lundi 10 octobre 2011

La mort de la mort. Numéro 30. Septembre 2011.

La mortalité a beaucoup baissé dans nos sociétés, mais l'immortalité n'a fait aucun progrès. Jean Kerleroux.

Le 5ème colloque international de lutte contre le vieillissement à Cambridge.

Du 31 août au 4 septembre, s'est tenue la 5ème conférence SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) relative à la lutte contre le vieillissement. Cet évènement se différencie d'autres rencontres internationales médicales en ce que l'objectif principal est explicitement une vie en bonne santé beaucoup plus longue.

Au sein du prestigieux Queen's college où Érasme résida il y a 5 siècles, dans un bâtiment d'une des plus vieilles universités du monde, des centaines de scientifiques ont écouté les exposés de dizaines d'orateurs s'exprimant dans tous les domaines liés à la prévention possible de la dégradation de l'âge. Aux alentours, les bâtiments se prêtent à la réflexion philosophique sur le sens de la dégradation mélangeant de manière apparemment aléatoire des bâtiments modernes commençant à vieillir et des édifices contemporains de la création de l'université.

Les apports des conférenciers concernaient bien sûr d'abord les questions médicales mais certains exposés abordaient aussi les questions politiques et sociales. Pour un citoyen non spécialiste du domaine, les exposés relatifs à la santé nécessitaient une digestion parfois complexe. L'impression qui domine est celle de l'existence de pistes multiples dans le domaine de la lutte pour une vie plus longue.

Aucune des voies ouvertes ne permettra aux hommes et aux femmes de ne plus vieillir dans les mois ou même les années qui viennent. Mais il en ira peut-être autrement de la dégradation due à l'âge dans les 4 décennies à venir comme il en a été de la leucémie pour les enfants dans les 4 décennies qui nous séparent des golden sixties: un passage progressif d'une maladie généralement incurable, d'un sort injuste et presque sans espoir à une maladie grave mais dont les enfants du moins ceux qui peuvent bénéficier d'un 'infrastructure médicale suffisante - réchappent généralement. Pour la leucémie, comme plus récemment pour le cancer du sein, jamais les journaux non médicaux n'ont titré en première page "Le cancer ne tue plus qu'une minorité de ceux qui sont atteints: des millions de personnes sont sauvées d'une mort lente, injuste et douloureuse.' Pourquoi? Parce que les avancées étaient successives et chacune de petite taille.

En ce qui concerne le vieillissement, vu qu'il touche actuellement tous ceux qui échappent aux causes de mortalité avant 50 ans, le franchissement des barrières symboliques sera moins discret. Mais il pourra être tellement progressif qu'il sera même contesté. D'ailleurs, aujourd'hui, certains continuent encore à penser, en dépit de l'augmentation mondiale moyenne de l'espérance de vie de 3 mois par année, que la situation sanitaire des personnes âgées se dégrade.

Parmi les domaines prometteurs abordés à Cambridge, il y avait notamment:
  • L'utilisation des cellules souches d'une personne permet maintenant de reconstituer une trachée. Dans les expériences effectuées, ce sont des cellules souches provenant du patient qui reconstituent la trachée. Actuellement, les cellules souches de l'individu doivent cependant être implantées sur un organe décellularisé provenant d'un donneur.
  • Les développements en matière d'intelligence artificielle permettent notamment lors du dépouillement informatisé des tests et des expériences de détecter des "patterns" (tendances") que l'esprit humain est incapable de déceler. Ce travail pourra également être effectué à partir de données déjà publiées mais analysées jusqu'ici uniquement par des personnes et pas par la machine.
  • L'utilisation de nanoparticules magnétisées pour injecter des substances à un endroit déterminé du cerveau. Les nanotechnologies sont un des domaines prometteurs de la médecine. A ce jour, aucun véritable "nanorobot" médical ne peut encore fonctionner notamment faute de source d'énergie permettant à ces appareils lilliputiens de fonctionner durablement.


La bonne nouvelle du mois: un pas important vers le rajeunissement des cellules souches adultes.

Parmi les cellules du corps de l'être humain, certaines se distinguent par leur capacité à se reproduire sans limitation, il s'agit des cellules souches. Cependant, ces cellules, comme les autres cellules, se détériorent progressivement au fur et à mesure des divisions. Deux chercheurs américains Jianrong Wang, Glenn Geesman, affirment avoir développé une technique pour supprimer l’accumulation de transcriptions toxiques de "rétrotransposons", afin de stopper le processus de vieillissement. Selon eux, les cellules souches ainsi traitées sont clairement rajeunies.



- Pour en savoir plus de manière générale: http://sens.org/, http://imminst.org/, http://heales.org/ et http://immortalite.org/
- Pour en savoir plus à propos de la 5ème conférence SENS: http://www.sens.org/conferences/sens5 (la photo en haut de cette lettre est celle des participants à la conférence)
- Pour lire un résumé d'article relatif au rajeunissement des cellules-souches: http://www.landesbioscience.com/journals/cc/article/17543
- Pour réagir ou recevoir la lettre d'information: info@heales.org

vendredi 7 octobre 2011

25.000 logements publics bruxellois en 3.600 jours (Lettre bimestrielle, numéro 13). Septembre 2011.

Les accords gouvernementaux régionaux bruxellois datent d'il y a 26 mois. Ces accords ambitieux prévoient une augmentation radicale du nombre de logements publics par "une norme à atteindre dans les 10 années à venir de 15% de logements de qualité à gestion publique et à finalité sociale".

Le calcul du nombre réel de logements à créer varie énormément selon les estimations (voir lettre de novembre 2010). La présente lettre se base sur un nombre de 25.000 logements. Dans ce nombre, il a été tenu compte des logements mis à disposition par les agences immobilières sociales (A.I.S.) même s'il ne s'agit pas au sens strict de logements à gestion publique, mais il n'a pas été tenu compte des prêts du logement, car ils concernent des immeubles à gestion totalement privée.

Le Rassemblement bruxellois du droit à l'habitat (RBDH) a émis le mardi 6 septembre un "baromètre du logement" positif constatant notamment en ce qui concerne le Plan logement "Finalement, après 7 ans, on peut y voir des avancées et des projets qui se réalisent".

Il est vrai que quelques centaines de logements achèvent enfin d'être construits et seront bientôt inaugurés. Mais malheureusement les nouveaux chantiers indispensables n'apparaissent pas. Et l'objectif décennal régional est d'autant plus impossible à atteindre sans changement radical que, vu la croissance rapide de la population bruxelloise, les constructions privées nouvelles sont nombreuses. Et donc, l'objectif de 15 % de logements publics suppose un nombre absolu de logements à créer de plus en plus élevé. Une des pistes envisagées est que les promoteurs privés mettent à disposition des opérateurs publics certains de leurs nouveaux logements. Ce mécanisme permettrait également plus de mixité sociale. Le temps presse. Pour avoir une efficacité dans un délai utile, il faudrait même que des règles nouvelles à ce sujet s'appliquent aux projets déjà en cours. Mais à ce jour, aucune modification législative n'a été adoptée ni ne semble envisagée.

Cette lettre bimestrielle a pour objectif d'être un aiguillon pour favoriser une réalisation partielle des objectifs. Actuellement, 37.000 ménages sont sur les listes d'attente du logement social bruxellois.

Depuis un trimestre, seuls 100 logements sociaux ont été inaugurés (à Woluwe-Saint-Lambert). Des inaugurations sont annoncées pour la fin de l'année ainsi que des nouveaux projets. Le nombre total de logements en projet est aux alentours de 4.500. Mais parmi ceux-ci, peu (environ 800) sont en construction.

Par ailleurs, plus de deux ans après l'inscription dans les accords notamment du principe de la réaffectation de bureaux vides et de la transformation d'immeubles à l'abandon en logements à vocation sociale, rien de concret ne semble encore réalisé et ceci alors que l'accord mentionnait explicitement le court, moyen et long terme.

Ci-dessous, seuls les logements effectivement mis à disposition sont comptabilisés: les chantiers, projets en cours de marché public,... ne sont pas repris.


État de la réalisation des 25.000 logements en 3.600 jours (connu au 30 septembre 2011) (ce mode de calcul ne prend pas en compte les prêts sociaux):

  • Nombre total de logements publics nouveaux réellement créés: aux alentours de 1.500. Composé comme suit:

  • Nombre de logements publics nouveaux construits depuis le début de la législature dans le cadre du plan dit des 5000 logements: 386

  • Nombre de logements publics créés à partir de bureaux transformés: 0Nombre de logements publics créés à partir de logements et autres immeubles abandonnés: 0

  • Nombre de logements publics créés par d'autres moyens (acquisitions, locations, contrats de quartier...): non connu avec précision, peut-être aux alentours de 500
  • Nombre de logements privés mis à disposition par les A.I.S.: non connu avec précision, probablement aux alentours de 650
  • (-) Suppressions de logements publics (acquisition par les locataires, destructions,...): non connu avec précision, probablement aux alentours de 0

  • Temps écoulé : 26 mois depuis les accords politiques (27 mois depuis le début de la législature)
  • Temps restant pour achever la mise à disposition des logements : 93 mois

  • Nombre total de logements publics qui auraient dû être créés durant le temps écoulé (sur la base de la mise à disposition de 200 logements par mois): 5.400

  • Somme minimale économisée par les autorités régionales ou locales bruxelloises aux dépens des personnes qui occuperaient les logements sur base d'un coût de 105.000 € par logement: plus de 400 millions d'euros

Informations complémentaires:

- Le texte de l'accord de gouvernement 2009-2014 du 12 juillet 2009 est accessible à la page
http://www.parlbruparl.irisnet.be/images/imgparl/accords2009/accordsfr.pdf.

- Un site officiel http://www.planlogement.be avait été réalisé par le Secrétariat d’État bruxellois au Logement et à l'Urbanisme durant la législature précédente. Le contenu de ce site a été supprimé et le nom de domaine est aujourd'hui en vente.


Si vous communiquez des informations pertinentes, elles seront diffusées dans la prochaine lettre.

Didier Coeurnelle, conseiller communal à Molenbeek-Saint-Jean

Source de l'image (cité Hellemans)

dimanche 11 septembre 2011

La mort de la mort. Numéro 29. Août 2011.


Tant que l’homme sera mortel, il ne sera jamais décontracté. Attribué à Woody Allen.

Pourquoi vieillissons-nous: justifications philosophiques et éthiques

Il n'est pas certain que l'être humain est le seul être vivant conscient de la mort. Mais il est le seul à savoir l'inéluctabilité de sa fin. Depuis des millénaires, probablement depuis la prise de conscience de l'inévitabilté de la mort biologique, nous nous sommes demandé "Pourquoi vieillissons-nous?"

Il s'agit dans cette lettre, de résumer non pas les théories scientifiques, mais les justifications éthiques ou philosophiques que l'histoire écrite de l'humanité nous a laissé en plusieurs millénaires. En quelques pages, les explications ne pourront être que résumées à l'extrême.

Il existe deux grandes catégories de courants de pensée:

La première catégorie est historiquement immensément majoritaire: le vieillissement est la volonté d'une ou de plusieurs puissances surnaturelles.

La seconde catégorie expose les avantages du vieillissement indépendamment d'une puissance surnaturelle et les inconvénients d'un monde sans vieillissement.

Les explications religieuses

Les dieux organisent souvent toutes les morts. Les religions qui se veulent explication du mode se naissent et disparaissent aussi les unes après les autres dans le torrent des siècles. Mais cela, les textes religieux, tant des croyances défuntes que de celles qui ne le sont pas encore, ne l'ont pas prévu.

Les écrits fondateurs visent à expliquer le monde tel qu'il est connu au moment où la conviction religieuse apparait. Généralement, le caractère mortel de l'être humain ressort d'une décision d'une ou de plusieurs entités qui ont créé le monde et notamment l'humanité. Il n'y a pas nécessairement une volonté particulière attribuée à la puissance divine pour le vieillissement. En effet, jusqu'à un passé récent, la mort suite aux maladies liées au vieillissement n'était pas la source principale de mortalité.

La mort inéluctable des individus est toujours intégrée dans le corpus religieux. Elle fait partie de l'ordre de l'univers. Il peut s'agir d'une disparition sans au-delà ou d'un passage potentiel vers un autre type d'existence.

Parfois, la mort sera expliquée comme un cycle. Il peut aussi s'agir d'une sorte d'accident ou encore d'une volonté de punir. Parfois enfin, traduits par des sacrifices humains, sont même nécessaires à la société. C'était le cas chez les carthaginois, les aztèques et les mayas.

Une caractéristique commune de quasiment toutes, voire de toutes les religions, c'est que, après la mort, ce qui était l'entité ne disparait pas.

Cela peut être le corps lui-même qui survivra, comme chez de nombreux chrétiens, égyptiens anciens et musulmans. Mais cela peut aussi être un passage dissocié du corps, soit que la conscience devienne autonome comme dans beaucoup de religions animistes, soit que cette conscience soit transférée, réincarnée dans d'autres êtres, souvent humains, comme chez les hindouistes, taoïstes et bouddhistes.

Les trois grandes catégories d'existence après la mort (résurrection, réincarnation et dématérialisation) peuvent même coexister dans une religion déterminée. Ceci s'explique notamment par les aspects syncrétiques de nombreuses convictions religieuses. Ainsi, pour la religion catholique, la résurrection est précédée d'une période d'attente où les âmes sont donc sans enveloppe charnelle.

Selon les religions, la possibilité du passage s'adressera à tous les humains ou à certains. Même si tous les défunts sont concernés par le passage, généralement, le sort après le décès ne sera pas le même. Le plus souvent, le comportement, particulièrement la manière de mourir, aura une influence sur la possibilité du passage et sur la destination. Chez de nombreux chrétiens et musulmans, il s'agit bien sûr du passage vers l'enfer ou le paradis, mais ce type de passage existait aussi notamment chez les grecs, les romains et les égyptiens anciens, les aztèques, les mayas,...

Parfois, le sort après la mort sera donc meilleur que le sort avant. Et souvent, pour ceux qui respectent les prescriptions et qui répondent à toutes les conditions, l'existence postérieure est sans vieillissement. La souffrance humaine apparait donc compatible avec une puissance surnaturelle voulant le bien des êtres humains.

De manière générale, le pourquoi de la mort selon les religions peut donc être expliqué par la "nécessité" de permettre un passage vers une autre entité. Que le ou les dieux soient bons envers l'humanité ou pas, en tout cas, ils exigent la transition de la forme humaine vivante vers un autre état.

Les explications non religieuses

Le terme "explications non religieuses" ne signifie pas qu'il s'agit d'explications provenant de sources agnostiques. Les croyants peuvent avancer un raisonnement non basé sur la transcendance comme un mode d'explication du choix divin. Ainsi, nombre de chrétiens et musulmans justifieront la nécessité de mourir de vieillesse pour éviter l'ennui alors que leur corpus religieux suppose la vie éternelle dans un bonheur absolu (et sans ennui!) après la mort.

La logique naturelle


Comme tous les êtres vivants sont mortels et comme tous semblent mourir de vieillesse, il serait contraire à la logique de la nature de vivre sans limitation de durée. Etre immortel serait pour les hommes se faire l'égal des dieux. Pour ceux qui croient en un dieu, cela pourra être perçu comme interdit par lui; pour ceux qui ne croient pas en dieu, cela pourra être perçu comme impossible et/ou immoral car trop orgueilleux. Le terme grec hybris, sera utilisé par certains pour représenter cette démesure.

La lutte contre la surpopulation


Un monde sans vieillesse et où les hommes et les femmes continueraient à avoir des enfants autant qu'aujourd'hui deviendrait un jour surpeuplé. Pour éviter cela, il est préférable d'obliger les personnes âgées à mourir plutôt que de réduire le nombre d'enfants par des moyens contraceptifs. Cette priorité des enfants à naître sur des êtres humains bien vivants est généralement expliquée par la volonté de permettre la succession des générations (malgré que la surpopulation se produise beaucoup plus dans les pays où l'espérance de vie est faible et non le contraire). Ceux qui refusent de mourir de vieillesse sont alors considérés comme des égoïstes incapables de "céder la place".

Le sens de la vie - L'ennui

Comme le disait une romancière britannique Suzan Ertz, des millions d'hommes désirent ardemment l'immortalité alors qu'ils ne savent pas quoi faire un dimanche après-midi pluvieux. Tout comme de trop longues vacances ennuient, une vie trop longue perdrait de sa saveur. C'est donc, pour le bien des individus eux-mêmes qu'il faut qu'ils meurent. Ce raisonnement est tout à fait honorable tant qu'il cherche seulement à convaincre. Mais pour certains, il ne s'agit pas seulement de convaincre mais bien d'obliger à mourir de vieillesse en interrompant les progrès scientifiques. Dans l'immense majorité des cas, les individus qui prônent le décès non retardé des autres acceptent par contre les progrès médicaux existants pour eux et pour les membres de leurs familles. Il s'agit d'un des très rares cas d'explication à vocation éthique où des individus souhaitent imposer la mort à d'autres pour leur bien.

Ce mécanisme de pensée n'a pas encore de définition philosophique communément admise. Mais dans le domaine de la criminologie, il y a un équivalent. Le terme de crime altruiste sera utilisé par exemple pour la mère qui laisse mourir un enfant parce qu'elle estime qu'il souffrirait trop s'il continuait à vivre. Très souvent, ce type de crime altruiste s'explique en fait par l'état mental de l'auteur du crime et non par celui de la victime.

En guise de (non) conclusion

En résumant à l'extrême, deux grandes explications sont proposées à la mort par vieillissement comme à la mort en général: une obligation supérieure à l'être humain ou un mécanisme de protection contre nous-mêmes. Force est de constater qu'à ce jour, très peu de gens ont opposé ces arguments lorsque des progrès en matière de longévité ont abouti. En cas de poursuite des progrès de longévité, l'avenir dira si, dans le futur, certains souhaiteront appliquer une obligation de mourir à ceux qui souhaiteront vivre "trop longtemps".


La bonne nouvelle du mois

Les inégalités entre le nord et le sud continuent de décroitre en ce qui concerne l'espérance de vie. L'espérance de vie croît presque partout dans le monde, mais plus vite dans les pays du Sud. Le tableau en début de lettre montre clairement la convergence au cours des 50 dernières années entre les trois États du Nord les plus peuplés: les États-Unis, le Japon et la Russie et les trois États les plus peuplés du Sud: Chine, Inde et Indonésie.

- Pour en savoir plus de manière générale: http://sens.org/, http://imminst.org/, http://heales.org/ et http://immortalite.org/
- Pour en savoir plus à propos de l'espérance de vie dans le monde: http://gapminder.org
- Pour réagir ou recevoir la lettre d'information: info@heales.org

- Source de l'image

dimanche 31 juillet 2011

25.000 logements publics bruxellois en 3.600 jours (Lettre bimestrielle, numéro 12). Juillet 2011.

Les accords gouvernementaux régionaux bruxellois datent d'il y a déjà 2 ans. Ces accords ambitieux prévoient une augmentation radicale du nombre de logements publics par "une norme à atteindre dans les 10 années à venir de 15% de logements de qualité à gestion publique et à finalité sociale". Qu'en est-il après deux années?

Le calcul du nombre réel de logements à créer varie énormément selon les estimations (voir lettre de novembre 2010). La présente lettre se base sur un nombre de 25.000 logements. Dans ce nombre, il a été tenu compte des logements mis à disposition par les agences immobilières sociales (A.I.S.) même s'il ne s'agit pas au sens strict de logements à gestion publique, mais il n'a pas été tenu compte des prêts du logement, car ils concernent des immeubles à gestion totalement privée.

Dans ce cadre, malgré la bonne volonté, le travail et le courage de bien des acteurs du dossier, il est certain que l'objectif décennal ne sera pas atteint à moins d'une modification radicale du rythme des réalisations. L'objectif est d'autant plus impossible à atteindre sans changement radical que, vu la croissance rapide de la population bruxelloise, les constructions privées nouvelles sont nombreuses. Et donc, l'objectif de 15 % de logements publics suppose un nombre absolu de logements à créer de plus en plus élevé. Une des pistes envisageables et envisagées, notamment par le Secrétaire d’État compétent, Christos Doulkeridis, est que les promoteurs privés mettent à disposition des opérateurs publics certains de leurs nouveaux logements. Ce mécanisme permettrait également plus de mixité sociale. Mais le temps presse et pour avoir une efficacité dans un délai utile, il faudrait que des règles nouvelles à ce sujet s'appliquent aux projets déjà en cours.

L'observatoire des loyers a constaté, entre 2008 et 2010, une augmentation plus importante des loyers les plus bas. C'est malheureusement logique. En effet, comme très peu de logements publics à vocation sociale sont réalisés, les autres logements modestes deviennent de plus en plus demandés. Et ce qui est rare est cher. Autrement dit, l'absence de création de logements à vocation sociale non seulement empêche des dizaines de milliers de citoyens d'obtenir directement des logements décents mais aussi, il induit des effets négatifs pour tous les citoyens défavorisés non propriétaires de leur logement.

Cette lettre bimestrielle a pour objectif d'être un aiguillon pour favoriser une réalisation partielle des objectifs.

Au cours des deux mois écoulés, seuls 34 logements sociaux ont été inaugurés (à Uccle). D'autres inaugurations sont cependant annoncées pour la fin de l'année ainsi que des nouveaux projets. Le nombre total de logements en projet est aux alentours de 4.500. Mais parmi ceux-ci, peu sont en construction. Un récapitulatif détaillé des projets en cours est disponible sur le site de Christos Doulkeridis.

Par ailleurs, deux ans après l'inscription dans les accords notamment du principe de la réaffectation de bureaux vides et de la transformation d'immeubles à l'abandon en logements à vocation sociale, rien de concret ne semble encore réalisé et ceci alors que l'accord mentionnait explicitement le court, moyen et long terme.

Ci-dessous, seuls les logements effectivement mis à disposition sont comptabilisés: les chantiers, projets en cours de marché public,... ne sont pas repris.


État de la réalisation des 25.000 logements en 3.600 jours (connu au 31 juillet 2011) (ce mode de calcul ne prend pas en compte les prêts sociaux):
  • Nombre total de logements publics nouveaux réellement créés: aux alentours de 1.350. Composé comme suit:
  • Nombre de logements publics nouveaux construits depuis le début de la législature dans le cadre du plan dit des 5000 logements: 286

  • Nombre de logements publics créés à partir de bureaux transformés: 0

  • Nombre de logements publics créés à partir de logements et autres immeubles abandonnés: 0

  • Nombre de logements publics créés par d'autres moyens (acquisitions, locations, contrats de quartier...): non connu avec précision, peut-être aux alentours de 450

  • Nombre de logements privés mis à disposition par les A.I.S.: non connu avec précision, probablement aux alentours de 600

  • (-) Suppressions de logements publics (acquisition par les locataires, destructions,...): non connu avec précision, probablement aux alentours de 0
  • Temps écoulé : 24 mois depuis les accords politiques (25 mois depuis le début de la législature)

  • Temps restant pour achever la mise à disposition des logements : 95 mois

  • Nombre total de logements publics qui auraient dû être créés durant le temps écoulé (sur la base de la mise à disposition de 200 logements par mois): 5.000

  • Somme minimale économisée par les autorités régionales ou locales bruxelloises aux dépens des personnes qui occuperaient les logements sur base d'un coût de 105.000 € par logement: près de 400 millions d'euros


Informations complémentaires:

- Le texte de l'accord de gouvernement 2009-2014 du 12 juillet 2009 est accessible à la page
http://www.parlbruparl.irisnet.be/images/imgparl/accords2009/accordsfr.pdf.

- Un site officiel
http://www.planlogement.be avait été réalisé par le Secrétariat d’État bruxellois au Logement et à l'Urbanisme durant la législature précédente. Le contenu de ce site a été supprimé et le nom de domaine est aujourd'hui en vente.


Si vous communiquez des informations pertinentes, elles seront diffusées dans la prochaine lettre.
Didier Coeurnelle, conseiller communal à Molenbeek-Saint-Jean

Source de l'image (projet de logements du Foyer Laekenois)

mercredi 27 juillet 2011

La mort de la mort. Numéro 28. Juillet 2011.

Jamais, on n’a vu un comité d’éthique se poser avec courage cette question: qui est responsable de ne pas avoir fait ce qui aurait pu assurer une meilleure vie à nos enfants. Page 159. Au-delà de nos limites biologiques. Les secrets de la longévité. Miroslav Radman avec Daniel Carton. 2011.


Pourquoi vieillissons-nous: explications scientifiques

Pourquoi vieillissons-nous? Il ne s'agit pas, dans cette lettre, de s'attaquer aux questions éthiques ou philosophiques mais bien aux raisons du vieillissement en termes scientifiques. En quelques lignes, les explications ne pourront être que parcellaires car les scientifiques ont écrit des ouvrages entiers. Un récapitulatif est cependant utile encore que la compréhension des théories varie selon les sources.

Même si les spécialistes prétendront souvent que leur théorie est la bonne et ne demande qu'à être affinée, il reste néanmoins une dose non négligeable de mystère. Ce n'est d'ailleurs pas le seul mystère de taille dans le mode de fonctionnement de la physiologie des animaux. La mort est, pour autant que nous le sachions, la fin de notre conscience. Mais chacun d'entre nous subit presque chaque jour, durant près du tiers de sa vie, une perte de conscience presque totale à savoir le sommeil. Et les raisons précises pour lesquelles ce type de repos est indispensable à notre survie sont encore en grande partie inconnues,

Mais revenons au sommeil définitif, au néant, à la mort. Qu'est-ce qui justifie en termes scientifiques ces mécanismes inévitables, ces dégradations irréparables chez (presque?) tous les animaux multicellulaires?

Parmi les centaines d'explications envisagées, la présente lettre n'abordera pas les théories les plus minoritaires. Il reste cependant bien des variantes qui peuvent être classées en plusieurs grandes catégories d'explication différentes quoiqu'elles présentent des points communs.

Les gènes ambivalents (pléiotropie antagoniste)

Tout animal débute sa vie par une phase de croissance. Ceci suppose un programme génétique très spécifique qui n'est plus utile une fois arrivé à l'âge adulte. Selon cette théorie, les gènes utiles lors de la croissance ou de la reproduction ont comme conséquence collatérale le vieillissement.

Cette explication ne concerne cependant que certains aspects du vieillissement.

La mort programmée ou l'enveloppe jetable après la reproduction

Les animaux seraient constitués génétiquement pour mourir après la reproduction. Cette évolution est peu discutable pour des invertébrés (certains insectes, des calmars,...) et même certains vertébrés (les saumons).

Mais pour la plupart des animaux, la période de reproduction ne se limite pas à une seule ponte ou mise bas et donc la "mort programmée" si elle existe est un processus progressif.

La mort par "désintérêt" de la conservation

Etant donné que, statistiquement, un animal a une chance négligeable de survivre longtemps à la prédation et aux autres causes de décès "naturel", les mécanismes de conservation n'interviennent que pour une période de temps limitée. C'est ce qui expliquerait que les animaux les plus sensibles à la prédation (des souris ou des insectes par exemple) vivent beaucoup moins longtemps que des animaux qui sont bien protégés (animaux de grande taille, animaux volants, tortues à la carapace épaisse,...).

Cependant, le vieillissement intervient, lentement mais inéluctablement, même chez des animaux virtuellement sans prédateur (mais il est vrai pas sans parasites) à l'âge adulte (éléphants, baleines,...).

Le soma disponible

Les animaux à leur naissance puis durant leur développement posséderaient une quantité limitée d'énergie. Celle-ci peut être utilisée soit pour la reproduction, soit pour le maintien en vie mais durant une période limitée. Les animaux ayant beaucoup de descendants rapidement vivront donc une vie courte alors que ceux ayant peu de jeunes vivront longtemps.

Cependant, nombre d'animaux, comme des insectes sociaux (fourmis, termites) ou encore certains invertébrés (par exemple les oursins) ont à la fois une fécondité et une longévité élevée.

La longueur des télomères

A chaque division cellulaire, une petite partie des chromosomes disparaît, un peu comme un lacet dont ou couperait le bout. Lors d'une division normale, la partie du chromosome qui disparaît est appelée télomère. Elle contient des informations génétiques non nécessaires à la cellule. Mais après un certain nombre de divisions (une cinquantaine chez l'être humain), les télomères sont réduits à néant et la cellule se reproduit plus imparfaitement ou plus du tout.

Cependant, la longueur des télomères n'est certainement pas le seul élément du vieillissement car celui-ci peut intervenir aussi chez des animaux dont les télomères ne sont guère entamés.

Les accumulations: les radicaux libres, les mutations génétiques, les autres substances

Le corps d'un animal ou d'un être humain s'abîme progressivement de par des accumulations progressives de substances qui ne sont pas souhaitables ou qui sont même nocives. Ces théories répondent bien à une perception intuitive d'un système qui se dégrade petit à petit avec une accélération en fin de vie. Les dégradations sont notamment dues:

- aux radicaux libres: l'oxygène est un gaz très réactif qui constitue des dérivés, les radicaux libres, qui s'accumulent progressivement dans les cellules;

- aux mutations génétiques: elles se produisent au cours de chaque division cellulaire; ces "erreurs" de reproduction s'accumulant auraient pour conséquence l'arrêt progressif du fonctionnement de l'organisme.

Les théories d'accumulation progressive ont été surtout expliquées par le biogérontologue Aubrey de Grey qui définit 7 causes majeures de sénescence qui sont presque toutes des phénomènes d'accumulation:

  1. L'atrophie et la perte de cellules
  2. Les mutations dans le noyau des cellules
  3. Les mutations dans les mitochondries
  4. La sénescence cellulaire
  5. Les liaisons qui se forment entre certaines protéines
  6. Les déchets extracellulaires
  7. Les déchets intracellulaires

Explication transversale: le vieillissement favorisé par la sélection naturelle

Toutes les théories citées sont presque certainement des éléments d'explication du vieillissement. La réalité biologique de la sénescence est donc la conséquence d'une conjonction de différents facteurs. Mais la compréhension des mécanismes de la sénescence n'est encore que la réponse à la question du "comment" plutôt qu'au "pourquoi" en termes biologiques.

Il reste à expliquer pourquoi la sélection naturelle a, toujours ou presque, choisi des espèces qui se dégradaient au bout d'un certain temps. Qu'est ce qui fait que la nature a choisi, de "recommencer à zéro" à chaque génération plutôt que de sélectionner des individus dont le système biologique permet l'entretien jusqu'à une disparition accidentelle?

A cela, la cause fondamentale citée la plus satisfaisante est que, sur le long terme (des milliers voire des millions d'années), les espèces qui ont peu de diversité génétique ont moins de chances de survie lors de modifications radicales de l'environnement naturel (éruptions, modifications de climat,...). Or, toutes choses étant égales par ailleurs, les animaux qui souffrent de vieillissement auront une plus grande diversité génétique puisque chaque génération est génétiquement différente de la précédente.

Le maintien de la diversité génétique peut donc être considéré comme la cause ultime de la reproduction sexuée puisque facilitant considérablement le mélange des gènes. Même si la reproduction asexuée est beaucoup plus fréquente dans la nature que la vie sans vieillissement, la raison finale en termes de sélection naturelle serait donc identique pour la reproduction sexuée et pour la mort par le vieillissement: c'est le maintien de la diversité génétique. Et, de cette manière, ceux qui affirment que le sexe et la mort sont indissociablement liés ont donc raison.

Mais chez l'être humain, bien sûr, sexe et reproduction sont moins liés qu'auparavant. Et peut-être qu'un jour, il en ira de même pour l'avancée en âge et le vieillissement.


La bonne nouvelle du mois: la capacité de régénération reste entière chez les tritons âgés

La capacité de régénération de certains batraciens est extraordinaire. Ainsi, les axolotls, placés dans un environnement protégé, peuvent notamment régénérer leurs pattes.

Jusqu'ici, les scientifiques estimaient que ces capacités de régénération diminuaient avec l'âge. Or, une expérience réalisée sur une longue période vient d'aboutir à une autre conclusion. Durant 16 années, des biologistes de l'université de Dayton (Ohio) ont retiré la cornée de tritons. Ces tritons étaient âgés de 14 ans environ au départ de l'expérience et donc de 30 ans, 16 années plus tard.

Les cornées qui ont repoussé après la 17ème et 18ème ablation sont de qualité identique à la cornée d'individus au début de l'expérience et à celle d'individus qui n'avaient pas subi d'ablation de la cornée.

Cette découverte est une avancée dans les recherches qui pourraient permettre un jour aux mammifères et, in fine à l'être humain, de régénérer bien plus que ce qui n’est actuellement possible.



- Pour en savoir plus de manière générale: http://sens.org/, http://imminst.org/, http://heales.org/ et http://immortalite.org/
- Pour en savoir plus à propos des théories du vieillissement, voir notamment http://en.wikipedia.org/wiki/Senescence: et http://fr.wikipedia.org/wiki/SENS
- Pour en savoir plus à propos de la régénération de la cornée chez les tritons: http://the-scientist.com/2011/07/12/repeated-regeneration/
- Pour réagir ou recevoir la lettre d'information: info@heales.org

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