jeudi 25 janvier 2018

Résurrections : connaissances et croyances. La mort de la mort. Janvier 2018. N° 106.

Chacun d'entre nous est le descendant d'une longue lignée de cellules qui ont continué à fonctionner et à se diviser pendant des milliards d'années, ce qui nous semble être la preuve la plus solide que la durée de vie des systèmes cellulaires peut en principe être prolongée indéfiniment. Jim Mellon, milliardaire britannique ayant écrit un livre en faveur d'investissements privés pour la longévité (avec Al Chalabi dans le livre Juvenescence, 2017, traduit de l'anglais).


Thème du mois: Revenir d'entre les morts ?





Revivre dans son corps régénéré après la mort. C'est une idée fréquemment envisagée par les religions, mais également abordée parfois par les scientifiques contemporaines, par la littérature et enfin par des prospectivistes optimistes.

Résurrections religieuses
Les croyants, presque universellement, envisagent la possibilité d'une existence après la mort. Cette existence peut prendre des formes innombrables : réincarnation dans un autre corps, fusion avec d'autres êtres, transformation en un "esprit", passage dans une âme immatérielle, ...

Dans de nombreux cas, il est affirmé que le corps de la personne décédée pourra être reconstitué, soit à l'identique, soit sous une forme améliorée.

La forme de résurrection qui vient d'abord à l'esprit de la plupart des lecteurs francophones est la résurrection telle qu'elle est décrite par l'Eglise catholique et plus largement par les chrétiens. Au jour du Jugement Dernier, les femmes et les hommes reviendront d'entre les morts et retrouveront leur corps d'antan. Cependant, ce corps sera amélioré puisque les humains ressuscités ne souffriront plus (sauf s'ils vont en enfer) et seront immortels.

Dans la religion catholique, Dieu a également la possibilité des ressusciter des humains avant la fin des temps (pour Jésus, qui est à la fois Dieu et homme mais aussi pour Lazare).
Généralement, les chrétiens du 21e siècle pensent que la mort, puis la résurrection, sont les conditions de la transformation des corps en entités immortelles. C'est cependant inexact car selon les textes chrétiens, le Christ viendra juger les vivants et les morts.
Pendant près de deux millénaires, l'église a accordé beaucoup d'importance à l'enterrement car le corps était supposé revenir à la vie par une "reconstitution" à partir des restes enterrés. Cela n'a cependant jamais été une condition de la résurrection. Un chrétien qui meurt par exemple noyé ou dans un incendie peut ressusciter. Aujourd'hui d'ailleurs, l'incinération du corps n'est presque plus désapprouvée par les catholiques.
Pour les musulmans, les conceptions sont assez proches, mais l'enterrement dans un linceul, le corps tourné vers la Mecque est une exigence religieuse stricte, malgré que cela ne soit pas non plus indispensable à la résurrection.
Il faut noter que, même si les textes religieux fondamentaux n'ont pas changé, la conception du retour à une enveloppe charnelle très similaire à celle d'avant le décès semble devenir moins forte. De plus en plus, le concept de vie après la mort devient plus "abstrait", plus éthéré...

Dans l'Egypte antique, la résurrection était également envisagée, mais elle exigeait une préparation des morts extrêmement complexe et exigeante à savoir tout le travail d'embaumement. Seuls ceux qui avaient été correctement préparés pouvaient revenir à la vie, ressusciter à l'issue d'un parcours hasardeux et dont la préparation avant la mort était très coûteuse.

Résurrections dans les conceptions populaires et dans l'art
Le retour d'après la mort est un thème courant dans les littératures fantastique, de science-fiction et populaire. Il peut s'agir d'un événement surnaturel ne concernant qu'une ou quelques personnes, mais également d'une situation plus courante.
Souvent, les êtres ranimés sont animés de mauvaises intentions. Les vampires, zombies et autres morts-vivants ont été abordés dans la lettre de janvier 2013. Un récit détaillé de science-fiction est Le monde du fleuve dans lequel tous les humains ayant vécu sur la planète sont ressuscités par une civilisation technologique.
Ressuscitations et conceptions contemporaines
Le concept de ce qu'est la mort d'un être humain varie selon les époques, selon nos connaissances scientifiques, voire nos perceptions philosophiques.

Par le passé, les modalités d'établissement du décès étaient moins strictes qu'aujourd'hui et bien sûr le niveau de connaissance était moindre. Il pouvait donc arriver qu'une personne déclarée morte "se réveille". L'idée qu'une personne une fois enterrée puisse reprendre conscience et mourir "à nouveau" dans le cercueil terrorisait un nombre important d'européens au 19è siècle. Pour éviter cela, il semble qu'il arrivait que ceux chargés d'enterrer "croquent" un orteil du mort (d'où le surnom de "croque-mort") pour que la douleur fasse bouger celui qui serait seulement inconscient. Certains riches inquiets se firent même construire un cercueil adapté (parfois d'un système breveté!) avec ouverture automatisée et accès à une sonnette pour appeler au secours en cas de réveil sous terre.
Lors d'un décès, la respiration s'arrête (le "dernier souffle"), le coeur s'arrête, la température corporelle n'est plus maintenue et le cerveau cesse de fonctionner. Pour la respiration, pour le rythme cardiaque et pour la température corporelle, il peut arriver, notamment suite à des accidents graves, que les fonctions interrompues soient rétablies après une situation qui, normalement, ne laissait plus d'espoir. Dans les cas de rétablissement, le terme de ressuscitation sera employé. La température corporelle la plus basse jamais atteinte sans décès est de 12 degrés, la période la plus longue sans respiration de 23 minutes (dans ce cas, il ne s'agissait pas d'un accident mais d'une expérimentation) et la période la plus longue sans battement cardiaque de 96 minutes.

Pour ce qui concerne le fonctionnement du cerveau, il arrive aujourd'hui fréquemment, qu'une personne dont le coeur et les poumons fonctionnent encore (et donc qui par le passé aurait été considérée comme vivante) soit déclarée cliniquement morte car il n'y a plus d'activité cérébrale détectée. Il peut arriver que des personnes pour lesquelles plus aucune activité n'était détectée retrouvent à nouveau des activités cérébrales mais, en principe, cela s'explique par une déficience des instruments de mesure et pas par une activité cérébrale qui s'était "arrêtée" avant de "redémarrer".

Enfin, un nombre important de personnes ont eu l'impression de "revenir" d'une situation médicale extrême qui a pu être perçue par le personnel soignant comme une mort clinique. Les patients revenus à la pleine conscience décriront qu'ils ont ressenti une décorporation, un tunnel de lumière, une paix intérieure (mais parfois aussi malheureusement de la terreur). Il s'agit des expériences dites de mort imminente, généralement considérée aujourd'hui comme s'expliquant par des mécanismes neurologiques.

Ressuscitation après cryogénisation
Depuis 50 ans, certaines personnes font conserver leur corps à très basse température après leur décès (cryonie). Actuellement, il s’agit de quelques centaines de corps de femmes et d'hommes qui sont ainsi conservés à -196° Celsius dans de l'azote liquide, surtout aux Etats-Unis. L'espoir est qu'un jour, il sera possible de les ranimer.

Ceci est actuellement très hypothétique notamment parce que :
  • il n'a jamais été possible de ranimer un animal cryogénisé de plus grande taille qu'un ver nématode;
  • les produits injectés dans le corps de la personne après son décès pour rendre la cryogénisation plus efficace empêcheraient sa survie ultérieure;
  • si une personne était ranimée, il n'est pas certain que son cerveau fonctionnerait encore;
  • après avoir ranimé la personne, il faudrait la guérir de ce dont elle est décédée;
  • si un jour, il devient techniquement possible de ranimer, il faudra encore décider de le faire (cela pourrait être refusé pour des raisons sociales, juridiques ou autres), en avoir les moyens financiers et vérifier que le corps a été conservé convenablement (sans "panne de refroidissement", sabotage, erreur, ...).

Mais ceci ne signifie pas nécessairement que ranimer restera toujours impossible.

Certains ont aussi envisagé, plutôt que de se faire cryogéniser, de se faire conserver par plastination, c'est-à-dire que les différents liquides organiques sont remplacés par du silicone, ce qui permet de préserver les tissus à température ambiante. Ceci n'a cependant probablement encore jamais été mis en pratique dans un but de ressuscitation éventuelle.
Résurrection prospectiviste
Il y a déjà plus d'un siècle, le philosophe russe orthodoxe "cosmiste" Nikolaï Feodorov imaginait que, dans un futur lointain, il serait possible de reconstituer les corps par des moyens scientifiques. Si Nikolaï Feodorov vivait aujourd'hui, son idée de reconstitution physique des corps serait probablement partiellement étayée par l'examen des possibilités contemporaines ouvertes par les imprimantes 3D et les développements informatiques permettant de simuler des environnements.
Et après-demain ?
La résurrection réalisable par la médecine n'est pas envisageable dans un avenir prévisible. Mais l'ensemble des réflexions dans ces domaines enrichit les débats relatifs à la longévité d'aujourd'hui, de demain et d'après-demain.



La bonne nouvelle du mois : Juvenescence, le livre qui donne toutes les raisons d'investir pour la longévité





Le milliardaire britannique Jim Mellon explique aux candidats investisseurs, dans un ouvrage de 437 pages, les raisons médicales, sociales, politiques, économiques et, bien sûr, financières pour lesquelles il est important et utile d'investir dans les entreprises qui effectuent des recherches pour la longévité. Jim Mellon et son coauteur Al Chalabi ont notamment rencontré les plus grands spécialistes mondiaux du sujet.

Il n'est pas interdit aux responsables publics de France et d'ailleurs de se poser les mêmes questions. Ceci peut se faire notamment en termes de bonne allocation des deniers publics dans le cadre des traitements de prévention, voire de guérison des maladies liées au vieillissement, d'investissements utiles potentiellement à tous les citoyens âgés et de régulations pour garantir l'accès de thérapies nouvelles au plus grand nombre.


Pour en savoir plus:

De manière générale, voir notamment: heales.org, sens.org, longevityalliance.org et longecity.org
Image: L'ascension vers l'empyrée de H. Bosch (partiel)

jeudi 28 décembre 2017

La mesure de la sénescence. La mort de la mort. Décembre 2017. N° 105.


Ma grande crainte est de mourir à la veille des plus grandes découvertes, ce serait vraiment con. Interview de Frédéric Beigbeder (52 ans) auteur du livre "Une vie sans fin", dans le magazine Tecnikart, décembre 2017.



Thème du mois: Y-a-t-il un thermomètre pour mesurer l'âge biologique ?


En un certain sens, le vieillissement commence dès avant la naissance. Autrefois, les chinois comptaient d'ailleurs l'âge, non depuis la naissance, mais depuis la conception. Quelques jours après la fécondation, les premières cellules commencent à se différencier et ne sont déjà plus "totipotentes" (capables de se transformer en n'importe quelle cellule).

Le premier indicateur du vieillissement, c'est donc bien évidemment l'âge. Omnes vulnerant, ultima necat (Toutes blessent, la dernière tue) était-il autrefois inscrit sur les horloges à propos des heures qui passent. Cependant, le vieillissement se déroule à un rythme fort différent selon les individus.

Dans le sens de diminution de capacités, le vieillissement commence bien tôt également. Un athlète atteint ses pleines capacités à un âge qui varie selon le sport, généralement inférieur à 25 ans. C'est plus jeune encore que le risque de décès est le plus faible. En France, seule 1 sur 10.000 des adolescentes et préadolescentes de 10 à 14 ans mourront au cours d'une année, alors que c'est "déjà" 2 sur 10.000 pour les jeunes femmes de 20 à 24 ans.

Cependant, le vieillissement responsable de la plupart des décès, lui, commence bien plus tard, à partir d'environ 50 ans. Il est marqué par des modifications physiologiques innombrables et parfois encore mal connues. Si nous pouvions suivre tous les biomarqueurs, tous les signaux physiologiques du vieillissement, il serait plus facile d'étudier la sénescence sur une courte période et donc l'analyse de résultats d'essais thérapeutiques pourrait être également se faire plus rapidement.

Marqueurs de capacité

L'avancée en âge de manière générale, c'est une diminution des capacités, une faiblesse de plus en plus importante, notamment pour :
  • la capacité pulmonaire - un centenaire qui souffle toutes ses bougies est en meilleure santé qu'un nonagénaire qui en est incapable;
  • la force de la poigne - un fort bon indicateur de l'espérance de vie restante chez les personnes âgées;
  • la capacité musculaire globale - la sarcopénie est une maladie courante chez les personnes âgées;
  • la masse osseuse et sa solidité - l'ostéoporose est également une maladie fréquente chez les personnes âgées;
  • la pression sanguine - l'augmentation de la pression sanguine systolique (lors de la contraction cardiaque) est un indice de mauvaise santé ("on a l'âge de ses artères”, disait-on autrefois);
  • la capacité d'équilibre moteur -  sa diminution peut indiquer que les capacités neuronales diminuent;
  • les acuités visuelle, auditive et gustative.

Apparence physique

Si l'habit ne fait pas le moine, l'apparence physique générale donne quand même des informations utiles. D'ailleurs, des applications logicielles sont déjà capables aujourd'hui de déterminer avec une certaine précision l'âge d'une personne à partir de photos. L'apparence physique comprend :
  • une moindre élasticité de la peau (dont les rides);
  • la décoloration et la diminution du système pileux (dont la calvitie);
  • la diminution de la taille qui est généralement de plusieurs centimètres; 
  • l'augmentation de l'indice de masse corporelle.
Marqueurs non génétiques

Notre corps est en renouvellement constant. Les cellules meurent et sont remplacées, nos ongles et nos cheveux poussent, notre peau se renouvelle constamment, chaque jour, nous absorbons des milliers de litres d'air, plusieurs kilos de solides et de liquides et nous rejetons à très peu de choses près la même quantité de matière. Mais ce recommencement sur des décennies se produit avec des changements progressifs de notre composition :
Marqueurs génétiques

Tout au long de la vie, la plupart de nos cellules se divisent. A chaque division, il se produit quelques modifications de l'ADN. L'ADN d'un individu âgé n'est donc plus celui de quand il était jeune. Ceci concerne :
  • la longueur des télomères;
  • des mutations dans les mitochondries;
  • d'autres mutations dans les cellules;
  • des mécanismes épigénétiques.
Autres marqueurs

En fait, quasiment tout ce qui est mesurable chez un être humain va se modifier au cours de l'existence et donc il ne peut être question de tout décrire ici. Des scientifiques cherchent à établir des listes de biomarqueurs portant sur certaines substances souvent très spécifiques qui ne seront pas abordées ici. Mais voici quelques autres indicateurs importants.
  • diminution du nombre de neurones et de la masse totale du cerveau;
  • augmentation de la quantité de collagène et détérioration de sa qualité;
  • moindres capacités digestives;
  • diminution (chez les hommes) ou disparition (chez les femmes) de la fertilité;
  • diminution de la capacité de cicatriser;
  • déficience de l’efficacité des cellules produisant les anticorps et tendance croissante de ces anticorps à s’attaquer non plus seulement aux agents pathogènes, mais aussi aux cellules propres de l’organisme.

Que faire de toutes ces informations mesurables ?


Il est utile de rappeler, même au personnel médical et même aux chercheurs, que le vieillissement est la première cause de mortalité humaine et qu’il touche l'ensemble de notre métabolisme, de manière irrémédiable mais à des rythmes variables.

Grâce aux moyens technologiques contemporains, réaliser des indices composites issus de ces marqueurs est un des moyens de mieux comprendre la sénescence. Utiliser des indicateurs multiples permet également de constater rapidement si des thérapies nouvelles ont un effet global positif (agissant sur toutes les dimensions métaboliques) ou seulement localisé.


La mauvaise nouvelle du mois: pour la deuxième année consécutive, l'espérance de vie décroît (légèrement) aux Etats-Unis



En 2016, pour la deuxième année consécutive, l'espérance de vie a diminué aux Etats-Unis. Il ne s'agit pas d'une diminution importante et elle serait due principalement à une cause spécifique, à savoir l'augmentation des décès par consommation de drogues. C'est néanmoins une mauvaise nouvelle.

Les Etats-Unis sont un des pays :
  • les plus riches du monde;
  • avec le plus de scientifiques au monde;
  • ayant les dépenses médicales les plus élevées;
  • et avec une espérance de vie déjà relativement peu élevée.
Malgré cela, les extraordinaires progrès technologiques de ces dernières années ne compensent plus les reculs suite aux comportements des citoyens de ce pays (obésité, prise de risques), particulièrement chez les hommes (l'espérance de vie des femmes a stagné à 81,1 ans, celle des hommes a diminué de 76.3 à 76.1 ans).

Pour l'Europe, les statistiques de 2016 ne sont pas encore toutes connues mais les statistiques de 2015 montraient également un déclin.

Le progrès de la longévité n’est pas plus une certitude que le progrès technologique ou que le  progrès social. Il dépendra de nos priorités, de nos investissements, de l'importance que nous donnons à la vie humaine et bien sûr de l'application aux citoyens des résultats des recherches médicales.



Pour en savoir plus :

mercredi 27 décembre 2017

Lettre ouverte à Frank Van Massenhove, président d'une des administrations les plus inaccessibles au monde (pour les personnes handicapées) (30 octobre 2017)

Bonjour Frank,
Comme tu le sais et comme relayé par la presse souvent en première page (RTBF, RTL, La Libre Belgique, De Standaard, Gazet van Antwerpen ...), une personne handicapée qui téléphone au 0800 987 99 (centre de contact des personnes handicapées) a 96 % de chance de ne pas recevoir de réponse (*). Ces personnes en souffrent, bien des agents de notre administration souffrent de leur souffrance. Comme, tu le sais, une personne handicapée qui s'adresse au service interne des plaintes de notre Service public fédéral a 99 % de chance de ne pas recevoir de réponse (**). Ces personnes souffrent, j'en fais des cauchemars de ne pas pouvoir les aider, je ne suis pas le seul. Et toi ? Comme tu le sais, une personne handicapée qui s'adresse à notre SPF a 100 % de chance de ne pas être traitée selon les règles élémentaires de respect et selon les règles légales (***). C'est immoral, illégal et sans équivalent dans toutes les administrations que j'ai rencontrées en 28 ans de carrière. Pour rappel et donner un ordre de grandeur des souffrances, aujourd'hui, plus de 100.000 personnes handicapées sont en attente d'une décision (pour une allocation, une carte de stationnement, ...).  Tu as dit dans la presse que quand quelque chose n'allait pas, il fallait le dire et que les gens étaient contents. Je t'obéis, mais franchement, je pense que les gens ne seront contents que quand les fonctionnaires que nous sommes garantiront un service à tous. Par tous, j'entends "même" les personnes handicapées. Je te tutoie puisque c'est la coutume que tu as amené dans notre administration. J'espère que tu répondras à cette lettre ouverte alors que tu n'as pas répondu une seule fois aux 9 courriels que je t'ai envoyés depuis un an et demi à ce sujet (ces 9 pages de texte sont à disposition). En effet, la situation est désastreuse depuis avril 2016 (elle était loin d'être parfaite avant). Tu as écrit récemment dans ton livre "Managers zijn niet nodig" que chacun pouvait venir te parler quoi qu'il se passe. N'as-tu pas oublié de préciser que tu ne réponds pas à tes collaborateurs quand les questions concernent l'aide aux personnes handicapées ? Tu as aussi écrit que presque tous les journalistes de Belgique avaient ton numéro de mobile. Accepterais-tu de fournir ce numéro aux personnes handicapées ? Toi et moi travaillons dans une entreprise que tu aimes bien définir comme unique. Et tu as raison, notre inaccessibilité est unique. Suite notamment à cela, le stress des agents s'occupant des personnes handicapées est également unique (et inique). Une enquête interne cette année établit que 36 % des travailleurs ont des sentiments de panique à cause du travail. Tu as dit un jour que tout est mesuré chez nous et cela permet de voir des évolutions. Tu as raison également, cela permet de savoir que la situation s'aggrave encore. Alors que "seulement" 31 % des travailleurs avaient un stress important en 2015, c'est devenu 49,7 % en 2017 ! Frank, soyons sans second degré maintenant. Je présume qu'au-delà de tes affirmations en faveur de la transparence, de l'ouverture, de la liberté, du fait qu'il faut dire ce qui ne va pas,, ... tu ne vas pas aimer cette lettre. Sans second degré toujours, je te propose néanmoins d'avoir la force et le courage de dépasser cela. Je te propose d'utiliser ton énergie médiatique remarquable non plus pour faire ta promotion et celle du SPF, mais pour résoudre les problèmes gigantesques qui se posent aux personnes handicapées en demandant fermement l'engagement de travailleurs et en ayant une organisation du travail avec des conséquences moins désastreuses que celles d'aujourd'hui. Je suis à ton entière disposition et surtout à la disposition des personnes handicapées pour permettre des progrès dans ce domaine. Didier Coeurnelle
Juriste, fonctionnaire d'information et conseiller stratégique communication au SPF Sécurité sociale
Hashtag : #RespectForDisabledPeople


(*) En un mois, plus de 200.000 appels téléphoniques, moins de 10.000 réponses (statistiques du SPF). Depuis un an et demi, j'ai personnellement eu des milliers de personnes en souffrance au téléphone et par courriel (et ne peut les aider car je ne peux transmettre les demandes et n'ai pas d'accès aux dossiers).

(**) En un an, plus de 400 plaintes transmises, 4 réponses.

(***) Délais légaux de réponse, obligation de mentionner la personne traitant un dossier et son numéro de téléphone, règles relatives à l'accessibilité, obligations d'informer...

Ce texte a été repris ou commenté dans la presse belge francophone (La Libre Belgique, Vers l'Avenir, La Dernière Heure, RTL, RTBF, Métro, Le Vif, BX1, Alter Echos, Le spécialiste, Guide social, MSN) et néerlandophone (VRT, De Morgen, Knack, Het Laatste Nieuws, Het Belang van Limburg).

mercredi 29 novembre 2017

Le test de l'inversion. La mort de la mort. Novembre 2017. N° 104.

Bien sûr que les gens veulent vivre pour toujours. Est-ce que tu plaisantes ? La vie est géniale ! Je vois des gens parler de «s'ennuyer» ou ne pas avoir de motivation pour accomplir quoi que ce soit, et je me gratte la tête. Ennuyé ? Vraiment ? Au cours des 100 dernières années, nous sommes passés des avions primitifs des frères Wright à la (...) lune. Au cours des 2000 dernières années, nous sommes passés de la superstition biblique (... aux) réseaux mondiaux instantanés qui nous ont permis de poser des questions aux étrangers du monde entier.

Ennuyé ? Mec, tu dois te promener comme un somnambule dans la vie pour t'ennuyer ! (...)  Mon dieu, mec ! Ennuyé ? Tu te fous de moi ? (...) Je n'accomplis pas les choses parce que je meurs, j'accomplis des choses parce que je vis! J'accomplis des choses parce que le fait de les faire m'apporte de la joie, pas parce que je manque de temps pour faire des choses ! (...)

Je suis limité dans ce que je peux accomplir parce que la durée de vie humaine est si courte. La mortalité serait ce qui nous fait accomplir les choses? Quelle charge fétide de belette puante ! La mortalité limite ce que nous accomplissons et fait en sorte qu'à tout moment, un pourcentage considérable de la population humaine totale apprend ce que nous savons déjà plutôt que d'étendre les connaissances humaines.

La vie est géniale. Je ne peux pas comprendre comment tant de gens sont si contents de la jeter dans le tas de ferraille, quand il y a tant de crainte et d'émerveillement et de beauté et de trucs frais qui nous entourent chaque jour. Franklin Veaux, internaute, 2015 (traduction, source).




Thème du mois: Et si nous vivions moins longtemps?



Depuis des décennies, bon an, mal an, la durée de vie moyenne croît de deux à trois mois par année. Mais la poursuite de cette évolution n'est pas certaine. Logiquement, ceux qui prétendent que des années de vie en plus contribuent à la surpopulation, rendent moins heureux, ... devraient espérer que nous vivions moins longtemps. Cette lettre examinera cette situation.

Inversion possible de la durée de vie en Europe et aux Etats-Unis : les faits

Selon les statistiques de l'OCDE, pour la première fois depuis une vingtaine d'années, en 2015 (les statistiques de 2016 ne sont pas encore connues), dans les grands pays de l'Union européenne, la durée de vie a légèrement décru. Cela a été notamment le cas en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas.

Par ailleurs, aux Etats-Unis depuis quelques années, la durée de vie ne progresse presque plus et elle est même en décroissance pour certaines populations.

Les causes de la stagnation actuelle ne sont pas connues. Il peut s'agir d'une évolution temporaire ou qui s'inscrira dans la durée. En l'absence de progrès médicaux importants, il se peut que l'impact de l'obésité, de certaines pollutions notamment atmosphériques, d'habitudes culturelles trop sédentaires impacte durablement et négativement la durée de vie.
Il se peut que cela ne dure pas. Lorsque l'on regarde le passé récent, c'est dans les années 60 du siècle passé, années de grande croissance économique et de progrès scientifiques que la durée de vie moyenne a le plus stagné dans un pays comme les Etats-Unis avant de repartir à la hausse.

Pour la majorité des citoyens, un recul prononcé de la durée de vie serait une mauvaise nouvelle, mais certains pourraient s'en réjouir.

Inversion possible de la durée de vie : un peu de politique-fiction

Le philosophe et théoricien des risques Nick Bostrom s'est intéressé aux citoyens qui affirment que des améliorations humaines ne sont pas souhaitables. Il a développé ce qu'il a appelé le test de l'inversion. Si certains affirment que des améliorations humaines sont mauvaises pour les citoyens, logiquement une évolution inverse devrait être souhaitée par ces personnes.  Pour la longévité, ceux qui trouvent que vivre plus longtemps est une mauvaise chose, devraient alors souhaiter vivre moins longtemps.

Certains pourraient par exemple prétendre que si demain les citoyens en France vivaient 10 ans de moins, cela serait une bonne chose. Nous aurions une population moins nombreuse, une population plus jeune, une vie plus intense.

Confrontés à cette argumentation, ceux qui refusent les progrès de longévité affirmeront peut-être qu'ils ne souhaitent pas non plus une diminution parce que la durée de vie actuelle est "idéale". Ils diront que les progrès de la médecine jusqu'à aujourd'hui sont suffisants et qu'il ne faut pas aller plus loin que ce qui est naturel. Mais la durée de vie "naturelle", c'est une vie excédant rarement une cinquantaine d'année et non la durée de vie moyenne au 20è ou au 21è siècle. Et d'ailleurs, ceux qui s'opposent aujourd'hui à une vie dépassant 80 ans en moyenne ressemblent beaucoup à ceux qui s'opposaient hier à une vie de plus de 70 ans en moyenne.

A noter que, si nous vivions 10 ans de moins, les coûts de soins de santé ne diminueraient pas. Si la durée de vie était réduite, l'essentiel des maladies se déclencherait plus tôt. En effet, ces sont les dernières années de vie qui sont les plus coûteuses pour la sécurité sociale, que le décès se passe à 60, 70 ou 80 ans.

En fait, si nous imaginons sérieusement que demain, nous ne vivions plus les 10 dernières années, pensez-vous réellement que les citoyens "bioconservateurs" seraient enthousiastes ? Probablement que cela serait vu par eux aussi comme une catastrophe. La souffrance des familles perdant leurs proches plus rapidement, la peur plus forte de mourir et le sentiment déprimant d'un monde se dégradant se combineraient.

Par souci d'objectivité, il faut remarquer que des circonstances très défavorables, comme une guerre, une catastrophe naturelle ou des morts nombreuses, peuvent avoir pour effet que des personnes deviennent plus solidaires ou s'entraident plus. Mais lorsque le désastre s'éloigne, presque personne ne veut y revenir.

En réalité, presque personne ne refuse les progrès de longévité une fois qu'ils sont là et le test de l'inversion permet de rendre cela plus visible.


Les bonnes nouvelles du mois: Bill Gates investit dans la lutte contre la maladie d'Alzheimer et Google Calico s'intéresse à la jeunesse des cellules germinales



L'homme le plus riche du monde participe depuis de longues années à la lutte contre la malaria dans le monde et a effectué des dons considérables.

Il vient d'annoncer un investissement de 100 millions de dollars pour lutter contre la maladie d'Alzheimer. Sa démarche est d'autant plus intéressante qu'il a annoncé que le financement explorera de nouvelles idées de recherche (notamment concernant le rôle des cellules gliales).

Calicolabs créé par Google dispose d'un capital énorme d'1,5 milliards de dollars pour des recherches pour la longévité humaine. Cependant, les résultats des recherches sont tenus secrets depuis des années. Cynthia Kenyon, la chercheuse la plus réputée de Google Calico vient enfin de communiquer dans le prestigieux journal Nature.

Son travail permet de mieux comprendre l’un des mystères de la transmission de la vie. Qu'est ce qui fait que la première cellule qui deviendra un ver est totalement "jeune" alors qu'elle est issue de cellules "vieilles". Ceci donne des pistes de réflexion pour le rajeunissement de tout animal multicellulaire puisque chaque ver, chaque, souris, chaque être humain provient d'une seule cellule parfaitement jeune et que ces êtres en grandissant pourront donner naissance à des êtres parfaitement jeunes.


Pour en savoir plus: