pays sont presque toujours des pays au niveau de vie élevé ou moyen. La durée de vie moyenne y est de 76 à 83 ans. Ceci concerne notamment:
  • tous les pays d'Europe occidentale et beaucoup de pays d'Europe orientale
  • l'Amérique du Nord  et une partie des pays de l''Amérique latine dont l'Argentine
  •  les pays les plus riches d'Asie (Japon, Corée du Sud, Singapour,...) et de la péninsule arabique
Le pays de grande taille où l'espérance de vie est la plus longue est le Japon. Elle est de 83 ans.

2. Les pays à l'espérance de vie moyenne et en croissance rapide. Ce sont les États où l'espérance de vie est comprise entre 65 et 75 ans. Y sont notamment compris:
  •       la majorité des pays d'Asie dont le Bangladesh, l'Inde, le Pakistan, l'Indonésie et la Chine
  •       des pays d'Amérique latine, notamment le Brésil
  •       la plupart des pays du Maghreb
3. Les pays à l'espérance de vie moyenne, mais sans croissance régulière. Il s'agit des États où l'espérance de vie est comprise entre 65 et 75 ans, mais où la durée moyenne de vie a fortement décru durant certaines périodes, particulièrement pour les hommes. Le principal pays concerné est la Russie. C'est aussi le cas d'autres États de l'Europe orientale, principalement ceux qui formaient l'ex Union soviétique. Les causes de la stagnation généralement cités sont; la dégradation de la situation économique, la croissance des pollutions et, particulièrement pour les hommes, l'alcoolisme.

4. Les pays où l'espérance de vie est encore de moins de 65 ans et où l'espérance de vie croît régulièrement ces dernières décennies. Ce sont principalement les pays d'Afrique Noire qui n'ont pas été victimes de l'épidémie du Sida et quelques pays très pauvres d'Asie.

5. Les pays où l'espérance de vie est également de moins de 65 ans et où l'espérance de vie a fortement décru à la fin du vingtième siècle. Il s'agit de ceux des pays d'Afrique Noire où le Sida a fait d'énormes ravages, notamment l'Afrique du Sud et la République démocratique du Congo. Dans ces pays, où l'espérance de vie est la plus basse au monde, les premières années du vingt-et-unième siècle ont vu à nouveau quelques gains, mais la situation d'aujourd'hui est cependant pire que la situation d'il y a 20 ou 30 ans.
De manière générale, il y a une étroite corrélation entre la durée de vie et le niveau économique. Les pays où la durée de vie moyenne est de moins de 65 ans sont principalement les pays d'Afrique noire, partie du monde la plus pauvre. Pour les pays de grande taille, c'est la République démocratique du Congo où la vie est la plus courte, 50 ans en moyenne, 30 ans de moins qu'en France ou en Belgique!

Si la puissance économique est l'élément le plus important, d'autres éléments entrent cependant en compte. Ainsi, dans la grande puissance la plus riche du monde, les États-Unis, la durée de vie  (79 ans) est moindre de quelques années par rapport aux pays les plus avancés, probablement suite principalement à la suralimentation. Par contre, là où le système de santé publique est bien développé et où les causes de morts violentes sont rares (crimes, accidents de la route,...), la durée de vie est importante. Ainsi, malgré un régime autoritaire et une situation économique difficile, la durée de vie moyenne à Cuba est estimée à 79 ans.

Il est important de noter que, contrairement à ce qui est souvent affirmé, l'espérance de vie ne décroit actuellement dans aucun pays, si l'on prend en compte les statistiques sur la dernière décennie Aux États-Unis, par exemple, souvent erronément cités à ce sujet, malgré l'épidémie d'obésité, l'espérance de vie a cru d'environ deux ans entre 2002 et 2012. Les seules évolutions négatives récentes sont des évolutions, portant sur des périodes courtes. Ce sont probablement des accidents statistiques ou des évolutions temporaires.

Différences régionales à l'intérieur d'un pays

A l'intérieur d'un pays donné, les différences d'espérance de vie sont également importantes. Tout comme entre les pays, la première source de différence selon les régions est le niveau de vie. Voici quelques exemples:
  •   Aux États-Unis, la durée moyenne de vie est nettement supérieure dans les États du Nord que dans les États du Sud. Ainsi dans l'État de New-York, l'espérance de vie est de 80,5 ans alors qu'au Mississippi, elle est seulement de 75 ans.
  •   En France, c'est dans le Sud du pays et en région parisienne que la durée de vie est la plus longue et dans le Nord que la vie est la plus courte. La différence est particulièrement importante pour les hommes. La durée de vie plus longue dans le Sud est parfois également expliquée par une alimentation plus favorable à la longévité (régime dit méditerranéen).
  •  Même à l'échelle d'une ville, des différences s'expriment entre quartiers. Dans la région bruxelloise, la durée moyenne de vie des hommes dans la municipalité de Molenbeek (commune pauvre) est d'environ quatre années inférieure à celle des hommes de Woluwe-Saint-Pierre (commune riche de la même agglomération située à moins de dix kilomètres).

La comparaison entre régions de pays très différents peut aboutir à des résultats surprenants. Ainsi, la durée de vie moyenne à Beijing, capitale de la Chine est aujourd'hui supérieure à la durée de vie moyenne à Washington, capitale des Etats-Unis. Il est vrai que Beijing est la capitale riche d'un pays encore pauvre alors que dans la ville de Washington, la durée de vie moyenne est nettement plus courte que dans le reste des Etats-Unis.

Autres différences géographiques

Les écarts peuvent également être examinés en dehors de limites purement administratives. Parmi les différences fréquemment notées:
 
  •         Les "zones bleues". Ce sont des lieux où les habitants sont supposés vivre beaucoup plus longtemps. Les régions où des femmes et des hommes sont supposés vivre très longtemps se trouvent souvent dans des contrées reculées. Bien souvent, ce sont des légendes voire des informations sciemment erronées. Dans d'autres cas, il pourrait s'agir d'une influence de l'alimentation, voire de groupes de population ayant en moyenne une durée de vie plus élevée, pour des raisons liées à l'hérédité. C'est probablement notamment le cas d'habitants de certains villages de Sardaigne et de l'île japonaise d'Okinawa.
  •        La périphérie des villes (la banlieue) permettrait une vie plus longue que la ville ou que la campagne. Ici aussi, l'aspect du niveau de revenu est cependant important. Il se peut aussi que la vie plus courte dans les villes s'explique par la pollution atmosphérique plus importante.

La bonne nouvelle du mois: Aubrey de Grey, chercheur et mécène


Aubrey de Grey, chercheur travaillant dans le domaine de la longévité, renommé, mais controversé, est un homme cohérent. Il a décidé de consacrer la plus grande partie de son patrimoine (environ 10 millions d'euros hérités au décès de sa mère) pour soutenir les activités de l'organisation qu'il a fondée: SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence). Cette somme permettra de financer des recherches durant cinq années. Cette attitude cohérente pourrait aussi encourager d'autres personnes, organisations, groupes à investir dans des domaines susceptibles de sauver la vie de millions de femmes et d'hommes partout dans le monde. 
  

Pour en savoir plus 

lundi 5 août 2013

Ecolo a un manifeste implicitement mais certainement républicain. Une caisse de Kir royal est offerte à qui trouvera un paragraphe ou même une phrase monarchiste dans le texte (re)fondateur adopté en juin 2013.

En Belgique, de nombreux citoyens, parmi lesquels des écologistes, ont le sentiment que la monarchie est partie intégrante de la démocratie. Une opinion large, très probablement majoritaire en Belgique francophone, doit bien sûr être prise en compte. Les citoyens qui expriment l'idée doivent être respectés. Cependant force est de constater que cette opinion est peu compatible avec les valeurs défendues par ailleurs.

Vous trouverez ci-dessous un courriel envoyé à de nombreux membres d’Écolo (dont les secrétaires fédéraux et de nombreux parlementaires). Personne n'a donné de réponse en prétendant gagner la caisse de Kir. Il est encore temps de chercher. Si vous trouvez une once de monarchisme dans le manifeste politique d'Ecolo, n'hésitez pas à m'écrire.
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Bonjour cher membre ou sympathisant d'Ecolo,

L'actualité récente tend parfois à nous faire oublier que les verts francophones belges ne sont en principe point monarchistes. Pour ceux qui doutent parce qu'ils ont eu peu de temps pour lire le manifeste politique d'Ecolo, voici quelques extraits clairs applicables notamment à la fonction de chef de l'État:
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Nous, écologistes, voulons prolonger les mouvements qui combattent toutes les formes de privilèges, d’exploitation et d’ignorance, mouvements dans lesquels s’ancrent depuis plus de deux siècles les valeurs de la gauche.

Les personnes sont plus épanouies dans une société plus égalitaire.
L’égalité sous toutes ses formes est indispensable à la justice, au lien social et à la participation politique.

La démocratie constitue le critère de légitimité des décisions collectives.
(...) Elle sert l’idéal d’une société d’égaux. Elle garantit dès lors à chacun une chance équitable d’influencer la décision indépendamment de sa richesse, de ses capacités, de son sexe ou de toute autre discrimination.

La démocratie que nous voulons se base également sur la participation effective du plus grand nombre à la vie politique et sociale, par les moyens les plus variés possibles.

Le pouvoir doit être exercé dans de bonnes conditions pour éviter les abus sous toutes leurs formes. Ils sont très souvent la conséquence d’une trop grande concentration ou d’une trop longue occupation du pouvoir.

Non cumul et limitation dans le temps des mandats permettent de lutter contre ces abus. D’une part, ces mécanismes permettent de partager les responsabilités entre un plus grand nombre de citoyens. D’autre part, ils assurent le renouvellement des mandataires, leur évitent la déconnexion avec la réalité, leur garantissent du temps pour l’exercice de leur mandat, préviennent les conflits d’intérêt et empêchent, le cas échéant, la concentration de pouvoirs ou de revenus.

L’exercice des responsabilités (...) doit toujours être balisé par les règles éthiques et déontologiques les plus pointues, en évitant toutes les formes de clientélisme et de passe-droit, et en appliquant systématiquement les principes d’égalité de traitement et d’objectivation.

La démocratie se nourrit de renouvellement et d’alternance politique.

Une condition essentielle à l’existence même de cette société et de la démocratie, c’est le respect par chacun et par l’État du socle que représentent la Déclaration universelle des Droits de l’Homme -entre autres les libertés fondamentales et l’égalité femme-homme- et le respect du principe de la stricte séparation entre l’État et toute croyance, qu’elle soit religieuse ou non.

Les discriminations directes ou indirectes, fondées notamment sur l’origine ethnique, le handicap, l’orientation sexuelle ou encore le genre n’y ont pas droit de cité. Cette lutte n’est pas terminée et nous continuerons à nous y investir sans compter.

Dans ce cadre, guidé par les principes de solidarité interpersonnelle et de solidarité entre les entités, de responsabilité dans la gestion publique, d’égalité de traitement entre les personnes et de coopération volontaire et pérenne, Ecolo entend continuer à moderniser le système fédéral belge, avec Groen.
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Si vous avez trouvé une phrase du manifeste approuvant implicitement la fonction royale, merci de le faire savoir. Et pour les autres qu'ils sachent qu'en encensant ou approuvant l'institution royale, ils s'éloignent du programme écologiste tel que défini en assemblée générale.

Même si vous n'êtes pas d'accord avec ce programme, il me semble qu'il y a des combats plus importants, plus sociaux, plus redistributeurs, plus utiles, plus progressistes, plus ancrés dans les valeurs de gauche, que de militer ardemment, comme l'ont fait certains ces derniers jours, pour le soutien à l'institution monarchique. J'avais renoncé, lors des discussions préparatoires au manifeste à proposer d'introduire des mots explicitement relatifs à la fonction royale en Belgique ou ailleurs. Je constate que certains n'ont pas renoncé à médiatiser un point de vue contraire au texte et à l'esprit de notre texte fondateur.

Didier Coeurnelle
Membre actif mais critique d'Ecolo

samedi 3 août 2013

La mort de la mort. Lettre de juillet 2013. Numéro 52.


Telle est la nature humaine, que si nous étions tous frappés à la tête avec une batte de baseball une fois par semaine, les philosophes découvriraient bientôt les nombreux avantages étonnants de recevoir un choc violent chaque semaine. Cela nous durcit, nous rend moins craintifs vis-à-vis des douleurs, rend les jours sans coup plus doux. Pourtant, si les gens ne sont pas actuellement frappés, ils ne souhaitent pas l'être. La littérature moderne sur la mort et les perspectives pour l'extension radicale de la vie grâce à la science médicale sont écrites essentiellement par des auteurs qui s'attendent à mourir. C'est pour cela que les fruits de leurs réflexions sont si aigres. Extrait de la lettre "Fight aging", 3 juillet 2013 (traduction).



Thème du mois: les pistes de traitement de la maladie d'Alzheimer



En 2013, en Europe comme dans la plupart des pays du monde, la première cause de mortalité, ce sont les maladies liées au vieillissement. Ceci est vrai même dans des pays encore très pauvres comme le Bangladesh où l'espérance de vie progresse actuellement de près de six mois par année.

Parmi les maladies liées au vieillissement, une des plus terribles est la maladie d'Alzheimer. Son développement est lent, elle détruit petit à petit ce que nous avons de plus précieux, notre conscience d'être et elle touche, par-delà les victimes directes, des millions d'époux, d'enfants, de membres de la famille qui tentent de venir en aide aux personnes en déclin.

Ce mal insidieux touche de plus en plus de femmes et d'hommes, à mesure de l'avancée en âge. Faire des progrès dans ce domaine, c'est donc de plus en plus, faire des progrès pour tous : pour nos parents, pour nos enfants et  pour nous-mêmes. Mais, à ce jour, c'est le domaine médical important où les progressions sont les moins rapides. Aucun traitement ne permet d'arrêter le développement de la maladie ni même de le ralentir fortement.

La présente lettre est consacrée aux moyens d'attaquer ce mal qui, jusqu’à l’heure actuelle, est resté invaincu.

Compréhension de la maladie
Même s'il reste des zones d'ombre, le développement de la maladie est assez bien connu. Il y a deux aspects majeurs: la formation de "plaques amyloïdes" et la dégradation de cellules nerveuses suite à des accumulations de protéines, nommées protéines tau. Lorsque la maladie atteint des stades avancés, la taille du cerveau diminue, le cerveau se contracte. Le pourcentage de personnes touchées atteint au moins un tiers, probablement jusque 50 % des individus, peut-être même plus, parmi ceux qui dépassent l'âge de 85 ans. La part génétique dans l'apparition de la maladie est faible, sauf pour un petit nombre de malades. Il ne s'agit donc pas d'une affection qui frappe systématiquement certaines familles ou certains groupes. Selon certains, la maladie touche plus les femmes que les hommes, mais il se pourrait que ce soit uniquement parce qu'il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes qui atteignent un âge très avancé (plus de 80 % des centenaires sont des femmes).

Des champs d'ombre à la compréhension de la maladie subsistent cependant. Il arrive que des personnes qui présentent les signes extérieurs de la maladie aient un cerveau qui semble intact. Inversement, il se peut que des personnes ayant un cerveau assez fortement atteint, conservent des capacités de raisonnement normales jusqu'à leur décès, en particulier des personnes ayant un haut niveau d'éducation. Les zones d'ombre sont aussi des pistes d'espoir, car elles prouvent que le cerveau a parfois des capacités énormes de récupération ou de compensation.

En laboratoire, on élève des souris atteintes d'une affection génétique proche de la maladie d'Alzheimer. Des troubles cognitifs sont observés, similaires à ceux des êtres humains. Il est possible de tester l’amoindrissement de la capacité de mémorisation et l'évolution de ces capacités. De plus, les souris peuvent être sacrifiées avant que la maladie ait atteint un stade avancé alors que pour les hommes, ce n'est évidemment pas possible. En l'état actuel des possibilités d'investigation médicale, les cerveaux humains examinés le sont après décès. Il s'agit donc de personnes qui étaient déjà gravement atteintes sauf lorsque les patients sont décédés d'une cause autre que la maladie d'Alzheimer. Des méthodes de prévention, stabilisation et ralentissement de la maladie sont également testées chez des chiens et chez de petits singes (microcèbes), qui ont naturellement des dégénérescences s'approchant de la maladie d'Alzheimer.

Prévention
La maladie d'Alzheimer a été abondamment étudiée en ce qui concerne les effets de certains comportements. Une alimentation modérée et équilibrée, la pratique d'exercices physiques, particulièrement la marche, et le maintien d'activités intellectuelles suffisantes sont considérés comme efficaces pour la prévention. La consommation de thé ou de café semble également avoir un effet préventif, de même que la prise régulière d'aspirine. Les facteurs constatés de risque - et de prévention des risques - pour la maladie d'Alzheimer et pour les maladies cardio-vasculaires présentent des similarités. Il est donc envisageable d'avoir des activités diminuant ces deux causes majeures de maladie et de mortalité. 

Pour la maladie d'Alzheimer, il faut cependant apporter deux nuances importantes en ce qui concerne l'efficacité de la prévention:
  • Une bonne hygiène de vie semble surtout retarder le développement de la maladie et non pas empêcher ce développement. De plus, comme une bonne hygiène de vie est également favorable à une vie plus longue, les personnes concernées seront quand même souvent "rattrapées" par la maladie, même si c'est à un âge plus avancé.
  • Lors des études statistiques relatives aux comportements, il est toujours extrêmement difficile de distinguer s’il existe ou non un lien de causalité et quel est le sens de ce lien. Il se peut par exemple que des citoyens aient moins d'activités intellectuelles parce qu'ils commencent à souffrir de capacités affaiblies. La réduction de l'activité intellectuelle peut donc être une conséquence et non une cause du développement de la maladie.
Par contre, il y a un élément qui semble prouver une influence importante de l'environnement. Les citoyens japonais sont moins souvent atteints par la maladie. Et ceci n'est pas suite à des causes génétiques parce que les personnes nées au Japon mais vivant dans un pays occidental sont plus souvent atteintes. Mais quels éléments de l'environnement jouent? On ne le sait malheureusement pas.

Des substances polluantes, particulièrement le mercure dans les amalgames dentaires, ont été parfois citées comme exerçant une influence importante. Si c'est exact, à long terme, l'impact de la maladie pourrait diminuer puisque le mercure est un polluant moins présent aujourd'hui que par le passé et n'est plus utilisé en dentisterie.

Enfin, l'environnement humain peut jouer un rôle important pour ralentir le développement de la maladie. Ceci concerne les membres de la famille, pour qui les tâches peuvent être épuisantes physiquement et surtout psychiquement et le personnel de santé. Leur travail est fondamental, mais à ce jour, ne fait malheureusement au mieux que retarder le développement de la maladie.

Vaccination
Des essais promoteurs avaient été effectués sur des souris avec des produits qui semblaient permettre une immunisation. Malheureusement, les essais sur l'homme n'ont pas été concluants. Dans un avenir proche, la piste de la vaccination n'est guère prometteuse puisque l'origine même de la maladie reste inconnue.

Médicaments
Actuellement, aucun médicament n'a d'effet important ou durable pour lutter contre la maladie d'Alzheimer. Un des espoirs porte sur la découverte de médicaments capables de "dissoudre" les plaques amyloïdes ou en tout cas d'en empêcher le développement. L'usage de produits pour lutter contre la maladie est particulièrement complexe parce qu'il faut franchir la "barrière hémato-encéphalique", c'est-à-dire les mécanismes qui séparent le sang du cerveau et qui limitent l'effet des médicaments sur les cellules nerveuses.

Aujourd'hui, les principaux médicaments qui semblent avoir une certaine efficacité sont des médicaments qui agissent sur les mécanismes de transmission entre neurones. Ils visent donc à pallier les dysfonctionnements des liaisons neuronales suite à la maladie d'Alzheimer, mais ils ne font malheureusement que retarder le développement de la maladie. Les autres médicaments existant actuellement ont surtout pour objectif de limiter les effets de la maladie.

De par le monde, notamment en France, en Belgique et aux États-Unis, de nombreux laboratoires se livrent à des recherches sur des centaines de produits différents. Pour des dizaines de produits, des tests sur des patients humains sont en cours.

Thérapies géniques et cellules souches
Actuellement, nos connaissances sur la maladie ne sont pas suffisantes pour imaginer une thérapie génique pour la maladie d'Alzheimer. Il ne semble pas que le patrimoine génétique des personnes atteintes de la maladie soit très différent de ceux non atteints, sauf pour un petit pourcentage des malades (environ 4 % des personnes atteintes).

Par contre, contrairement à ce que pensaient encore les scientifiques il y a encore quelques décennies, certaines cellules nerveuses sont des cellules souches et peuvent donc se reproduire. Stimuler la reproduction de cellules nerveuses saines pourra donc un jour être envisagé pour remplacer les cellules nerveuses endommagées ou détruites par la maladie.

Modélisation informatique
Le cerveau est un organe d'une complexité gigantesque aux champs inconnus encore considérables. Une des manières de mieux le comprendre est le développement d'outils informatiques. Il existe entre autres plusieurs recherches européennes (NeuGRID, Human Brain Project) qui ont des ambitions et des moyens importants, mais pas encore de grand projet spécifiquement centré sur la maladie d'Alzheimer.

Nanotechnologies
Les nanotechnologies travaillent à l'échelle du milliardième de mètre. À cette taille, des particules peuvent franchir la barrière hémato-encéphalique déjà citée. Ceci peut présenter des dangers pour des substances non souhaitées, mais cela peut aussi permettre d'introduire des substances dans un but thérapeutique. À plus long terme, l'utilisation de nanorobots peut également être envisagée. Il ne s'agirait pas nécessairement de machines complexes de taille minuscule, mais plus simplement d'objets autonomes capables de détruire progressivement, particule par particule, les plaques amyloïdes ainsi que les cellules nerveuses endommagées.

Plus de recherches
La plupart des spécialistes du vieillissement sont conscients du fait que la lutte contre la maladie d'Alzheimer est fondamentale.

Étant donné que les solutions à la malade seront progressives et proviendront de plusieurs domaines de recherche, il importe d'avoir un financement important et s'orientant dans plusieurs directions. Des mécanismes garantissant l'accès de tous aux résultats des recherches doivent être prévus. Cette garantie d'accès aux résultats concerne surtout la bonne connaissance des échecs, malheureusement fréquents pour éviter de recommencer des recherches inutiles. Dans le domaine scientifique, le manque de communication à propos des résultats d'expériences n'ayant pas abouti au résultat espéré est une des grandes difficultés, particulièrement lorsque l'échec fait suite à des premiers résultats prometteurs.

Aujourd'hui, le nombre de personnes atteintes continue à croître. La maladie touche des millions de personnes âgées et leurs familles. Et, même parmi les opposants les plus acharnés aux progrès de la médecine, rares sont ceux qui souhaitent la maladie d'Alzheimer pour eux, pour leurs parents ou même pour leurs ennemis.

Si les recherches sont plus nombreuses, plus coordonnées, plus communiquées, elles seront plus efficaces. Si le financement est public et/ou si des garanties sont prises pour que les thérapies soient disponibles à prix raisonnable, il est imaginable qu'un jour la maladie d'Alzheimer deviennent un mauvais souvenir pour tous. Elle rejoindrait le cortège des maux que l'humanité a vaincu petit à petit.


La bonne nouvelle du mois: à âge égal, l'impact des maladies neurodégénératives décroit


Comme abondamment décrit ci-dessus, le déclin cognitif est un drame pour un nombre croissant de personnes âgées. Mais ce n'est pas parce que nous vivons moins bien, c'est parce que nous vivons plus longtemps. Selon une étude publié par le prestigieux journal médical The Lancet, les citoyens danois âgés de 93 ans  et nés en 1915 ont de meilleures capacités cognitives que ceux nés 10 ans plus tôt (1905). Les activités quotidiennes de ces citoyens sont globalement aussi de meilleure qualité. Autrement dit, à âge égal, l'étude indique que les citoyens européens vivent de mieux en mieux, y compris du point de vue des capacités cognitives. 


Pour en savoir plus

samedi 6 juillet 2013

La mort de la mort. Numéro 51. Juin 2013.

Si, il y a 200 ans, vous aviez affirmé que 200 ans plus tard, il serait possible de s'asseoir confortablement et tranquillement sur une chaise dans le ciel, à l'intérieur d'un gros tube de métal qui ne s'écraserait pas au sol, combien ceci serait-il apparu probable? (traduction). Franco Cortese, Institute for Ethics and Emerging Technologies. Juin 2013.


Thème du mois : Ce que nous pourrions collectivement changer dès aujourd'hui pour vivre plus longtemps


Chaque jour, nous gagnons près de six heures d'espérance de vie. Ce gain s'explique globalement par les progrès en matière d’hygiène, de comportements individuels et de niveau de vie, mais aussi en médecine. Il est parfois estimé que les progrès médicaux et les autres progrès (hygiène, niveau de vie, ...) y contribuent environ à parts égales. 

Ce qui est notable est que, pour les personnes les plus âgées, les gains moyens de durée de vie sont en croissance ces dernières décennies alors que ce n'était pas le cas auparavant. Or, la progression de l'espérance de vie des individus les plus âgés s'explique pour une plus grande part par les progrès des soins médicaux, alors que la diminution de la mortalité chez les plus jeunes, surtout dans les pays du sud, s'explique pour une plus grande part, par une amélioration des situations économiques, la diminution des morts violentes (guerres, accidents,...), une meilleure prévention des risques,... Autrement dit, c'est de plus en plus la médecine qui explique les gains de longévité des plus âgés.
La présente lettre aborde des progressions ayant une dimension médicale, concernant principalement des personnes âgées. Il s'agit de changements qui pourraient techniquement être débutés en quelques mois et dont l'efficacité, largement admise, serait mesurable dès leur mise en œuvre.
1. Prévention : la limitation des maladies cardio-vasculaires, des cancers et dans une moindre mesure des maladies neurodégénératives par les changements d'habitudes de vie Supprimer la consommation du tabac et diminuer ou supprimer la consommation d'alcool aurait un effet immédiat important. Les politiques publiques entamées dans de nombreux pays ont déjà limité fortement la mortalité due à ces causes. Mais des progrès importants peuvent encore être faits en interdisant la publicité, en interdisant la consommation dans des lieux publics et en informant mieux sur les dangers liés à la consommation. Les améliorations peuvent aussi être obtenues en mettant l'accent sur les agréments d'une convivialité sans dépendances par l'alcool et le tabac ainsi qu'en favorisant le développement des pratiques culturelles nouvelles. La limitation de la consommation de l'alcool, outre ses effets positifs directs, entraîne également une diminution indirecte de la mortalité par la réduction des violences notamment familiales, des accidents de la route et des imprudences en général. Limiter les apports alimentaires excessifs et inciter à des efforts physiques modérés suffisants est également utile. Il faut cependant noter qu'il n'y a de consensus large ni sur la quantité idéale de nourriture, ni sur sa composition, pas plus que sur l'intensité et la durée des efforts physiques nécessaires. Il est rarement contesté qu'un indice de masse corporelle très élevé est néfaste (plus de 80 kilos pour une femme de 1,60 mètre par exemple). Il est aussi rarement contesté que l'absence de tout exercice soit néfaste. Mais, pour le reste, le consensus et les études statistiques restent assez incertaines, les consensus relatifs au type d'alimentation étant particulièrement fréquemment remis en question.

2. Prévention : la limitation des conséquences des maladies liées au vieillissement par la prévention de risques, la mesure des paramètres vitaux et les instruments individuels détectant les défaillances

Il est possible, dès aujourd'hui, à la majorité des citoyens, en tout cas dans les pays au niveau économique élevé, d'acquérir des appareils ou des applications logicielles qui permettent de mesurer aisément les paramètres physiologiques tels les battements du cœur, la quantité d'exercice effectué, la quantité de nourriture absorbée. Ces instruments de mesure incitent à limiter les excès et peuvent avertir d'écarts physiologiques anormaux. Il serait aussi d'ores et déjà possible, pour toute personne âgée d'avoir une sorte de bracelet qui avertirait immédiatement en cas de modification des fonctions vitales nécessitant une intervention.

Par ailleurs, le domaine dans lequel les investissements tant financiers que médiatiques sont de loin les plus importants actuellement, est le domaine de la prévention des accidents, principalement les chutes. Les chutes provoquent, outre les traumatismes directs, une diminution de la mobilité, tant du fait de l'immobilisation pour la convalescence qu'ensuite, notamment par peur d'une nouvelle chute. Tous les moyens techniques limitant le risque de chute et veillant à une prise en charge rapide après un éventuel incident, sont donc très abondamment étudiés. Des mesures plus efficaces de prévention et également de détection rapide des chutes (aisée grâce aux progrès technologiques) permettraient des gains importants. Il faut également noter que, chez les individus les plus âgés, particulièrement en dehors du milieu familial traditionnel, il faut souvent être attentif, non pas à éviter l'obésité, mais, au contraire, veiller à maintenir une nutrition et une hydratation suffisantes.

Enfin, le maintien d'activités intellectuelles et sociales, qui peut être mieux organisé, notamment par le financement et l'encouragement d'activités pour les personnes âgées, mais aussi par des applications logicielles entraînant la mémorisation ralentit le développement des maladies neurodégénératives et donc permet une vie plus longue et de meilleure qualité. De plus, de manière indirecte, les investissements en temps et en énergie à l'intention des personnes âgées améliorent leur cadre de vie, leur confort, leur bien-être et réduisent le risque de dépression. En conséquence, la qualité et la durée de la vie progressent.

3. Limitation des maladies cardio-vasculaires par l'absorption de substances
Le nombre de maladies cardio-vasculaires à l'issue fatale est en diminution progressive, mais reste important dans tous les pays à niveau de vie élevé. L'âge est, de loin, le 1er facteur de risque. L'absorption de médicaments visant à fluidifier le sang diminuerait les maladies cardio-vasculaires de manière importante pour un grand pourcentage d'individus au point qu'il serait souhaitable de donner ce type de médicament systématiquement (sauf contre-indication) à partir d'un certain âge. Cet âge pourrait être par exemple 55 ou 60 ans. Un médicament dont l'usage pourrait être systématisé est la très classique aspirine. Certains ont également proposé l'usage d'une pilule composée de différentes substances à l'efficacité reconnue. Les experts parlent de "polypill" pour ce médicament composite.

4. Chirurgie de pointe

Pour lutter contre les maladies cardio-vasculaires comme pour opérer des tumeurs cancéreuses, la chirurgie de pointe est de plus en plus disponible. Pour diverses bonnes et moins bonnes raisons, les centres hospitaliers d'une certaine taille opèrent généralement pour des affections très diverses. Or aujourd'hui, le matériel médical de chirurgie est encore coûteux et exige de plus en plus une dextérité peu commune (même si l'appareillage est de plus en plus  automatisé). Une diminution de la mortalité pourrait être obtenue en permettant une meilleure répartition des actes médicaux, chaque hôpital opérant pour un type de chirurgie. Cette spécialisation devrait être accompagnée d'une mise en commun des données médicales, chaque fois que le patient donne son consentement éclairé. Les données peuvent voyager instantanément, les équipements pas. De plus, une attention plus grande aux spécificités des patients pourrait également être apportée, parallèlement à la spécialisation des équipements, les hôpitaux multifonctionnels étant souvent particulièrement "déshumanisés".

Par ailleurs, dans le domaine de la chirurgie, comme pour les autres soins, si une plus grande priorité était donnée aux personnes plus âgées, qui sont aussi les plus fragiles, la mortalité pourrait également diminuer. Actuellement, c'est plutôt la situation contraire qui prévaut. La diminution des capacités physiques des individus les plus âgés étant inévitable à terme, les efforts pour ralentir cette dégradation sont moindres au fur et à mesure de l'avancée en âge. Autrement dit, lorsque les signaux de diminution de capacité se multiplient, l'effort pour diminuer l'impact du vieillissement diminue.

5. Lutte contre les cancers

Depuis le tournant du siècle, l'évolution de la facilité de l'analyse du patrimoine génétique est vertigineuse tant du point de vue financier (coûts en diminution rapide) que de celui de la rapidité d'analyse (des années étaient nécessaires, les délais se comptent désormais en journées). Les progrès de l'observation et de la compréhension des cellules cancéreuses permettent aujourd'hui de comprendre qu'il n'y a pas UNE maladie comme le cancer, ni même UNE maladie comme le cancer du poumon, du sang, ... En fait, (presque?) chaque cas de cancer est spécifique, relevant de mutations de cellules propres à chaque personne atteinte.

Aujourd'hui l'analyse systématique du génome pour chaque cas de cancer est déjà possible techniquement et financièrement, pour une partie importante de la population. Si elle était effectuée et si les résultats étaient partagés de manière généralisée, le choix d'un traitement plus adapté serait immédiatement possible et l'efficacité, dans certains domaines, croitrait de manière exponentielle.

6. En synthèse : une vie plus longue est envisageable grâce à la médecine de demain, mais aussi par l'optimisation de celle d'aujourd'hui

Les lignes qui précèdent décrivent les domaines les plus vastes pour lesquels des techniques existantes sont sous-utilisées. En les optimalisant, une limitation assez forte de la mortalité des personnes âgées pourrait être obtenue en quelques mois. Vivre plus longtemps en bonne santé grâce aux progrès médicaux ne dépend donc pas seulement de la recherche médicale et de moyens financiers, mais parfois simplement de la mise en œuvre de ce qui est disponibl.


La bonne nouvelle du mois : le nombre de décès suite à des maladies cardio-vasculaires continue à diminuer

Une étude de l'Université d'Oxford, menée par la docteure Melanie Nichols et parue dans l"European Heart Journal " établit que, durant les 30 années écoulées entre 1989 et 2009, le nombre de décès de maladies cardio-vasculaires diminue régulièrement dans la plupart des pays de l'union européenne pour les hommes comme pour les femmes. La mortalité actuelle est fortement réduite, souvent de moitié, par rapport à celle d'il y a 30 ans. La diminution semble donc se poursuivre sans signe d'essoufflement ces dernières années tant grâce aux progrès de la médecine que par la diminution de certains risques (consommation de tabac).


Pour en savoir plus

jeudi 6 juin 2013

La mort de la mort. Numéro 50. Mai 2013.


Vous n'avez pas osé  dire le mot "immortalité". Tous les médecins en ont peur. Tous les êtres en ont peur. Donc on recherche  l'allongement de la vie, comment aller mieux, comment traiter les maladies mais on n'ose pas parler d'immortalité. Or, la possibilité de trouver une pilule contre la mort est possible. Je ne dis pas que c'est certain, mais en tout cas, c'est une hypothèse à envisager.
Maurice Mimoun, chirurgien français, lors d'une émission scientifique à la RTBF (O Positif), le 18 avril 2013.


Thème du mois: les maladies cardiovasculaires


Dans des pays comme la France, la Belgique ou le Canada, environ 90 pour cent des décès sont causés par des maladies liées au vieillissement. Les trois grandes  catégories d'affections responsables de ces décès sont les affections cardiovasculaires, les cancers et les maladies neurodégénératives. En pourcentage de l'ensemble de la mortalité, les maladies cardio-vasculaires et les cancers sont d'une importance similaire. Environ trois décès sur dix ont un cancer comme cause et environ trois décès sur dix sont causés par une maladie cardio-vasculaire. En France, les hommes sont un peu plus touchés par les maladies cardio-vasculaires, les femmes, un peu plus par les cancers.

Les maladies cardio-vasculaires et les cancers ont un autre point en commun: beaucoup de citoyens ne les perçoivent pas comme des maladies liées au vieillissement. Il est vrai que ce ne sont pas des maladies exclusivement liées à la vieillesse, mais leur impact est considérablement plus important pour les personnes avançant en âge.

Les progrès en matière de lutte contre les cancers ont été abordés dans une
lettre de mars 2012. Dans les lignes qui suivent, seules les maladies cardiovasculaires seront abordées.

La mortalité cardio-vasculaire et les traitements aujourd'hui

En 2008, les maladies cardio-vasculaires ont été responsables de 27,5 % des décès en France. Les maladies cardio-vasculaires liées à l'avancée en âge ont toujours existé chez l'humain, mais leur impact important sur la mortalité est récent. La principale cause de l'augmentation récente de la morbidité et de la mortalité est la progression de l'obésité. Mais la consommation excessive de denrées alimentaires ne suffit pas. Un jeune adulte même beaucoup trop corpulent ne mourra pas de ses excès. L'âge est le premier facteur de risque inévitable.

Dans le cas de nombreuses crises cardiaques et accidents vasculaires cérébraux (AVC), l’événement final qui provoquera la mort se déclenche très peu de temps avant le décès et ceci alors qu'il y avait peu ou pas de signes de maladie auparavant. Ceci est particulièrement spectaculaire pour les hommes et les femmes encore relativement jeunes et donne l'impression d'un accident plus que d'une maladie. Mais ce déclenchement brutal est la conclusion d'un processus dans lequel l'usure ou l'accumulation aura joué, donc le vieillissement.

Pour illustrer l'influence de l'âge, il est par exemple utile de savoir qu'en Europe, environ 95 % des accidents vasculaires cérébraux en Europe se passent après l'âge de 45 ans. Aux Etats-Unis, en 2008, 224.000 personnes de 75 à 84 ans sont mortes suite aux maladies cardiovasculaires contre seulement 47.000 de 45 à 54 ans et 24.000 avant 45 ans.

Durant ces dernières décennies, les maladies cardio-vasculaires sont la catégorie d’affections liées au vieillissement pour laquelle les progrès ont été les plus rapides. Ainsi en vingt années, aux Etats-Unis (de 1980 à 2000), le nombre annuel de décès suite à ces maladies a décru de moitié. Ceci est dû principalement:
·         à une meilleure hygiène de vie particulièrement la diminution du tabagisme ;
·         à de meilleurs soins préventifs et curatifs, notamment la prise de certains médicaments assurant une "fluidification" du sang (dont la très classique aspirine) ;
·         à la progression de la médecine chirurgicale, entre autres tout ce qui concerne le caractère moins invasif et plus ciblé des interventions.
Des facteurs de morbidité sont par contre en croissance, le principal étant l'alimentation trop abondante et déséquilibrée.

Perspectives à court, moyen et long terme

Les améliorations envisageables dès aujourd'hui sont nombreuses. 

Des progrès considérables en matière de prévention sont possibles sans délai. Il s'agit principalement de promouvoir une alimentation plus équilibrée et surtout moins abondante, un exercice modéré et la poursuite de la réduction de l'usage du tabac. C'est à la fois facile, puisque le moyen  d'améliorer la situation est presque universellement connu et très compliqué parce que changer des habitudes perçues comme agréables est difficile. Une des raisons d'être optimiste est que les comportements des citoyens à cet égard varient fortement selon les pays, le milieu social et les influences personnelles. Ainsi, du fait de ces différences, les Japonaises ont un taux de maladies cardio-vasculaires très fortement inférieur au taux européen.

Des comportements collectifs perçus comme profondément ancrés peuvent être modifiés en quelques années. Ce que l'on appelle parfois le "Zeitgeist", "l'esprit du temps" peut se modifier d'une manière imperceptible, mais assez rapide et fondamentale entre autres dans le domaine des comportements alimentaires et physiques. Ainsi, dans certains pays, il a fallu moins de 10 ans pour que le tabagisme dans les lieux couverts passe du statut d'activité socialement acceptée à celui d'acte déconsidéré et malpoli, même dans des lieux tout à fait privés.

Dans le domaine strictement curatif, la chirurgie progresse rapidement pour tout ce qui concerne les interventions cardio-vasculaires. Les actes médicaux deviennent de plus en plus ciblés, rapides et efficaces. Les moyens d’exploration interne préalable à l’opération vont s’améliorer. Les automatisations devraient aussi diminuer les risques de pratiquer des actes chirurgicaux néfastes pour les patients. La mortalité diminue tant durant les opérations qu'après et les complications deviennent plus rares. Du fait du caractère moins invasif des opérations, de l'augmentation de l'espérance de vie et de l'augmentation des performances des médicaments diminuant l'impact de ces maladies, l'âge des patients sur lesquels  des opérations peuvent être pratiquées devient de plus en plus élevé. 

Enfin les traitements préventifs et curatifs médicamenteux sont très importants. L'usage de produits de mieux en mieux dosés, de plus en plus testés et de plus en plus ciblés se répand. Il semble bien, étant donné que l'âge est un élément majeur de risque et que des médicaments ont un facteur limitatif important sur  la maladie, que l'utilisation systématique de certains médicaments pour les personnes âgées aurait  un effet globalement positif pour la longévité.

Si tout ce qui précède devient applicable au plus grand nombre, la mortalité causée par les maladies cardio-vasculaires avant 80 ans pourrait devenir rare. A plus long terme, pour aller encore plus loin, des nanorobots sont  imaginables en tant que piste importante de progrès médical. Il s'agirait de machines de taille minuscule (de la taille d'une cellule ou bien plus petites). Celles-ci pourraient  détruire les agrégats qui se produisent dans les vaisseaux sanguins et, plus tard, réparer les vaisseaux endommagés. 


La bonne nouvelle du mois: multiplication des articles à propos de l'augmentation de la longévité

Le célèbre mensuel National Geographic de mai 2013 a comme couverture: "Longévité, ce bébé vivra jusque 120 ans". En France; le docteur Laurent Alexandre, auteur du livre "La mort de la mort" est intervenu sur de nombreux médias (Libération, le Monde, France 2,...) à propos de la longévité. En Belgique, la couverture du journal Moustique du 10 mai 2013 porte comme titre principal "Arrêtons de vieillir". Un peu partout progresse la perception que les perspectives de croissance de l'espérance de vie sont de plus en plus vertigineuses. Et progressivement, le nombre de ceux qui perçoivent que ces enjeux et ces espoirs ne sont pas que théoriques mais peut également concerner nos proches et nous-mêmes grandit aussi.

Pour en savoir plus
·         De manière générale: http://heales.orghttp://longecity.orghttp://sens.org et http://immortalite.org
·         A propos de la diminution de la mortalité cardio-vasculaire, voir notamment: Explaining the Decrease in U.S. Deaths from Coronary Disease, 1980–2000   http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMsa053935

·         Source de l'image: Journal Moustique