dimanche 4 juillet 2010

La mort de la mort. Numéro 16. Juin 2010.

Je n'ai pas peur de mourir, j'ai peur de ne pas avoir assez vécu (Némo Nobody, le héros du film "Mister Nobody", le dernier être humain à mourir de vieillesse en 2092)



Thème du mois: Courte approche internationale de la lutte pour une vie plus longue.



Les Etats-Unis ont toujours une génération d'avance dit-on parfois. C'est en tous cas au coeur de l'Amérique du Nord que le premier ouvrage à vocation scientifique et à forte diffusion sur ce thème fut écrit "The Prospect of Immortality" par Robert Ettinger, dès l'année 1962. Et Bill Clinton déclarait à la maison blanche, en octobre 1999, We want to live forever, and we're getting there (Nous voulons vivre pour toujours et nous y arriverons).

Des millénaires auparavant, le premier écrivain (ou plus probablement les premiers écrivains) qui s'attaqua littérairement à la grande faucheuse était un des tous premiers auteurs de l'histoire littéraire de l'humanité. Son nom s'est perdu dans la nuit des temps. Mais l'épopée de Gilgamesh, son œuvre, est un récit de lutte sans succès pour l'immortalité qui se déroulait dans les plaines de la Mésopotamie à une époque où l'écriture venait à peine d'être inventée.

Bien plus tard, un des premiers philosophes connus qui envisagea que la science permette une vie presque sans limitation vécut en France au 18ème siècle. Il s'agissait du marquis de Condorcet qui écrivit "Serait-il absurde, maintenant, de supposer que ce perfectionnement de l'espèce humaine doit être regardé comme susceptible d'un progrès indéfini, qu'il doit arriver un temps où (...) la durée de l'intervalle moyen entre la naissance et cette destruction n'a elle-même aucun terme assignable? . Et c'est en France aussi, à Arles, que vécut jusqu'à 122 ans, Jeanne Calment, la femme qui atteint l'âge le plus élevé de l'histoire de l'humanité.

Pour des raisons de niveau économique, de traditions alimentaires mais aussi probablement de patrimoine génétique, c'est au Japon et à Hong-Kong que l'espérance de vie est actuellement la plus haute au monde. C'est aussi en Asie que les technologies progressent le plus rapidement dans les domaines de la robotique. Il s'agit d'aider les personnes âgées à pouvoir être autonomes grâce à des moyens technologiques qui n'existent pas encore.

Dans la Russie présoviétique est né un mouvement philosophique, d'inspiration partiellement chrétienne orthodoxe, le cosmisme. Un de ses plus célèbre propagateurs, Nikolaj Fedorov estimait que l'immortalité des êtres humains, d'un point de vue éthique mais même d'un point de vue scientifique (!) devait concerner non seulement les générations qui nous succéderont mais même devrait un jour permettre de faire revenir à la vie ceux déjà décédés.

C'est en Chine que les efforts les plus gigantesques ont été effectués il y a déjà des millénaires pour permettre une vie sans vieillissement. Il y a 2220 ans, Qin Shihuangd, le premier empereur mourait, probablement notamment suite à l'ingestion de mercure qui était censé lui permettre d'accéder à l'immortalité. Ce fut une tradition millénaire des alchimistes de l'empire du milieu de chercher le secret d'une vie sans limites. Et des recherches intenses se poursuivent également, notamment pas très loin en Corée afin de mieux comprendre et maîtriser les cellules-souches qui pourraient un jour diminuer considérablement les mécanismes du vieillissement.

Enfin, une des plus belles raisons d'agir pour une vie en bonne santé beaucoup plus longue a été décrite par le sénégalais Amadou Hampaté Bâ "Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle".

Mais le futur d'une vie avec un vieillissement négligeable est peut-être ailleurs. Peut-être dans la mer des Caraïbes d'où provient une étrange méduse qui se répand de par le monde. Turritopsis nutricula a un cycle de vie qui comprend une phase d'avancée en âge jusqu'à la maturité sexuelle et puis une phase de rajeunissement qui fait que cet étrange invertébré de petite taille semble ne jamais mourir de vieillesse. Peut-être, faut-il chercher dans les déserts de l'est africain où e rat-taupe-nu est un rongeur qui vit une trentaine d'années, bien plus longtemps que les rongeurs ordinaires ou encore près des côtes islandaises ou a été découvert un "quahog nordique", petit mollusque venu du froid et ayant atteint l'âge de 400 ans.

Encore que le futur d'une vie beaucoup plus longue en bonne santé se trouve le plus probablement dans ce qui n'est pas un lieu géographique mais virtuel, le lieu de la rencontre d'idées et de techniques venus de laboratoires d'origines multiples et qui n'existait pas pour la plupart d'entre nous il y a moins de 15 ans. C'est-à-dire une éternité en terme de progression technologique.



La bonne nouvelle du mois: Premiers poumons "régénérés" chez les rats.



Dans un laboratoire du Connecticut, dans l'Université de Yale, des scientifiques ont "décellularisé" des poumons de rats, c'est-à-dire qu'ils n'ont gardé des poumons que la structure. Ils ont ensuite "recellularisé" ces poumons avec des cellules souches et puis réalisé une greffe de ces organes sur d'autres rats. Les poumons ont permis aux animaux de respirer pendant quelques heures.

Cette expérience illustre la progression constante en matière de régénération cellulaire. Les greffes de poumons ont actuellement un taux d'échec très important. Il reste encore cependant bien des étapes avant une greffe similaire chez l'être humain notamment vu la différence de taille de l'organe respiratoire. Et plus de chemin encore pour d'autres organes.


jeudi 10 juin 2010

Lettre aux électeurs pour le 13 juin 2010

Dans quelques dizaines d'heures, vous pourrez voter pour les élections fédérales belges. L'enjeu, dès le 13 juin au soir, sera notamment de redéfinir comment tenter de vivre ensemble entre néerlandophones et francophones. A quelque niveau que ce soit, je pense que la vie en société se passe mieux lorsque nous arrivons à vivre avec plus de solidarité, plus d'attention pour le long terme et plus de respect mutuel.

J'ai choisi, il y a bien des années, de militer pour Ecolo et pour Groen!, les composantes belges du parti vert européen, parce que, à mon avis, les Verts sont le mouvement qui peut le mieux promouvoir l'intérêt de tous, aujourd'hui et demain, au Nord et au Sud, sans distinction de race, de naissance, de sexe ou d’origine. Vivre ensemble, c'est difficile, mais passionnant.

C'est pour ces raisons que, cette fois comme pour des élections précédentes, je vous propose de voter pour les partis les plus à gauche et les plus éthiques présents dans les parlements de notre petit pays fédéral. Je vous invite aussi, si vous avez un peu de temps, à consulter les programmes d'Ecolo http://web4.ecolo.be/?-Le-programme-complet- et de Groen! http://www.groen.be/ideen/programma_16.aspx.

Je connais de nombreux très bons candidats verts sur les listes partout en Belgique. Personnellement, habitant Bruxelles, je voterai à la Chambre notamment pour les candidats d'Ecolo Zoé Genot (2ème), Sarah Turine (22 ème) et Eric Remacle (11ème suppléant) et au Sénat je voterai pour Wouter Van Besien, président de Groen! et dernier candidat de cette liste.

Choisir, c'est renoncer. J'aurais pu aussi "panacher" dans l'autre sens en votant Groen! à la Chambre et Ecolo au Sénat. J'aurais alors voté, comme choix d'apaisement linguistique, pour une citoyenne francophone (et multilingue) de la périphérie, Fatima Boudjaoui 3ème candidate sur la liste Groen! à la Chambre et pour Zakia Khattabi, candidate multiculturelle et féministe, 12ème sur la liste Ecolo au Sénat.

Les verts au gouvernement sont loin d'être parfaits notamment malheureusement au niveau de la politique bruxelloise de logement social et de mobilité bruxelloise. Mais ils sont plus que jamais ancrés à gauche réinvestissant notamment plus que tous les autres partis parlementaires dans la réduction généralisée du temps de travail et dans une solidarité accrue de la part des revenus les plus élevés.

Je vous invite aussi dès le 14 juin à être exigeant vis-à-vis des partis et des élus. Et ceci en ne demandant pas seulement ce que les politiques peuvent faire pour vous mais aussi ce que vous pouvez faire pour que les élus participent à un monde plus solidaire.

Didier Coeurnelle
Citoyen du monde, (techno)progressiste et conseiller communal à Molenbeek.

Source de l'image: http://www.flickr.com/photos/kallisys/466922372/

dimanche 6 juin 2010

La mort de la mort. Numéro 15. Mai 2010.

La racine du mal causé par les êtres humains n'est pas la nature animale de l'homme, ou l'agression territoriale ou encore l'égoïsme. La racine du mal, c'est notre besoin d'acquérir l'estime de soi, de refuser notre mortalité et de réaliser une image de soi héroïque. Notre désir du meilleur est la cause du pire. Sam Keen, philosophe et psychologue américain (traduction).

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Thème du mois: La peur inconsciente et inextinguible de la mort. La gestion de la terreur.

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L'être humain est probablement le seul être vivant qui sait qu'il va mourir et certainement le seul à connaître l'inéluctabilité de sa fin. Cette réalité est tellement insoutenable qu'elle exige des réactions à plusieurs niveaux.

La première réponse est l'oubli: plus les personnes sont âgées, plus la mort s'approche. Et plus notre conscience réprime l'idée de la mort. Ainsi, si durant un test psychologique, l'expérimentateur projette des images qui évoquent des décès et d'autres images, les personnes les plus âgées se rappelleront moins les images évoquant la mort que les autres.

Mais certains psychologues affirment avoir découvert des mécanismes plus complexes et surprenants qu'ils nomment "terror management theory" (théorie de la gestion de la terreur). Inconsciemment nous ne pouvons accepter notre mort qu'en nous intégrant dans un ensemble plus large: notre groupe social, nos enfants, ceux qui pensent comme nous. Et, toujours inconsciemment, pour lutter contre la peur de notre décès, il faut que nous renforcions cette "appartenance" collective. Ces psychologues se sont livrés à de nombreuses expériences démontrant que plus nous sommes confrontés à des idées liées aux décès, plus nous nous rapprochons du groupe et nous rejetons les différences. Ainsi, dans un test curieux et amusant, des étudiants devaient préparer à manger pour des personnes ayant des idées politiques opposées à eux. Ils pouvaient épicer à souhait la nourriture. Les étudiants confrontés à l'idée de leur mort préparaient une nourriture beaucoup plus épicée (et donc désagréable) pour leurs adversaires.

La théorie du "terror management", comme la plupart des théories psychologiques, est contestée par certains. Mais ce qui est peu contesté, c'est que les personnes âgées sont généralement plus attachées à leurs enfants, à leurs proches ainsi qu'à leurs idées et aux traditions et évitent de penser à la mort "qui est tout au bout". Et il est certain aussi que de faire d'une vie finie quelque chose de positif rend la fin plus supportable voire souhaitable.

Beaucoup se disent donc que la mort fait partie de la nature que tout est né et meurt, que c'est souhaitable. Epicure disait il y a 22 siècles:
Ainsi le mal qui effraie le plus, la mort, n'est rien pour nous, puisque lorsque nous existons la mort n'est pas là et lorsque la mort est là nous n'existons pas.

Il y a aussi d'autres réponses possibles à l'angoisse de la mort.


Il y a d'abord le grou
pe restreint de ceux qui pensent et espèrent que le progrès technique permettra un jour d'échapper à la mort en tout cas pendant une période de plus en plus longue. Mais il s'agit d'un espoir, à moyen ou long terme et qui est encore ténu.

Il y a aussi et surtout, pour des milliards de citoyens, les convictions religieuses annonçant une survie après la disparition physique. Cependant, même chez ceux qui s'affirment les plus croyants, l'angoisse face à la mort diminue peu. La meilleure preuve en est que, lorsqu'une personne meurt, rares sont les survivants même très pieux qui ressentent une joie sincère. Une personne qui serait réellement convaincue que son enfant, son conjoint, sa mère, entre au paradis après de longues souffrances devrait être emplie de joie.

Mais, que nous le voulions ou non, sauf bouleversement économique ou politique, les progrès technologiques nous amèneront à réfléchir autrement. Nous ou les générations qui nous suivront. Il va de soi que les mécanismes psychologiques qui nous permettent de faire face à la mort depuis des millénaires ne changeront pas du jour au lendemain. Ceux qui roulent en voiture sur une route glissante serrent le volant plus fort que si la route est sèche sans que cela modifie la tenue de route de la voiture. Notre cerveau nous maintient éveillé trop tard le soir parce que la lumière artificielle surtout de forte intensité n'existe que depuis quelques générations. Nous trouvons la nourriture sucrée ou riche en calories, délicieuse et agréable, alors qu'elle est trop abondante et nuit à notre santé. Vivre dans un monde meilleur, c'est aussi vivre dans un monde changeant où les signaux que nous donne le "bon sens" sont parfois erronés. C'est parfois difficile à gérer mais c'est passionnant!

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Les bonnes nouvelles du mois: Le bébé qui ne voulait pas vieillir et la création d'une bactérie "artificielle"

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Brooke Greenberg a 17 ans mais elle a le corps (et l'esprit) d'un bébé de 15 mois. L'affection dont elle souffre est inconnue mais il est probable qu'elle est génétique et liée aux mécanismes du vieillissement. Des chercheurs américains examinent les causes génétiques possibles. L'objectif est de déterminer quels gènes sont responsables du retard du vieillissement.

Un succès possible dans ce domaine ne signifiera pas -bien sûr- une méthode pour ne plus vieillir mais pourrait permettre de comprendre les facteurs génétiques permettant une vie (beaucoup) plus longue.

Le célèbre et controversé biologiste Craig Venter et son équipe ont réussi à remplacer l'ADN d'une bactérie par de l'ADN d'origine totalement artificielle. La presse a parlé de "vie artificielle" alors qu'en fait il ne s'agit que d'un pas dans cette direction. En effet, seul l'ADN est artificiel pas le reste de la cellule et il s'agit principalement d'une simple copie de l'ADN naturel, pas d'une création d'un être vivant nouveau. Il n'empêche, ce pas scientifique est un des pas de géants qui permettent un peu plus chaque jour de comprendre et maîtriser "l'alphabet" du vivant qu'est l'ADN.
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Source de l'image: http://www.flickr.com/photos/peterjr1961/2495638395/

jeudi 13 mai 2010

25.000 logements publics bruxellois en 3.600 jours (Numéro 6). Mai 2010.

Les accords gouvernementaux régionaux bruxellois de l'été 2009 sont ambitieux. Ils prévoient, d'ici à 2019, une augmentation radicale du nombre de logements publics par une norme à atteindre dans les 10 années à venir de 15% de logements de qualité à gestion publique et à finalité sociale.

Il semble que le pourcentage actuel de logements publics soit de 10 % mais les chiffres exacts ne sont pas connus. Concrètement, pour atteindre la norme, environ 25.000 logements publics devraient donc être créés en deux législatures (de 20 à 35.000 logements selon les estimations). Il s'agit donc d'au moins 200 logements par mois.

C'est une mesure extrêmement volontariste que des dizaines de milliers de personnes attendent avec impatience dans une ville où il peut faire bon vivre lorsque le logement est assuré, mais où ledit logement engouffre la majorité du budget des plus démunis.

Onze mois après les élections régionales et dix mois après la création du nouveau gouvernement, les signes concrets incitent au pessimisme quelle que soit la bonne volonté des uns et des autres. La préoccupation affichée et théoriquement louable de concertation préalable cache de moins en moins la douloureuse absence d'avancées concrètes.

L'objectif nouveau ne concerne plus seulement la construction ab nihilo de logements, mais aussi la transformation de bureaux et de biens à l'abandon en logements ainsi que la poursuite de constructions déjà entamées. Et les accords concernent des constructions et des transformations sur le court, moyen et long terme, c'est-à-dire, logiquement, à terme long de 10 ans, moyen de quelques années et court de quelques mois.

Pour les objectifs à terme de quelques mois, on peut déjà affirmer la quasi-certitude de l'échec. En effet, jusqu'ici, rien de concret n'est annoncé dans ces domaines. Alors que par contre, le temps passé a permis d'abandonner un projet de la législature précédente et de revoir d'autres projets à la baisse.

Si l'objectif gouvernemental était rempli, il faudrait construire, rénover et transformer. Un logement construit coûte en moyenne au moins 300.000 € tout compris (terrain, construction, ...). Une rénovation ou une transformation, parfaitement économe et efficace, pourrait coûter aux alentours de 50.000 € tout compris par habitation. Le strict minimum imaginable en moyenne par habitation réalisée peut donc être estimé à 100.000 € par logement concerné. En ce sens, comme quasiment aucun logement n'est encore créé, les autorités régionales et locales épargnent actuellement au moins 20 millions d'€ par mois.

Outre, cette épargne au détriment des plus démunis, il faut rappeler que les propriétaires privés ne sont pas aussi lents. La ville s'agrandit d'environ 3.000 logements chers ou très chers par an et, bien sût, tout comme quand on ajoute de l'eau salée à de l'eau déjà de moins en moins douce, la solution est de plus en plus saumâtre en tout cas pour ceux qui se préoccupent de ceux qui n'ont pas les moyens de s'acheter de beaux logements neufs.

La présente lettre bimestrielle a pour objectif d'être un aiguillon pour favoriser la réalisation même partielle des objectifs.


Etat de la réalisation des 25.000 logements en 3.600 jours (connu au 10 mai 2010):

  • nombre de logements publics nouveaux construits: 58
  • nombre de logements publics créés à partir de bureaux transformés: 0
  • nombre de logements publics créés à partir de logements et autres immeubles abandonnés: 0
  • nombre de logements publics créés par d'autres moyens (acquisitions, locations,...): 0
  • (-) Suppressions de logements publics (acquisition par les locataires, destructions,...): 0
  • Nombre total de logements publics nouveaux réellement créés: 58
  • Temps écoulé : 10 mois depuis les accords politiques (11 mois depuis le début de la législature)
  • Temps restant pour achever la mise à disposition des logements : 109 mois
  • Nombre total de logements publics qui devraient en principe être créés durant le temps écoulé (sur la base de 200 logements par mois): 2.200
  • Somme minimale économisée par les autorités régionales ou locales bruxelloises aux dépens des personnes qui occuperaient les logements: 215.000.000 €


Informations complémentaires:

- Un site http://www.planlogement.be avait été réalisé par le Secrétariat d'Etat bruxellois au Logement et à l'Urbanisme de la législature précédente. Seule la page d'accueil du site est encore accessible, mais le contenu a été supprimé. il y a quelques mois Il semble qu'un site nouveau doit être réalisé à terme par l'administration mais ceci semble presque aussi complexe à construire qu'un logement social en vraies briques.

- Le texte de l'accord de gouvernement 2009-2014 du 12 juillet 2009 est accessible à la page
http://www.parlbruparl.irisnet.be/images/imgparl/accords2009/accordsfr.pdf.

- Selon la lettre d'information du Service public de programmation Intégration sociale: La pénurie de logements sociaux fait en sorte que les sociétés de logements sociaux procèdent d’une manière plus sélective à la location de leurs logements et qu’en raison des loyers élevés sur le marché locatif privé, les bureaux sociaux de location se voient obligés de demander des prix élevés pour leur sous-location. Source http://www.mi-is.be, 7 mai 2010.


Si vous me communiquez des informations pertinentes, elles seront diffusées dans la prochaine lettre.

Didier Coeurnelle, conseiller communal à Molenbeek-Saint-Jean

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mercredi 5 mai 2010

La mort de la mort. Numéro 14. Avril 2010.

Tôt ou tard, il devrait être possible de trouver le remède non seulement contre telle ou telle maladie, mais contre la véritable fatalité – contre la mort. En somme, le remède de l’immortalité devrait exister. Aujourd’hui aussi les hommes sont à la recherche de cette substance curative. La science médicale actuelle s’efforce, non d’exclure à proprement parler la mort, mais d’en éliminer toutefois le plus grand nombre possible de causes, de la reculer toujours plus ; de procurer une vie toujours meilleure et plus longue. Extrait de l'homélie du Pape Benoît XVI, 3 avril 2010



Thème du mois: une vie beaucoup plus longue et la religion catholique



Jusqu'ici les religions sont comme les hommes, elles meurent de vieillesse ou d'accident. Plus personne ne croit en Zeus, Jupiter, Amon ou le serpent à plumes. Mais ceci ne prouve ni que toutes les religions existantes disparaîtront ni que les hommes mourront toujours de vieillesse. Le passé éclaire le futur; il ne l'enferme pas.

Si certains pensent que les avancées scientifiques sont contre la religion, en fait cela peut être l'inverse. Si des époques ont été marquées par le refus d'admettre la possibilité que la terre tourne, aujourd'hui le pape lui même peut parfois faire plutôt figure de précurseur. C'est que nous assistons à un tournant.

Beaucoup, si pas toutes les religions, promettent une vie après la mort. Voici deux millénaires que la religion catholique annonce, pour les hommes et les femmes, le retour de tous à la vie dans le futur. Alors que bien des notions comme celles de diable, d'enfer s'étiolent, la croyance en une vie après la mort reste généralement présente chez les chrétiens.

Mais que déclare la religion catholique à propos d'une vie beaucoup plus longue avant la mort. Est-ce souhaitable?

Selon la Bible, Adam et Ève ne pouvaient au départ pas vieillir, ce n'est qu'après avoir goûté au fruit de l'arbre de la connaissance qu'ils furent atteints. Toujours dans la Bible, avant le déluge, les hommes vivaient bien plus longtemps et atteignaient, ce que nous appelons encore des âges "bibliques" ou " canoniques. Mathusalem aurait ainsi atteint l'âge de 969 ans.

A l'occasion de la fête de Pâques, le pape s'est prononcé au sujet d'une vie beaucoup plus longue. De manière a priori assez surprenante, il estime que l'homme trouvera tôt ou tard le remède contre le vieillissement. Cela s'explique probablement par le fait que le dirigeant de l'église catholique est conseillé notamment par des scientifiques bien informés. Mais il poursuit en écrivant que si cela devait arriver L’humanité vieillirait dans une proportion extraordinaire, il n’y aurait plus de place pour la jeunesse. La capacité d’innovation s’éteindrait et une vie interminable serait, non pas un paradis, mais plutôt une condamnation.

Il pourrait être d'abord rétorqué au pape que la population mondiale n'a jamais été aussi âgée qu'aujourd'hui dans l'histoire de l'humanité. Et que sa force d'innovation n'a jamais été aussi forte. Et que même un pape de 83 ans (Benoit XVI) a encore des capacités d'innovation! Certains pourraient même accuser les autorités catholiques de craindre que le catholicisme qui promet la résurrection après la mort perde de son attrait si nous pouvons vivre très longtemps avant la mort.

Mais, par-delà ces arguments, plus pragmatiquement, il peut être rappelé que jusqu'à ce jour, en ce qui concerne les progrès médicaux, des réticences sont apparues dans le monde chrétien au début des progrès et tant qu'ils étaient en élaboration. Mais elles ont disparu une fois le progrès technique établi. Il en a été ainsi par exemple pour les analgésiques et pour les dissections.

Rien, dans la religion catholique n'interdit la prolongation de la vie et donc aucune limite n'est fixée. Au contraire, le fait d'aider son prochain à vivre mieux est considéré comme souhaitable et la Bible a de nombreuses reprises décrit des vies beaucoup plus longues que les actuelles.

Il est donc permis d'envisager que les déclarations du pape s'adaptent aux évolutions de santé et technologiques à venir tout comme la religion catholique s'est adaptée par le passé. L'homélie du pape du 3 avril 2010 est un premier pas de prise de conscience de ces évolutions.



Les bonnes nouvelles du mois



Les Etats de l'Union européenne unissent leurs forces pour la recherche sur le vieillissement

Des chercheurs de toute l'Europe se sont réunis en Suède le 15 avril pour élaborer une nouvelle stratégie pan-européenne pour lutter contre des maladies neurodégénératives comme la maladie d'Alzheimer et la maladie de Parkinson.

Cette mesure est la première initiative conjointe visant à répondre aux "grands défis" ne pouvant être résolus par un État membre agissant seul. Plus d'informations: http://www.euractiv.com/en/science/eu-countries-join-forces-on-ageing-research-news-448949.

La fondation Methusalem a créé un prix: le "Neworgan Prize". Il met au défi les scientifiques de réaliser, avant 2020, la transplantation d'un organe (foie, rein, cœur,...) créé à partir des propres cellules du patient. Plus d'informations: http://www.mfoundation.org.

samedi 1 mai 2010

Petit plaidoyer progressiste et technoprogressiste (1er mai 2010)

Depuis mai 2009, l'espérance de vie en bonne santé a augmenté d'environ un trimestre dans la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vivorde et de près d'un semestre au Bangladesh. Des millions de citoyens néerlandophones, francophones et du reste du monde qui seraient morts au cours des douze derniers mois sans progrès de santé et croissance économique coulent aujourd'hui des jours relativement paisibles.

Jusqu'au début du 20ème siècle au moins, le désir de progrès technique et le désir d'égalité sociale étaient liés. La gauche rêvait de lendemains qui chantaient. Ces lendemains étaient faits de plus d'égalité, de plus de biens et d'un monde plus facile à vivre matériellement et technologiquement.

Aujourd'hui, les progressistes ne rêvent plus guère de progrès technique. Ce n'est pas parce que les progrès, avant de bénéficier à tous, profitent d'abord aux riches et créent parfois du chômage pour les travailleurs pauvres, car cela a été le cas depuis des siècles. C'est probablement plus dû au traumatisme de l'échec de l'Union soviétique qui se réclamait presque indissociablement du communisme et du progrès technique. Et plus récemment, le développement des pollutions a mené beaucoup de progressistes à vouloir "renverser la vapeur" là où il fallait plutôt la purifier et donc orienter autrement.

Aujourd'hui, en termes d'abondance, les lendemains ont chanté largement dans les pays du Nord, mais aussi dans les pays du Sud. Contrairement à ce que beaucoup affirment, l'accélération est non pas moindre, mais plus extraordinaire encore dans les pays du Sud. La mortalité infantile qui était une source majeure de décès poursuit sa diminution et ceci même dans la majorité des Etats de l'Afrique subsaharienne, malgré les ravages de la malnutrition et de l'épidémie de Sida.

Dans ce cadre de progrès humains globaux sans équivalent dans l'histoire de l'humanité, le téléphone mobile est le premier objet courant jamais passé du statut de bien de luxe à celui d'outil accessible à la majorité des citoyens du monde en moins d'une génération. D'ici moins d'une décennie, la majorité des citoyens sachant lire aura vraisemblablement accès à des mobiles connectés à internet. Une part importante des connaissances collectives universelles sera accessible à presque tous presque sans coût et sans discrimination. Et ainsi, même les citoyens pauvres du Sud auront accès à plus de connaissance que ce qui était accessible aux plus riches habitants des pays du Nord il y a à peine un siècle.

Dans les développements à court et moyen terme, les progressistes gagneraient à être technoprogressistes. Ils pourraient exiger que chaque citoyen ait droit à un téléphone mobile (avec des rayonnements faibles, mais avec des accès forts à des services collectifs) plutôt que de se concentrer sur les dangers de ces appareils. Ils gagneraient à proposer que Google, Wikipédia et d'autres sites internet fonctionnent comme des services publics de plus en plus développés plutôt que d'intervenir presque exclusivement par rapport aux dangers de Google et de ses concurrents.

Une gauche proactive pourrait exiger des investissements publics importants pour permettre à tous de vieillir beaucoup moins dans quelques décennies. Aujourd'hui les différences entre espérances de vie au Sud et au Nord s'amenuisent. Mais si les recherches pour une meilleure santé et une vie plus longue sont envisagés avec méfiance, les progrès seront réservés aux plus aisés, seuls capables de s'offrir les soins.

Une gauche favorable aux progrès pourrait plus globalement réclamer des investissements technologiques collectifs plus importants dans les domaines médicaux, de diffusion des connaissances et de gestion des énergies. Dans ce dernier domaine heureusement, les écologistes et la gauche semblent devenir ou redevenir technoprogressistes, mais en axant l'essentiel de leur énergie sur la problématique du réchauffement climatique. Ceci alors que la question environnementale principale, proche, mais pas identique, est celle de la mise à disposition suffisante et rapide d'énergies abondantes, non polluantes et renouvelables.

Ces avancées fantastiques ne résolvent pas (encore?) tous les problèmes de bien-être. Ceci s'explique notamment parce que l'abondance est un instrument insuffisant pour permettre le bonheur de tous. Ceci s'explique également parce que, au-delà d'un certain niveau de confort matériel, la perception du bien-être se fait presque exclusivement par comparaison avec le niveau matériel des autres, lequel niveau progresse aussi. Il reste donc à la gauche (et pas qu'à elle) à découvrir comment augmenter le bonheur dans une économie d'abondance où le lait et le miel des temps bibliques coulent tellement pour tous que cela ne nous satisfait plus.

Pourquoi encore la gauche doit-elle être technoprogressiste? Parce que c'est ainsi que se développera le mieux l'égalité du futur. Mais aussi parce que les conquêtes technologiques rapides comprennent des risques immenses non pas seulement dans les développements déjà en cours souvent abordés (pollutions, effets de serre, risques pour la vie privée, fracture numérique,...) mais également dans les développements à moyen terme. Ce sont des risques existentiels liés à la maîtrise de plus en plus absolue de la structure du vivant, de la matière et peut-être à terme au développement de l'intelligence artificielle. Et le principe de précaution dans une société évoluant, ce n'est pas toujours arrêter les modifications technologiques, cela peut-être au contraire les accélérer pour sauver des vies et diminuer des risques.

Pour que le progrès technique ait le plus de chance d'être aussi un progrès tout court, pour que les lendemains extraordinaires soient aussi des lendemains qui chantent, un des éléments favorables est une gauche proactive, capable de faire primer paix, égalité, justice et souci du bien commun sur les mécanismes visant les intérêts financiers et matériels à court terme.

Il faut penser globalement pour agir localement. Il faut aussi penser au long terme pour agir à court terme. Et notamment en comprenant que l'accélération technologique a entre autres pour conséquence que le long terme du 21ème siècle est beaucoup plus proche que le long terme des siècles précédents. La science-fiction d'aujourd'hui, rêve ou cauchemar, voire plus probablement rêve et cauchemar, ne sera pas seulement la réalité de nos enfants, ce sera aussi la nôtre.



• Pour en savoir un peu plus: voir notamment http://technoprog-fr.blogspot.com
• Pour des informations statistiques relatives aux progressions en matière
d'espérance de vie: http://www.gapminder.org
• Ce texte est une version actualisée d'un texte distribué en mai 2009. Rendez-vous au 1er mai 2011!







Source des images:
http://www.flickr.com/photos/ghirigoribaumann/2970618023/ et http://www.flickr.com/photos/surfstyle/277576227


vendredi 2 avril 2010

La mort de la mort. Numéro 13. Mars 2010.

Quand je cesserai de m'indigner, j'aurai commencé ma vieillesse (André Gide)

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Thème du mois: à la recherche du temps perdu.

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Dans l'imagerie collective, ce sont les jeunes qui s'ennuient le plus et renoncent plus vite à la vie. Mais, en fait, ce qui provoque le plus le désespoir, et donc le suicide, c'est le vieillissement en tant qu'avancée dans la décrépitude dégradant petit à petit le corps et l'esprit et se terminant, comme chantait Jacques Brel,"par arrêt de l'arbitre".

Pourquoi alors beaucoup de citoyens pensent-ils que ce sont les jeunes qui renoncent le plus à la vie? Notamment parce que chez les jeunes, il existe très peu d'autres causes de décès: on meurt de mort accidentelle, d'une maladie exceptionnelle ou parce qu’on se donne la mort.

Mais dans un monde où la vie sera beaucoup plus longue, n'allons-nous pas nous ennuyer, qu'allons-nous faire de tout ce temps? Et bien, d'abord, nous aurons beaucoup plus de temps pour trouver une solution à cette question! Ensuite, pour ceux qui s'ennuient, c'est comme vivre, cela se passe un jour après l'autre. Si nous trouvons un rythme pour 40 ans, nous le trouverons pour quelques décennies de plus.

Et il y a aussi un côté bien plus joyeux. La majorité des femmes et des hommes sont heureux et ne s'ennuient pas. Et pour cette majorité, après 40 ans, l'avancement en âge, à ne pas confondre avec le vieillissement, correspond à une augmentation du bien-être. Ce n'est que lorsque la santé commence à vraiment décliner que le bonheur ressenti diminue. Autrement dit, dans ce domaine comme dans d'autres, une vie en bonne santé bien plus longue est souhaitable.

Reste une question philosophique: notre présence ici sur terre a-t-elle un sens? Mais cette question, nous nous la sommes posée bien avant que nous nous soyons demandés si la vie était assez longue.

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Les bonnes nouvelles du mois
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Parmi les méthodes qui pourraient permettre une vie en bonne santé plus longue, les mécanismes liés à la régénération sont prometteurs entre autres parce qu'ils fonctionnent déjà, sans moyen artificiel chez de nombreux vertébrés.

Les premiers tests humains de transplantation à partir de cellules de son propre corps progressent.

Un britannique de 10 ans est devenu le premier enfant à bénéficier d'une transplantation de trachée réalisée à partir de cellules propres. Pour construire l'organe, les médecins ont utilisé la trachée d'un donneur qu'ils ont "déshabillée" de toutes les cellules ne conservant que la structure de collagène. Ils ont ensuite injecté dans cette structure des cellules souches provenant de la moelle épinière de l’enfant. Selon les docteurs, l'enfant se porte bien.

La suppression d'un seul gène permet la régénération d'une souris

Il y a quelques années des chercheurs s'aperçurent que certaines souris de laboratoires dont l'oreille avait été percée à des fins d'identification, le tissu se régénérait entièrement. Ces scientifiques avaient découvert accidentellement que la souris d'une certaine souche appelée "souris MRL", pouvait régénérer de dommages qui en principe ne régénèrent pas chez les mammifères. Et cette régénération se produit sans cicatrices. Ce processus se produit d'une manière similaire à ce qui se passe chez les salamandres c'est-à-dire qu'une masse de cellules se "reconvertit" en un état de type embryonnaire afin de pouvoir reconstruire les tissus manquants. Les chercheurs ont maintenant pu découvrir que cette régénération devenait possible du fait de la mutation d'un seul gène.

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